© Agotrip

Changer de regard, sur soi, sur les autres, sur le monde, c’est le défi que se sont lancé Christophe et Muriel il y a trois ans, embarquant avec eux leurs enfants Léna et Lissandre.
En choisissant le nomadisme digital, ils ont dit adieu à toutes entraves à leurs libertés physiques et psychologiques. Entrepreneur à la tête d’une société de service à la personne, Christophe n’a besoin que d’un ordinateur et rêve d’arrêter de voir le monde à travers le prisme des médias, de ne pas subir sa vie. Muriel, sa femme, freelance monteuse-vidéo, y voit l’occasion de se défaire d’une phobie handicapante, l’agoraphobie. En trois ans le blog « Agotrip » est né pour partager leur aventure et un bébé ! Comment organisent-ils leurs vies ? Comment accompagnent-ils leurs trois enfants en IEF1 ? Ils ont répondu à nos questions.

  • Grandir Autrement : Combien de pays avez-vous sillonnés en voiture en trois ans ?
    Agotrip : Nous avons fait dix pays : le Portugal, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, la Sicile, la Macédoine, la Bulgarie, la Roumanie, Malte, la Moldavie, l’Ukraine. Nous changeons de lieu tous les mois, ce délai ne nous semble pas trop long dans le même lieu, ni trop court. Nous restons en moyenne trois à quatre mois dans le même pays. En fait notre rythme n’est pas fixé et cela nous permet de créer de vrais liens.
  • Quel pays avez-vous préféré ?
    Pas de pays spécialement mais des rencontres, des expériences nous ont tous les quatre particulièrement marqués. Les enfants ont adoré le Portugal grâce à une journée dans un parc adorable et nous, nous avons en tête des discussions avec des personnes incroyables, des journées ou soirées inspirantes dans différents endroits.
  • Justement, comment arrivez-vous à communiquer, à créer des liens dans des pays étrangers dont la population parle rarement le français ou l’anglais ?
    Nous apprenons les rudiments de la langue locale : « merci »,  « s’il vous plaît », à compter. Bon, le russe a été un peu compliqué pour nous. En nous installant dans des pays étrangers, nous sommes obligés de nous ouvrir plus, de sortir plus, nous provoquons les rencontres surtout pour les enfants, nous allons à la rencontre des voisins aussi. Parfois, si nous sommes bien, nous pouvons rester un peu plus de temps dans un lieu.
  • J’imagine qu’à ce mode de vie différent correspond un véritable état d’esprit différent aussi ?
    Oh oui ! Nous vivons plus lentement, nous profitons, nous ne sommes plus des consommateurs lambdas, nous avons vu aussi plus de misère. Beaucoup de choses de notre vie d’avant nous semblent ridicules. La slow life est vraiment ce qui définit notre vie. Nous vivons plus lentement et sommes plus conscients. Nous avons grandi, nous sommes devenus plus tolérants, plus adaptables et nous avons besoin de moins de choses. Nous avons tellement appris sur nous et sur le monde ! Nous vivons les choses de l’intérieur, si nous nous étions contentés de regarder les informations à la télévision, nous ne serions jamais allés dans certains pays tel que l’Ukraine, par exemple. C’est assez fou de se rendre compte du décalage entre ce qui est véhiculé par les médias et la réalité in situ. Nous voyons les choses avec nos propres yeux. Nous avons vraiment changé de mentalité. Nous sommes libres, c’est merveilleux aussi. Moi [Muriel], en particulier, je me suis libérée de mes peurs, de dix ans de stress et d’angoisse dus à mon agoraphobie.
  • Donc, Muriel, ce voyage était un véritable challenge pour toi en particulier.
    Oui, j’étais agoraphobe et depuis j’ai pris de l’assurance. Christophe, lui, a toujours aimé voyager. Je me suis vraiment trouvée dans ce mode de vie. Nous nous sommes rendu compte que rien ne nous obligeait à rester sédentaires. Tout n’est pas encore réglé mais mes progrès sont énormes.
  • Vous louez une nouvelle maison tous les mois, comment les enfants le vivent ?
    [Muriel répond]. Ils trouvent ça génial, tous les mois ils se demandent comment va être la nouvelle chambre ! Le fait de ne pas avoir de routine ni de réveil est un vrai luxe et nous démarrons dans chaque nouvelle maison nos vies à l’écoute des besoins de tous où chacun est responsabilisé. Les enfants m’aident beaucoup pour faire les courses, la cuisine, ranger, cela nous libère vite du temps pour nos loisirs, nos sorties.
  • Comment organisez-vous vos déménagements en voiture entre chaque destination ?
    Nous avons très peu d’affaires. Nous avons trois valises, une valise pour les enfants, trois cabas, des livres, des jeux de société, trois PC, une imprimante. Nous avons notre propre linge de lit avec des protections pour les matelas. Nous avons un coffre de toit mais nous nous en servons de moins en moins.
  • Comment gérez-vous votre budget ?
    En fait nous nous sommes aperçu que moins nous avons besoin d’argent moins nous avons besoin de travailler et c’est surtout cela qui compte. Avec ce mode de vie, notre budget est moins important que lorsque notre vie était sédentaire, il y a cinq cents euros d’écart a minima. Et au lieu de voir notre argent partir dans des factures, nous dépensons en sorties, en visites, en nourriture et en loyer, c’est tout.  Nous nous faisons plus plaisir avec moins de revenus. Comme nous offrons une visibilité aux locations Airbnb que nous choisissons (via le blog et les vidéos YouTube), nous négocions en contrepartie une baisse des loyers aussi. Nous vivons très bien avec mille quatre cents euros par mois en nous faisant plaisir et en découvrant le monde.
  • Justement, votre mode de vie est un apprentissage en soi. Les changements de pays et d’environnement facilitent l’instruction en famille ?
    Oui, chaque jour offre son lot de découverte : la culture des pays, les paysages, la nature, les coutumes, les langues. Ce qui nous manque parfois, simplement, ce sont des supports formels pour répondre aux questions. Nous avons fabriqué un système solaire en Grèce, ce n’était pas évident. Autrement tout est prétexte à apprendre, nous ne faisons rien de formel à part un peu de lecture chaque jour pour favoriser une progression mais autrement nous sommes en unschooling.
  • J’imagine que c’est difficile dans ces conditions d’être inspectés2 ?
    Nous avons déclaré les enfants en IEF auprès de l’inspection académique et nous donnons toujours les dates de notre retour en France.
  • Vous rentrez en France tous les ans ?
    [Muriel répond]. Oui, en fin d’année durant deux-trois mois, en avion (même si je déteste encore cela, c’est ce qu’il y a de plus rapide). Nous avons besoin de faire le plein de notre famille, de nos amis. Cela manquait beaucoup à notre fille Léna, alors nous avons pris cette décision. Nous sommes vraiment à l’écoute des besoins de chacun, nous remettons les choses en question fréquemment, nous posons des questions aux enfants, rien n’est figé. À présent, nous voyageons neuf mois dans l’année. Nous sommes vraiment unis, c’est notre projet familial.
  • Ces retours vous permettent de retrouver ce qui peut vous manquer aussi ?
    Oui, parfois cela peut nous arriver d’avoir envie de nous télétransporter le temps d’un barbecue avec nos amis ou d’un moment avec notre famille. D’autant que notre mode de vie ne nous offre pas de relais, l’équilibre familial peut être un challenge en jonglant entre notre travail, les plaisirs, les sorties, s’occuper des enfants… Ce qui peut plus nous manquer en fait, c’est le temps pour soi, seul. Mais nous sommes ensemble, nous voyons nos enfants grandir, sans stress, et ça c’est formidable.
  • Muriel, tu es tombée enceinte durant le voyage. Comment as-tu effectué ton suivi et pensé ton accouchement ?
    J’ai eu une grossesse facile et nous sommes rentrés en France à Nantes pour le suivi des derniers mois et pour que j’y accouche. Puis nous sommes repartis deux-trois mois après. Nous nous ennuyons rapidement, au bout d’un moment nous sommes heureux de repartir à l’aventure vers de nouvelles destinations tous ensemble.
  • La prochaine destination ?
    Nous avons décidé de changer de continent, Cette fois-ci ce sera l’Asie !

1 Instruction en famille.
2 Les familles pratiquant l’instruction en famille sont inspectées tous les ans par l’Éducation nationale pour constater la progression des enfants.

Pour aller plus loin : www.agotrip.com

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