© Guillemette Lepelletier

Dans un précédent numéro1, nous avons abordé le sujet de la santé des femmes et relevé que ce qui la rendait spécifique (en plus des éléments de physiologie évidents), c’était sa prise en charge par notre société actuelle. Pour aller plus loin sur ce point, nous avons rencontré Marc Zaffran, médecin, plus connu sous son nom d’auteur Martin Winckler2. Ensemble3 nous avons abordé la question du soin tant en ce qui concerne la posture du soignant que celle de la soignée. Notre objectif est inchangé : que vous preniez la responsabilité de votre santé.

Parmi les ouvrages de Martin Winckler, il y en a un qui a attiré les foudres notamment de ses confrères : Les Brutes en blanc4 (tout est dans le titre), dans lequel il dénonce la réalité des soins en France. C’est l’occasion de s’interroger sur la notion de soin, sur la manière dont nous considérons (et se considère) le soignant. En allant plus loin encore sur la question de la relation dans le processus de retour à la santé, Michael Balint, psychiatre à l’origine de groupes de paroles rassemblant des soignants, le précise dans son livre5 : « Le premier médicament du médecin, c’est le médecin lui-même ». On ne peut donc pas faire l’impasse sur ce qui se joue dans cette relation asymétrique certes mais ô combien fondamentale quand on souffre. Martin Winckler l’écrit en toutes lettres : « Quand on fait confiance au soignant, tous ses gestes ont un effet placebo. Quand le soignant nous fait peur, tous ses gestes nous semblent nocifs6 ». Même si certains soignants ont des comportements intolérables, on peut penser que leur objectif est la guérison de leur « patient » malgré tout. Médecin et patient, soignant et soigné ont le même but. Entendez-vous la différence de positionnement dans les termes employés ? Que vous soyez soignant ou non, il vous arrive régulièrement d’être soignée. Êtes-vous patiente, en attente de la solution du médecin tout puissant ou actrice de votre guérison ? Comment nous, femmes, pouvons-nous en effet nous imposer comme soignées et cesser d’être « patientes » dans la complexité du fonctionnement qui est le nôtre ?

Pour Martin Winckler, la santé des femmes se distingue de celle des hommes par le nombre d’événements majeurs de leur vie physiologique. Dans la vie physiologique d’un homme, il y a un seul événement majeur. Et qui ne présente aucun danger même s’il peut poser des problèmes. C’est la puberté. Dans la vie physiologique d’une femme, les événements se multiplient et « peuvent rendre la vie compliquée voire dangereuse » : le cycle menstruel, les maladies liées au cycle, la grossesse, l’accouchement, l’allaitement.
« La physiologie féminine, c’est beaucoup plus compliqué, sophistiqué, accidenté que la physiologie masculine et par conséquent, il y a beaucoup plus d’occasions pour les femmes de demander des soins, du soutien, des conseils, un accompagnement. » Néanmoins, qu’il s’agisse de soigner un homme ou une femme, le fil rouge se doit d’être le même : l’écoute. Martin Winckler insiste sur les bases que tout soignant devrait garder en tête quand il répond à une demande de soin. Que vous soyez soignant ou soignée, ce sont les comportements suivants qui doivent vous guider.

Autonomie : avoir toutes les informations

La personne soignée doit être capable de prendre la décision des soins qui la concernent par elle-même. Cela signifie que toutes ses questions sont respectables et légitimes. Des premiers éléments de réponses peuvent être amenés par Internet, par les livres, par les discussions entre copines. Au soignant de faire siennes les perceptions et les croyances de la personne soignée pour l’éclairer au plus juste quant aux différents choix qu’il propose : « On travaille beaucoup mieux quand on accepte les croyances des autres, il y a beaucoup moins de conflits. C’est aussi pour dire “je suis avec vous”. ».

Consentement éclairé : la décision revient à la soignée

Et ce, quoi qu’en pense le soignant ! Celui-ci peut donner son avis mais faire preuve de non-jugement et respecter la décision de la personne soignée. Cette posture demande une grande humilité. À lui de se mettre en position d’écoute plutôt que de sachant : « on ne peut pas savoir de quoi quelqu’un d’autre a besoin » devrait être son leitmotiv. Il est important de « se faire définir par la personne soignée ses besoins, ses désirs, ses peurs » et ce qu’elle ne veut pas afin que la décision soit la sienne.

Confidentialité

Ce sujet est d’actualité puisque s’est posée la question de la levée du secret professionnel à laquelle s’oppose Martin Winckler, même en cas de suspicion de violence conjugale puisque cela produirait beaucoup plus de dangers. En signalant, « on se comporte comme un auxiliaire de police, en patriarche », avec le risque de ne pas avoir le consentement de la femme, celui de se tromper de responsable, le risque de représailles… On peut travailler avec ce que nous dit la personne soignée mais on ne peut pas l’utiliser : accueillir, entendre, partager des informations, des adresses. La décision revient à la personne soignée. « Les femmes ont besoin d’avoir des professionnels de santé à leurs côtés mais discrètement. ».

Bienfaisance et non-malfaisance

C’est le fameux « D’abord ne pas nuire » : qu’il s’agisse des actes pratiqués comme du ton employé, la personne soignée est seule à pouvoir dire si cela lui convient ou pas. À l’exemple de la douleur : on la mesure « à l’aune de nos préjugés. C’est à la personne de dire si elle a mal ou faim ou est triste ». Aucune douleur n’est méprisable, elles sont toutes légitimes et doivent être respectées. Si le soignant répond   non, ça ne fait pas mal », il y a un souci. Il en est de même du ton employé : de la manipulation (convaincre), de l’agressivité, du négatif… ce sont des alertes pour vous inviter à changer de soignant : « On peut choisir ou rejeter un soignant à la façon dont il vous parle » !

La justice : qu’il en soit de même pour tous

Est-ce qu’il vous semble juste de vous voir imposer un frottis annuel ? Est-ce que cet acte est justifié médicalement ? Les résultats des études le disent : un par an, ce n’est pas nécessaire. Qu’en déduire ? Qu’il ne faut pas hésiter à aller chercher d’autres avis, à rencontrer d’autres praticiens.

Toutes les solutions sont au cœur de la personne soignée

Parce que le soignant ne vaut pas mieux que la personne soignée, parce que les sensations et sentiments de celle-ci sont toujours respectables, soigner c’est faire du sur-mesure. La personne soignée sait ce qui est bon pour elle pour peu qu’elle ait confiance en la personne qui l’écoute. Elle saura dire laquelle des propositions de soin qui lui sont faites est la plus adaptée à ses besoins, ses désirs, ses peurs. Et la boucle est bouclée : on en revient à la nécessité d’être autonome grâce aux informations partagées, au choix à poser grâce au consentement éclairé.

Voici six données à garder en tête donc : est-ce que votre soignant coche toutes ces cases ? Reconnaissez votre responsabilité dans votre processus de guérison : avez-vous osé poser toutes les questions auxquelles vous n’aviez pas de réponses ? Avez-vous pu prendre votre décision en toute conscience, sans intimidations ni contraintes ? Avez-vous confiance en votre soignant ? Vous sentez-vous respectée et traitée comme les autres ? On ne le répétera jamais assez : toutes les solutions sont en vous. Si votre corps s’exprime ainsi (par la douleur, la maladie, l’accident) c’est pour vous faire passer un message qui ne concerne que vous, même si le contexte a son rôle à jouer (si vous avez travaillé dans une mine de charbon toute votre vie ou en zone radioactive, le contexte est bien sûr plus que responsable). Reste que la question est posée : quelle posture souhaitez-vous adopter (parce que vous pouvez toujours la choisir) ? Victime ou battante ? Patiente ou soignée ? Et vous, soignant, dans votre pratique, est-ce que vous aussi vous cochez toutes les cases ?

Martin Winckler, pseudonyme de Marc Zaffran, médecin militant féministe, est connu pour ses livres, romans et essais, sur le système médical et la condition des femmes prises en charge par le système de santé français.
En écrivant L’école des soignantes, il propose un autre modèle de soin prenant en compte la soignée dans sa globalité et la mettant au cœur de chaque processus de soin qui la concerne.
Parce que vous être vous-même soignante, thérapeute, accompagnante, parente, les propositions de Martin Winckler dans ces 13 courts extraits vidéos peuvent vous permettre d’affiner votre pratique professionnelle comme personnelle pour donner le meilleur de vous-même.
Pour que votre travail, de soignant comme de soignée, de mère comme de femme gagne en qualité et fasse sens dans une vision humaniste et respectueuse de la société (pour tout voir d’un seul coup, c’est ici: https://amaorire.com/winckler/)
C’est bon pour vos clientes, soignées, patientes ainsi que pour vous et vos enfants: en étant alignée avec vos valeurs, vous réduisez l’écart entre ce que vous vivez et ce que vous voulez vivre. Votre corps, par des symptômes et ses douleurs ne se fait plus le relais. Vous vivez plus en joie et en santé, en exerçant le travail qui vous plaît.

1 « La santé des femmes », Grandir Autrement numéro 79.
2 Martin Winckler, http://www.martinwinckler.com/, est l’auteur de nombreux livres dont Le Chœur des femmes, Éditions Folio (2017) et plus récemment L’École des soignantes, Éditions P.O.L. (2019), que nous vous recommandons.
3 Vous pouvez retrouver la totalité de notre échange ici : https://amaorire.com/winckler
4 Éditions Flammarion (2016).
5 Le Médecin, son malade et la maladie, Michael Balint, Éditions Payot (2003), cité p. 30 dans Les Brutes en blanc, de Martin Winckler.
6 Op. cit.

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