© Guillemette Lepelletier

En 2008, déjà, Grandir Autrement s'interrogeait sur la question de l'alimentation préconisée pour nos enfants et la manière d'aborder leurs découvertes gustatives en leur apprenant à être à l'écoute de leur corps1. Aujourd'hui, où en sommes- nous ? Comment s'y retrouver parmi les recommandations offcielles,les scandales alimentaires et les contre-enquêtes ? Que proposer et comment proposer à nos enfants de s'alimenter en conscience ? Acquérir des connaissances pour une alimentation saine est une chose, faire émerger le mangeur conscient en est une autre.

Dans un précédent numéro, nous avons traité le sujet du contenu de l'assiette2, nous n'allons donc pas y revenir ici. Comment aiguiser l'esprit critique de nos enfants face à la masse d'informations contradictoires ? De ce qu'ils apprennent à l'école, entendent à la télévision et lisent dans les livres à ce qui nous paraît juste à nous, parents, comment les accompagner à se nourrir pour prendre soin de leur corps ?

De manger par réflexe à se nourrir en conscience

Manger est un comportement vital. Pour nous, humains, à cet aspect naturel de l'alimentation s'ajoute celui culturel qui nous distingue des autres mammifères. Nous cuisinons et ainsi développons, selon Claude Levi-Strauss, « un langage dans lequel chaque société code des messages qui lui permettent de signifier au moins une partie de ce qu'elle est3». Élément de notre identité individuelle et collective, notre manière de nous alimenter parle de nous et de ce que nous sommes, « c’est-à-dire un être auto- nome, libre et responsable face à son alimentation. Ce “sujet mangeur” se distingue alors d'un "objet mangeur” qui dépend entièrement du milieu extérieur pour s’alimenter et se laisse manipuler par lui4. » À l'exemple du petit enfant de 18 mois qui s'affirme en refusant de manger, se nourrir en conscience, c'est affirmer son identité. Choisir un aliment plutôt qu'un autre, c'est faire référence à une banque de données alimentaires mémorisée en grandissant en fonction de plusieurs critères dont celui du plaisir qu'il a provoqué.

Un comportement alimentaire sous influence

L'influence de la génétique est un premier déterminant à prendre en compte sur notre manière de nous alimenter : notre biologie module nos besoins physiologiques afin d'assurer l'équilibre énergétique de notre corps. « Le mangeur adapte son alimentation à ses besoins spécifiques5. » Aujourd'hui, cette biologie est bien souvent mise à mal : de nombreuses allergies et intolérances se répercutent sur notre équilibre6. Sur cette régulation interne indépendante de notre volonté, d'autres déterminants culturels et environnementaux agissent : la religion (ses interdits alimentaires et ses jeûnes), les pratiques sociales de référence (idéal de beauté, transmission médiatique, « sociabilité alimentaire » en France, modèle anglo- saxon plus individualiste), les politiques de santé publique (recommandations […]

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