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Les témoignages de personnes vivant sans argent se multiplient et intriguent, inspirent parfois. Ces trajectoires se conjuguent surtout au singulier et, contrairement aux familles « zéro-déchet », point encore de famille « zéro-monnaie »… En étant parents, il est toutefois possible de réduire notre participation à la société marchande, d’œuvrer pour un autre système d’échange, et plus encore, d’inciter nos enfants à y participer. Tour d’horizon des pratiques et des initiatives de l’économie du don1 où l’adage de la simplicité volontaire « plus de liens, moins de biens » donne le ton.

Manger gratuit, à la ville comme à la campagne, c’est favoriser l’autonomie alimentaire et aussi lutter contre le gaspillage.

  • Les jardins partagés : le retour à la terre a un nouveau visage, celui des jardins collectifs en ville, dans les parcs, sur les toits des bâtiments publics… On trouve même des ruchers citadins ! Le mouvement Incredibles edibles (Incroyables comestibles) encourage à cultiver tous les coins terreux accessibles (comme les pourtours des arbres) ou à placer des bacs remplis de légumes, herbes aromatiques ou petits fruits pour tous les passants. À Eourres, dans les Hautes Alpes, huit cents arbres fruitiers ont été plantés autour du village pour favoriser l’autonomie alimentaire. Au Portugal, les rues sont traditionnellement bordés d’orangers, de grenadiers, qui offrent leurs fruits aux passants. À Bruxelles, certains vergers sont publics comme celui du parc Fond’Roy. Incitons nos communes à planter des fruitiers !
  • Le glanage et le grappillage : ces pratiques ancestrales sont légales en France lorsqu’elles sont effectuées en journée, après les récoltes, à la main, sur les terrains agricoles non clôturés. On glane ce qui pousse au sol et on grappille ce qui pend. Au-delà des champs, cette pratique s’étend au marché, où la chasse aux trésors commence quand les marchand.e.s plient leurs étals. Si vous essayez, vous verrez que vous n’êtes pas seuls ! Nombreux sont ceux qui pratiquent le glanage de fin de marché. Quelle joie pour les enfants de « sauver » des fruits bien mûrs et des poivrons encore bons et de ramener ces victuailles à la table familiale ! Avec les plus grands on peut regarder l’excellent documentaire d’Agnès Varda sur le sujet2.
    Au-delà du marché, le glanage alimentaire s’étend aux invendus. On parle de « trésordure » ou de « déchétarisme ». Passée la gêne de la première fois, le « plongeon en poubelles » (du terme anglais dumpster diving) est une aventure excitante, non illégale, que les enfants adorent ! On peut bien sûr demander directement à l’équipe du magasin et/ou organiser la récupération des invendus de manière collective et régulière.
  • Les applications contre le gaspillage alimentaire : il existe de nombreuses initiatives mais beaucoup sont liées au système mercantile. Citons « Partage ton frigo3 », un réseau de frigos collectifs où chacun peut déposer et/ou prendre des aliments. La plateforme offre un guide gratuit et répertorie les frigos sur une carte.
  • Les bourses d’échange de graines et de plantes : pour qui souhaite accroître sa souveraineté alimentaire et œuvrer pour la préservation des espèces anciennes, robustes et non-brevetées. L’occasion de célébrer la nature et sa diversité.

Les objets, les vêtements

Retrouver l’acte du don sans contrepartie, étendre la vie des objets… Dans ces espaces, point de réciprocité car selon nos phases de vie, on n’a parfois plus besoin de recevoir. Accepter ces cycles sans culpabilité fait partie du déconditionnement, de l’ouverture à l’abondance et à la confiance que celle ou celui qui nous donne ne doit pas forcément recevoir de nous.
Soyons toutefois prévenu.e.s : fréquenter avec ses enfants un espace de don implique en amont une discussion sur les besoins de chacun et la nécessité de ramener toute trouvaille à la maison… Est-ce parce que c’est gratuit, qu’on doit le prendre ? Si l’on souhaite se désencombrer et vivre plus léger, on peut trouver ensemble une règle, par exemple un objet qui entre c’est un objet qui sort.

  • Give box : une give box ou « boîte à partage » est une armoire dédiée au don placée dans un lieu de passage où chacun peut déposer et/ou prendre des objets. Selon les pays on les retrouve dans l’espace public (entretenues par des citoyens) ou dans des lieux associatifs ou culturels. Si l’on souhaite créer une give box près de chez soi, on trouve quantité de guides, chartes d’utilisation et conventions d’occupation de la voie publique sur Internet. On peut aussi placer une give box à l’école !
  • Les boîtes à livres : leur succès dépend du soin apporté à la qualité des ouvrages. Autre méthode, le book crossing4, toujours pratiqué par 850 000 personnes dans 130 pays. L’encodage des livres sur Internet permet de suivre le voyage de chaque ouvrage donné, de quoi susciter la curiosité des petits et grands !
  • Donneries et magasins gratuits :  certaines localités « en transition5 » ouvrent de plus grands espaces de don. Un principe différent des recycleries ou ressourceries où les objets restent payants.
  • Marchés du gratuit, gratiferia : version éphémère du magasin gratuit, les gratiferia furent créés en Espagne, en réponse à la crise économique, par des citoyens en quête de solidarité. Pour éviter les gros rangements post-marché il faut appliquer la règle « chacun repart avec ce qui n’a pas trouvé preneur » ou s’arranger au préalable avec une association caritative pour y déposer « les restes ». Cela permet de ne pas se mettre à dos les autorités publiques quand on décide de se réapproprier l’espace quelques heures. On peut aussi sensibiliser les chalands d’un marché classique avec un « espace gratuit », comme à Saint-Girons (Ariège).
  • Freecycle : sur le Net, depuis 2003, ce réseau mondial de cercles de dons permet à chacun de créer un cercle sans passer par les réseaux sociaux. C’est facile, très utile et permet de faire de jolies rencontres autour de chez soi. L’outil peut plaire aux plus grands enfants qui peuvent lire les annonces ou en placer une.

Pour les services

  • Les SEL : système d’échange local (SEL) où les « banques du temps » permettent d’échanger des prestations sans réciprocité immédiate (on n’échange pas forcément avec celle ou celui qui nous rend service), où la valeur d’échange est le temps. Une heure de baby-sitting équivaut à une heure d’acupuncture qui équivaut à une heure de leçon de tuba, etc.
    Les hébergements gratuits : quand on est membre d’un SEL on a aussi accès à la route des SEL, un réseau d’hébergement chez l’habitant. Notons aussi Be Welcome (plus éthique que Couchsurfing), et les groupes de familles IEF (comme « Voyager en IEF » sur Facebook). Il y a aussi les plateformes d’échange de maisons…
  • Le volontariat : plus que des vacances actives, le volontariat peut être un mode de vie à l’année, surtout quand on pratique le nomadisme en famille. Via les plateformes connues (WWOOF, Workaway,…), par le bouche à l’oreille ou par le réseau des SEL, on peut vivre toute l’année logé-nourri-blanchi au service d’un projet ou de particuliers. Notons qu’en famille, il est plus difficile d’être accueillis en volontariat, sauf par d’autres familles ! Et qu’il faut adapter l’accord standard en fonction des besoins de chacun.
  • Les repar’ café  ou « repair café » : autre outil du mouvement de « transition » qui vise à transmettre des savoir-faire de base ou anciens, combattre l’obsolescence programmée, et créer du lien. On y amène ses objets à réparer ou on y tient un stand de réparation gratuite. L’occasion de décloisonner les cercles sociaux et les générations au nom du partage et de l’entraide. Dans la même veine, il existe aussi des « bourses aux savoir-faire »

1 Voir les travaux de Charles Eiseinstein, auteur de Sacred Economics, North atlantic Books (2011), disponible gratuitement en francais en PDF sur : http://sacred-economics.com
2 Les Glaneurs et la glaneuse, Agnès Varda (2000).
3 www.partagetonfrigo.fr
4 www.bookcrossing.com
5 Mouvement des territoires en transition lancé par Rob Hobkins en 2005 pour accroître la résilience des communautés.

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