© Sophie Elusse

Je souris. Je souris car ce dossier dédié à la joie est un pied de nez à la morosité ambiante qui nous plombe le moral depuis plus d’un an. Je souris parce que ça me fait du bien. Ce masque vous empêche de le voir ? Observez les plis au coin de mes yeux, voyez comme mon sourire habille tout mon être.
Laissez-vous envahir par sa chaleur et souriez à votre tour. Car au-delà de ses vertus bienfaisantes, il est contagieux. Le sourire est une expression innée et universelle. Il tisse des liens entre les générations et entre les cultures. Il apparaît toutefois qu’« on sourit partout, mais pas pour les mêmes raisons1 ».

Le sourire occupe une place importante dans notre vie de tous les jours. Preuve en est : il a son musée2 dont le format virtuel met en lumière sa fugacité. « Le sourire naît, s’épanouit puis disparaît, il dure tout au plus quelques dizaines de secondes.3 » Il est le reflet d’un pan de notre personnalité. Si l’on sourit généralement pour une raison bien précise, chacun interprète le sourire qui lui est adressé à sa manière, de façon plus ou moins positive selon les codes culturels et les circonstances.

Le sourire bienfaisant4 ?

Les spécialistes sont unanimes : sourire est bon pour la santé physique et mentale de chacun. En souriant, le cerveau libère des endorphines, qui sont les hormones du plaisir et du bonheur. Chaque sourire s’accompagne donc d’effets positifs sur l’humeur. Les endorphines ont par ailleurs d’autres vertus : elles réduisent les sensations de douleur et apaisent l’anxiété et le stress. Les muscles que le sourire sollicite bonifient les traits du visage et le teint.
Il renseigne également sur votre état d’esprit, en transmettant votre énergie positive et votre joie de vivre aux personnes qui vous entourent. Il est un formidable outil de sociabilisation qui instaure un climat de sécurité en créant du lien ou en soulageant les tensions. Les bébés qui n’ont pas encore acquis le langage l’utilisent pour tisser des liens forts avec leurs parents. Nourris par ces moments de grâce et d’émotions intenses, la plupart des parents rendent ce sourire à leur bébé qui interprète leur réaction comme un signe d’attachement qui le fait se sentir en sécurité.

Plusieurs activités proposent de s’épanouir par le sourire, comme la rigologie, le yoga du rire ou les cours d’improvisations qui sont autant de pratiques permettant de se nourrir de la joie de vivre d’un collectif. Elles s’adressent également aux personnes chez qui le sourire ne vient plus naturellement, pour les encourager à cultiver une pensée positive, quitte à se forcer à sourire pour remonter la pente. Toutes les formes de « thérapie du sourire » sont bénéfiques, car elles agissent comme un remède aux maux du quotidien.
Les bienfaits du sourire se mesurent également à la lumière des effets que l’absence de sourires semble générer. Chez les adultes, les visages fermés suscitent inquiétude et méfiance. Par ailleurs, dans une récente interview accordée à la radio5, Isabelle Filliozat s’inquiète, avec le port du masque, de l’impact de l’appauvrissement des interactions entre adultes et enfants dans les structures d’accueil. L’enfant a besoin des expressions du visage et de ces interactions pour grandir et s’épanouir, et la pénurie de sourires pourrait entraîner des retards de développement.

Autour du monde

Il est intéressant d’observer l’éventail de sentiments, d’expressions et d’émotions que la tension des muscles, au niveau de la bouche et des yeux, peut véhiculer. Dans certains pays comme la Russie, l’Inde ou la Norvège, le sourire ne fait pas de vous une personne chaleureuse, ouverte et respectueuse. Il est perçu comme un comportement incohérent ou un geste déplacé qui inspire un sentiment de méfiance, une forme d’hypocrisie, voire un signe de tromperie. Dans d’autres pays, comme la Suisse ou les États-Unis, il est une preuve d’intégrité, symbolise la joie ou est tout indiqué pour engager une conversation. Au Japon, il est coutume d’annoncer à quelqu’un qu’on a perdu un être cher avec le sourire pour lui signifier qu’il ne doit pas se sentir impliqué dans notre peine6. Ce mode de communication non verbale atteint son paroxysme en Thaïlande, où le sourire permet subtilement de montrer son appréciation, d’apaiser des tensions ou encore d’exprimer tout un panel d’émotions. Le sourire devient un vecteur d’encouragement, un témoignage de politesse, un signe de félicité ou un moyen dissimulé pour s’excuser. La France entretient une relation assez paradoxale avec le sourire. Il orne le visage des gens heureux qui souhaitent communiquer leur joie et partager leur bonheur. Pourtant, l’administration l’interdit formellement sur les pièces d’identité, et donc sur le seul document reconnu partout dans le monde qui incarne notre identité. Depuis peu, le sourire est également – et universellement – devenu virtuel. Mais si ce dernier s’immisce abondamment dans nos textos et nos échanges sur les réseaux sociaux, il répond davantage à une codification contagieuse et ne correspond pas forcément à notre véritable état d’esprit.

Et au fil du temps

Les musées des Beaux-Arts regorgent d’œuvres et de portraits où le sourire est absent, créant une atmosphère sérieuse et parfois pesante que les enfants ne manquent pas de dénoncer pour écourter la visite. Nos aïeuls ne savaient-ils pas sourire ? Alors que dans les autres cultures, le sourire est sculpté et assumé7, en France, il est pour ainsi dire absent de l’art du portrait jusqu’à la Renaissance, que ce soit pour des raisons religieuses, sociales, esthétiques ou pratiques.
Il faudra attendre le 16e siècle pour voir les premiers sourires apparaître dans l’art, notamment avec Léonard de Vinci qui l’a dépeint timidement sur La Joconde, puis de manière plus affirmée sur le portrait de Saint-Jean Baptiste. Le sourire de Mona Lisa a notamment déchaîné les passions. Sans lui, ce tableau serait peut-être resté plus anonyme.
Le portrait souriant se démocratise avec l’avènement de la photographie. Andy Warhol s’est servi d’un cliché de Marilyn Monroe pour produire sa célèbre sérigraphie. Le sourire devient une icône de la culture pop. De la culture de l’instant aussi. Parce que sourire fait désormais partie des codes symbolisant la réussite sociale telle que véhiculée par les médias, le cinéma ou la publicité.

Quoi qu’il en soit, le sourire est désormais salué pour ses bienfaits et la joie qu’il procure à son auteur et aux personnes qui le reçoivent. Avec la pandémie et les restrictions qui l’accompagnent, les occasions d’exprimer sa joie et de partager ses émotions en société font cruellement défaut. Alors souriez pour vous, souriez pour vos proches et faites des réserves de sourires que vous garderez pour les jours meilleurs afin de diffuser de l’énergie positive autour de vous le moment venu !


1 Les Passions ordinaires, Anthropologie des émotions, David Le Breton, Éditions Armand Colin (1998).
2 https://www.museedusourire.com
3 Ama Contacts n° 54, « Petite histoire du sourire dans l’art », Jean-Marie Gillis, Association des Médecins Alumni de l’Université catholique de Louvain, https://sites.uclouvain.be/ama-ucl/sourire54.html
4 Ce dossier étant dédié à la joie, cet article ne couvre pas la part d’ombre du sourire, avec les séquelles qu’un sourire froid, narquois ou pervers peut laisser sur la personne qui le reçoit.
5 Interview d’Isabelle Filliozat du 16 mars 2021, Europe Matin, Europe 1.
6 Nouvel extrait tiré du livre de David Le Breton.
7 Du portrait d’Aménophis II (Égypte) au souverain Jayavarman VII (empire Khmer), en passant par le sourire du Bouddha.

À la naissance de mes enfants, j'ai pris mon rôle de papa très à cœur. Je me suis progressivement ouvert à la bienveillance éducative, au portage, au co-sleeping, à l'allaitement long, à l'expression des émotions et dernièrement à l'IEF. J'ai rapidement trouvé dans Grandir Autrement l'accompagnement dont j'avais besoin pour éclairer mon propre cheminement de père. Traducteur et écrivain public, j'ai toujours évolué dans le milieu de l'écriture et c'est presque naturellement que j'ai soumis au cours de l'été 2019 ma première chronique au magazine qui avait lancé un appel pour recevoir des témoignages de papa. Je n'ai pas de formation particulière, juste mon expérience de père et l'envie d'échanger sur les merveilles/difficultés de la paternité et sur le monde qui reste à créer pour nos enfants.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.