© MJansen
Elisabeth Martineau est rédactrice en chef du magazine L’Enfant et la Vie, co-fondatrice de l’association lyonnaise La Cause des Parents, coordinatrice du collectif Une fleur, une vie, et autrice de Surmonter la mort de l’enfant attendu, Dialogue autour du deuil périnatal1.
  • Grandir Autrement : Comment en es-tu venue à t’intéresser au deuil périnatal ? Elisabeth Martineau : Par une expérience personnelle. J’ai perdu mon premier enfant en 1997, à la toute fin d’une grossesse qui s’était parfaitement bien passée. J’ai découvert le tabou qu’est le deuil périnatal, le malaise et l’incompréhension que vit l’entourage, le manque de signes concrets pouvant donner une existence à un être bien réel mais vu et reconnu par peu de personnes, la détresse et même un sentiment de folie face à une expérience absurde. À l’époque, il n’existait pas en France d’associations spécialisées dans l’accompagnement de ce deuil si particulier. Je suivais parfois des forums américains sur Internet (qui était tout nouveau en France), mais lire des témoignages de femmes ayant vécu la même expérience que moi m’apportait plus d’angoisse que de réconfort. Je me suis trouvée rapidement enceinte de l’enfant d’après, et deux autres enfants sont nés par la suite. J’ai mis mon deuil de côté pour m’occuper des vivants. C’est lorsqu’un éditeur m’a demandé d’écrire mon histoire dans un livre que j’ai compris : je devais faire face au passé et me débarrasser du sentiment de culpabilité qui me rongeait et faisait de moi une mère trop inquiète.
  • Que s’est-il passé pour ce premier enfant ? Il, ou plutôt elle (c’était une fille, comme mes trois enfants vivantes) est morte in-utero. C’était un vendredi soir, je ne sentais plus mon bébé bouger. Mon mari avait l’habitude d’écouter son cœur avec un vieux stéthoscope en bois qu’on nous avait prêté, et cette fois, il n’entendait rien. J’ai passé une mauvaise nuit, mais je ne pouvais pas me dire que le bébé était mort, c’était tellement absurde. J’ai trouvé des raisons : il n’avait plus de place pour bouger, son cœur était trop loin de la surface de mon ventre... Comme nous avions rendez-vous le lendemain matin avec notre sage-femme, Maïtie Trélaün2, j’ai attendu, espérant qu’elle me rassure et me dise que tout allait bien. Maïtie a écouté le cœur du bébé avec un ultra-son, mais c’est à l’hôpital que le diagnostic a été posé, par une femme médecin, à l’échographie et en une phrase : « Je ne trouve pas d’activité cardiaque. »
  • Et ensuite ? Une chute libre, la terre s’écroulait sous mes pieds. Du dégoût : je portais un enfant mort devenu à mes yeux un monstre qu’il fallait vite m’enlever par une césarienne. De la terreur lorsqu’on m’a annoncé que je devais accoucher par voie basse. Je crois que c’est à ce moment-là que Maïtie m’a proposé de retourner dans son cabinet pour parler de la suite, et ces […]

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