© Emmanuelle Cabot
© Emmanuelle Cabot
Choquée par les stages effectués lors de sa formation en France, Lucie, sage-femme française de 27 ans, a décidé d’exercer le métier qu’elle rêvait de faire depuis toujours, en Suisse, loin des violences émotionnelles et obstétricales dont elle a été témoin. Elle a retraversé ensuite la frontière pour accompagner les femmes françaises qui souhaitaient accoucher à domicile. À seulement quelques kilomètres de distance, l’accouchement des femmes est vu de façon radicalement différente.
  • Grandir Autrement : Exercer le métier de sage-femme en Suisse était un objectif lorsque tu as commencé tes études ? Lucie : Pas du tout. Après mon année de médecine, je suis rentrée à l’école des sages-femmes. Je suis tombée de haut durant mes stages. Tu ne te poses pas durant douze heures de garde, alors tu deviens bien vite contente que certaines femmes aient la péridurale pour être soulagées et autonomes et te sentir ainsi être libérée pour aller voir d’autres mères en train d’accoucher... Tu les places dans la solitude avec un monitoring « au cas où » et tu t’en vas... Je trouvais ça tellement triste. En fait, c’était pire que ça. J’ai dû avoir un suivi psychologique durant mes études. Je ne supportais pas toutes ces formes de violence, qu’elles soient émotionnelles, obstétricales, verbales […] et dont j’étais quelque part complice. Mes études ont été compliquées à vivre.
  • Qu’est-ce qui t’a le plus marquée ? J’ai malheureusement plein de choses à raconter. Ce qui m’a le plus marquée est cette fois où j’étais de garde de nuit. Je venais de faire face à une situation d’hémorragie. J’étais épuisée et j’entends soudain : « T’as qu’à envoyer l’étudiante ! ». Je vais donc voir une maman, seule, sous monitoring. On m’a parlé d’une grossesse gémellaire et rien de plus. Je m’aperçois qu’il n’y a qu’un seul cœur qui bat. Je comprends qu’il n’y a plus qu’un bébé et que personne n’a rien dit à la mère qui semble choquée et que j’essaie de rassurer. Ensuite, l’accouchement est assez horrible. Un premier bébé mort-né sort puis la mère est emmenée d’urgence pour une césarienne. Elle ne comprenait rien de ce qu’il se passait. Je suis ensuite restée la nuit à son chevet, à la consoler, lui parler... La mère n’avait visiblement pas compris ce qu’il s’était passé et quand j’ai demandé à ce qu’un médecin aille la voir, pour lui expliquer en détail ce qui était arrivé, on m’a répondu : « On s’en fout, elle est bipolaire ». Déjà, non, on ne s’en fout pas et, de plus, je ne le savais même pas ! Cela m’aurait éclairée pour mieux l’accompagner. Cet épisode est encore très douloureux pour moi rien que d’y penser.
  • Qu’est-ce qui t’a fait penser à la Suisse ? Durant mon stage optionnel, je suis allée dans une maison de naissance à Genève. Là-bas, j’ai découvert l’accompagnement global, les accouchements à la maison de naissance qui sont de vrais maisons au cadre et à l’ambiance chaleureux avec […]

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