© Camille Masset Stiegler
Combien d’implicites dans cette injonction ? Combien d’idées reçues sur ce que doit être un homme ? Une éducation genrée dès le plus jeune âge, c’est ce qui est encore observé dans notre société1. Face à ce constat, des initiatives sont prises pour défendre, en particulier, les droits de la femme. Et si nous défendions également ceux des hommes ?
« Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir […] Tu seras un homme, mon fils. » Rudyard Kipling
Tel est l’emblème du message, transmis de père en fils. « Sans dire un seul mot. » Car, un homme, c’est courageux, ça n’a pas peur, ça fait face aux difficultés sans faiblir. Un homme, ça ne se laisse pas faire, et puis, aussi, ça ne pleure pas. Combien de garçons ont grandi avec ce message ? La société évolue, certaines idées font leur chemin, et l’on pourrait penser que celle-ci disparaît. Et, dans une certaine mesure, c’est vrai, les choses évoluent. Cependant… Il suffit de faire un tour dans une cour de récréation pour s’apercevoir que ce décalage garçon/fille est toujours présent. Nos garçons reçoivent des messages de courage et nos filles de protection. Dans l’inconscient collectif, survit encore le schéma classique du preux chevalier défendant la princesse… Si les ouvrages se multiplient pour faire sortir les filles de ce rôle2, ceux qui incitent les garçons à rester « sensibles » sont plus rares. Cette tâche relève de l’inspiration des adultes qui entourent l’enfant. On ne trouve pas souvent de phrases comme la superbe « Sois fort, et ne cache pas tes larmes » d’Astrid Desbordes3.

Quel est le problème ?

Au fond, nous pourrions rester dans ce schéma qui a, jusqu’ici, à peu près fonctionné. Seulement, une émotion, c’est utile. Si la nature nous a dotés de la faculté de ressentir, c’est parce que nous avons besoin de ces messages pour nous construire. La peur, la tristesse, ce sont des indications qu’il nous faut écouter si nous voulons apprendre à poser nos limites en accord avec ce que nous sommes, et ce, indépendamment de notre genre. Non, aucune émotion n’est plus valable chez une femme que chez un homme, et vice-versa. Face aux messages genrés reçus dans leur enfance, une bonne partie des hommes a appris à substituer leurs sentiments de tristesse ou de peur par de la colère. « La seule émotion davantage tolérée chez les garçons est la colère » d’après le rapport de l’IGAS4. Ces hommes ont donc du mal à décrypter leurs propres émotions, et encore plus à les exprimer. Ce qui a pour conséquence évidente que leur communication est polluée par ces émotions inappropriées, et que l’échange avec les autres en souffre. Si chacun savait exprimer justement ce qu’il ressent, il y a fort à parier que les relations en seraient […]

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