Quand on évoque la slow life, on ne saurait passer sous silence le rythme des saisons qui a un grand impact sur nos organismes. Vivre avec les saisons est une manière d’aller vers une vie plus respectueuse du vivant. Ce choix éclairé peut se vivre sur différents plans, en les combinant ou non.

Avant l’avènement de l’électricité, nous vivions au rythme du soleil ; avant l’ère numérique, nous passions les soirées autour du feu ou avec un bon livre ; avant la société de consommation et le processus d’industrialisation de l’alimentaire, nous consommions les produits issus de nos jardins ou des champs alentour. C’est cliché ? Oui, pourtant c’est une évidence, les progrès technologiques ont permis d’aller bien au-delà de ces habitudes, l’électricité a allongé les temps de vie en soirée, la télévision, puis l’ordinateur ou les smartphones ont remplacé les veillées, les supermarchés ont proposé des fraises en hiver et autres produits exotiques. Est-ce finalement une bonne chose ? Aujourd’hui on peut tout avoir tout de suite, on peut augmenter notre temps d’éveil. Mais à quel prix ? Certains préfèrent ralentir le rythme, cela ne signifie pas pour autant revenir à l’âge de pierre, mais peut-être prendre conscience de ce que vivre au rythme des saisons signifie et finalement vivre en conscience.

Lumière artificielle versus naturelle

La mélatonine est connue comme l’hormone du sommeil1. Elle est sécrétée uniquement la nuit, avec un pic vers 5 heures du matin chez l’humain. Sa production s’arrête avec la lumière. Une personne dormant avec un écran allumé, par exemple, verrait sa production de mélatonine très diminuée. Or cette hormone agit d’une part sur le sommeil et ses cycles mais est aussi considérée comme un anti-oxydant. À l’inverse, une trop faible lumière active une surproduction de mélatonine pouvant générer une dépression. Il est reconnu qu’avec l’automne, et donc la baisse de lumière, beaucoup de personnes souffrent de dépression dite saisonnière. On veille de plus en plus tard grâce à la lumière artificielle, et notre production de mélatonine s’en trouve donc affectée. Or nous sommes des êtres diurnes et cette augmentation de notre vie après le coucher du soleil pourrait se payer à l’échelle de l’évolution si ce n’est à court terme. En prendre conscience peut nous amener à mettre en place des jalons pour diminuer de temps en temps notre temps d’éveil le soir. Cela implique de lâcher nos écrans, dont la lumière directe sur la rétine affecte sûrement davantage notre cycle circadien. Sortir s’aérer la tête en pleine journée, éteindre les écrans un soir de la semaine, faire une partie de jeux de société ou lire un livre avant d’aller dormir plus tôt nous permet ainsi de nous rapprocher de notre état d’être diurne sans pour autant se coucher avec le soleil !

Consommer des produits de saison

La nature pourvoit généreusement à nos besoins alimentaires pour peu que nous acceptions de suivre les cycles saisonniers de production. Des fraises en plein hiver dans la nature n’est pas une chose envisageable, du moins sous nos latitudes. Pour reprendre les arguments de Benjamin publiés dans le Petit Producteur2, les fruits et légumes sont plus savoureux, ils répondent à des besoins nutritionnels du moment, ils seraient moins traités, plus riches en antioxydants et enfin moins chers. Au-delà de ces arguments déjà bien alléchants, manger de saison est un engagement écologique, celui de soutenir l’agriculture locale en ne faisant pas venir de produits exotiques, et donc en évitant la trace carbone et les désastres écologiques dans les pays qui cultivent un produit apprécié en Occident au détriment de leurs produits locaux.
On peut ajouter à tous ces avantages, notamment pour ceux qui ont un petit lopin de terre ou la possibilité de faire pousser quelques légumes sur leur terrasse ou balcon, que le fait d’avoir la patience nécessaire pour faire pousser ce que l’on va manger constitue un acte vers le consommer et manger en pleine conscience. Lorsqu’on a planté notre petite pousse, ou semé nos graines, accompagner leur croissance en en prenant soin, les abriter du soleil, les pailler, enlever les herbes envahissantes, etc. puis observer tout ce temps qu’il a fallu pour que la plante arrive à maturité, puis enfin cueillir son fruit ou la récolter, on ne peut qu’être reconnaissant envers Dame Nature ! Ce n’est plus du tout la même démarche que celle d’aller chercher ses poireaux sur l’étal du supermarché ou même à la Biocoop !

Notons également que, parmi les heureux possesseurs d’un lopin de terre, ils sont de plus en plus nombreux à choisir d’élever leurs poules pour ainsi avoir leurs œufs frais. Or les poules ne pondent pas en hiver (hormis quelques espèces de poules dites pondeuses), on constate là encore que vivre en pleine conscience implique l’acceptation de ne pas avoir tout ce que l’on souhaite quand on le souhaite !

Des besoins saisonniers

Nous avons abordé le fait que les produits de saison répondaient à un besoin nutritionnel du moment. On peut considérer par exemple que les agrumes apportent les vitamines dont notre organisme a besoin en période hivernale. En effet notre organisme se met au ralenti, le froid et la baisse de luminosité nous rendent plus léthargiques. Tandis qu’en été, par exemple, nous avons besoin de légumes et fruits gorgés d’eau pour étancher notre soif.
On observe donc, pour peu que l’on soit attentif à ce qui se passe en nous, que notre corps est soumis à des rythmes et besoins saisonniers. Nous ne sommes pas une espèce qui hiberne au sens propre du terme mais l’hiver nous pousse à ralentir le rythme, à cocooner, tandis qu’au printemps, tels la montée de la sève, les premiers rayons de soleil nous poussent à nous aérer, à sortir profiter de cette nouvelle chaleur, etc. Le fameux grand ménage de printemps est bien synonyme d’une envie de renouveau, ce n’est pas un hasard si on ne parle pas de grand ménage d’automne ou d’hiver !
Ce rythme des saisons influence également notre mental. Comme indiqué plus haut, les dépressions saisonnières sont courantes en automne, mais on constate aussi que la libido peut se caler sur les saisons : en hiver, notre corps est au ralenti et certains disent que leur libido l’est également ! Notre corps a envie de douceur, de chaleur et non de « cramer » le peu d’énergie que nous avons. N’en déplaise aux diktats qui nous serinent que faire du sport en hiver est bon pour la santé, écoutez-vous, prenez conscience de ce dont vous avez envie et suivez votre instinct !

De la difficulté de vivre au rythme des saisons en étant citadin

Sans prétendre avoir abordé toutes les facettes du vivre au rythme des saisons, les points développés précédemment soulèvent une question. L’exposition à la lumière artificielle qui empêche de profiter de la lumière naturelle est notamment problématique en ville. Si vous vivez dans une zone rurale, vous n’aurez pas trop de mal à vous protéger des lumières artificielles, tandis qu’en ville, il ne fera jamais complètement noir, même si la ville éteint ses lumières, il restera toujours des néons, des vitrines ou des immeubles éclairés. De la même façon que consommer des produits saisonniers sera plus aisé en campagne, et pas seulement parce que vous pouvez faire pousser vos légumes, mais parce qu’en zone rurale on s’approvisionne plus facilement auprès des producteurs locaux. En outre il y a beaucoup moins de supermarchés et donc de tentations exotiques !

Finalement vivre en ville est presque antinomique au vivre au rythme des saisons. Et peut-être que l’on s’est éloigné des saisons en devenant des citadins. La formation des villes a offert en effet des opportunités au-delà de ce qui était possible et a exercé un attrait certain, comme celui de pouvoir manger des fraises en hiver ou de rester éveillé tard parce qu’il y a toujours quelque chose à faire à l’extérieur. Ce n’est sûrement pas un hasard si nombre de personnes qui souhaitent ralentir et vivre plus en lien avec les saisons choisissent de venir vivre en zone rurale !


Il s’agit de l’hormone centrale de régulation des rythmes chronobiologiques (Wikipédia).
2 http://www.lepetitproducteur.com/sys.comments.asp?article=0000000277

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