© Jenny Balmefrézol-Durand

Beaucoup de foyers français vivent en dessous du seuil de pauvreté ou n’en sont pas loin. Le plus souvent, c’est contre la volonté des personnes concernées et cette situation subie est bien mal vécue mais, pour d’autres, c’est un réel choix. Les consciences évoluent car l’état économique et écologique du monde actuel nous pousse à réfléchir autrement. Et c’est pour cela que certains font le choix d’une vie en marge de la société de consommation, dans le but de vivre en accord avec leur vision d’un monde plus idéal. En quoi vivre avec peu d’argent est-il un acte écologique ? Quelles sont les réflexions qui se cachent derrière ce choix ?

Choisir la pauvreté ou presque n’est pas une décision prise à la légère mais bel et bien issue d’une réflexion et d’une pensée globale. C’est un mode de vie radicalement opposé au courant de pensée dominant actuel, motivé par un changement important de priorités.

Gagner moins, pour dépenser moins

Il semble logique que si nous avons moins d’argent à dépenser, nous en dépenserons moins et que moins de consommation implique une empreinte écologique amoindrie, minimisée. Jusque-là, ça semble simple. Mais cette remarque n’est pas tout à fait juste car minimiser la consommation ne veut pas dire qu’elle soit nulle. Et parfois, en faisant des achats en mode économie, on peut se retrouver avec des produits très polluants, pour soi et pour la planète, denrées alimentaires, produits d’hygiène ou d’entretien, etc. Donc, si même avec peu d’argent nous consommons quand même, la question ici va être : « que consommons-nous ? ». Il est vrai que bien souvent les produits à impact écologique faible sont plus onéreux, notamment en matière d’éco-construction, comme les peintures naturelles sans solvant, les isolants, etc., mais aussi l’énergie, souvent appelée énergie verte, l’artisanat, local ou issu du commerce équitable, et l’alimentation. En effet, la nourriture issue d’une agriculture biologique, locale, respectueuse de l’environnement et des personnes qui la produisent engendre un coût plus élevé que des produits issus de l’industrie utilisant des produits chimiques et autres OGM. Il y a une logique économique à cela bien sûr et il revient au consommateur de voir où est située sa priorité. Cependant, des personnes, comme Vincent et Émilie, font le choix de vivre avec très peu d’argent et, en plus, de consommer uniquement des produits qu’ils considèrent correspondre à leur morale.

Une vie motivée par l’éthique

Après avoir eu une vie classique, « métro, boulot, dodo » et de confortables revenus, Émilie et Vincent ont décidé de tout quitter. « Il y avait trop d’incohérences entre notre envie profonde de voir le monde aller dans un sens qui nous semblait plus juste et nos choix au quotidien. La première étape fut de changer nos habitudes de consommation en réfléchissant plus et en consommant mieux (des produits bio et le plus possible locaux). Ensuite, ce n’était pas suffisant car dépenser notre argent en faveur du développement durable oui, mais pas en le gagnant de manière non éthique ! Nous avons alors décidé de tout plaquer et de mener une vie beaucoup plus simple. Nous vivons maintenant à la campagne dans une modeste chaumière avec de l’eau courante provenant d’une source et d’un peu d’électricité produite par quelques panneaux solaires. Nous faisons notre jardin et avons planté des arbres qui un jour nous donneront des fruits ! Nous sommes en reconversion professionnelle car nous voulons allier vie professionnelle et cohérence. Mais une chose est sûre pour nous, nous ne voulons plus courir et bosser beaucoup pour ne pas voir nos enfants et dépenser bêtement l’argent d’un travail aliénant. Nous voulons aller dans le sens d’une vie plus “slow”. Notre première fille, qui a grandi en ville avec une tonne de jouets pour pallier notre absence, s’est très bien adaptée. Elle adore la campagne et préfère notre présence aux objets qui encombraient sa chambre et sa vie… Aujourd’hui elle n’a presque plus de “jouets” au sens classique du terme mais un terrain de jeu immense et une proximité affective avec nous qui la rend bien plus épanouie ! Pour la plus petite, qui a 18 mois, ce n’est que du bonheur. Être libre dans la nature est le meilleur des apprentissages ! Pas besoin de matériel, juste la nature. Nous avons clairement changé de niveau de vie et, pour certains membres de notre famille, c’est dur à comprendre mais pour nous, cela ne fait aucun doute, on peut vraiment faire du plus avec du moins, ce n’est pas un mythe ! » Ce chaleureux et encourageant témoignage ouvre, me semble-t-il, de nouvelles perspectives. Et si la pauvreté, quand elle n’est pas subie, pouvait être vectrice de bonheur et d’épanouissement ?

Burn-out : quand la maladie nous met sur la voie du bonheur

Parfois la vie sait nous remettre sur les rails, ce fut le cas pour Véronique et sa grande tribu. « J’avais une vie très riche dans tous les sens du terme… Enfin c’est ce que je croyais. Je gagnais beaucoup d’argent, ce qui nous permettait de posséder beaucoup de choses (qui comblaient certainement un manque), j’étais fière de mon statut de directrice, je décidais de nombreuses choses pour plein de gens et cela remplissait mes journées à tel point que je ne voyais presque pas mes enfants et mon mari. Des enfants, j’en ai fait six. Mais comme la maison était très grande et que j’étais au boulot soixante heures par semaines, autant dire que ma progéniture ne prenait pas beaucoup de place dans ma vie. Je faisais le minimum syndical sans vraiment y prendre plaisir… C’est triste à dire et aujourd’hui j’en ai même honte. […] Toujours est-il qu’un beau matin, à force de pression et de surmenage, j’ai fait un burn-out. C’est un peu la maladie du siècle, j’ai l’impression. Pour moi ce fut comme un cadeau de la vie. Il m’a semblé que c’était un message de l’univers ! Il paraissait me dire “Wouhou, réveille toi, mais qu’est-ce que tu fous !” Après quelques mois difficiles, j’ai vécu comme une renaissance. J’ai radicalement changé de vie et de conception du monde. Mes priorités ont complètement changé. […] Avec mon mari, nous avons décidé, à force de réflexions élargies, de vivre avec le moins d’argent possible afin de changer d’angle de vue, de limiter notre impact écologique et de gagner du temps pour enfin profiter les uns des autres ! […] Ce qui est bien quand on a un budget limité, c’est qu’on se pose de vraies questions avant d’agir ou de consommer. Ce n’est plus l’émotionnel qui décide, palliant un manque affectif ou autre, c’est le cerveau et le cœur qui commandent. Et aux questions, est-ce que j’ai vraiment besoin d’aller là en voiture ou d’acheter ceci ou cela, la réponse est très très souvent NON. Maintenant, comme j’ai du temps, je marche et je fais du vélo pour me déplacer, je fabrique beaucoup de choses moi-même, je fais de la récup’ ! Aussi, c’est nouveau, je cuisine de vrais légumes au lieu d’acheter des plats tout prêts, emballés dans du plastique qui pollue nos vies. J’ai échangé de la reconnaissance sociale et du pouvoir d’achat contre du temps, de l’intelligence et la joie ! », partage Véronique avec sourire.

Réfléchir à sa vie et la vivre en conscience

Faire des choix éclairés semble la base d’une vie éthique. Néanmoins, pour faire des choix, il faut avoir le temps de les étudier, d’en connaître les tenants et les aboutissants, de prendre conscience des enjeux du monde actuel et ce n’est pas en courant après l’argent dans des vies sur-remplies que nous pourrons le faire. Vivre avec peu d’argent nous invite à réduire notre impact écologique du simple fait de moins consommer et il n’est pas rien de dire que cela semble une urgence ! Quand pauvreté rime avec volonté, quand elle est choisie et réfléchie, elle nous pousse et nous amène à être créatif, à nous poser de vraies questions de fond et de forme quant à la vie, à notre rapport au monde, à la société, aux échanges humains et au respect de la nature. On dit souvent que l’argent ne fait pas le bonheur mais qu’il y contribue, on a vu ici que pour certains, le bonheur est né d’un refus de l’argent ou tout du moins de le limiter. Et si le confort et la richesse n’étaient pas là où on les attend ? Pourquoi ne pas tenter la décroissance pour soi et pour la planète ?

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