© Camille Masset Stiegler
La mort et l’humour ne font pas forcément bon ménage dans nos sociétés occidentales. Nous ne sommes pas familiers des funérailles joyeuses. Vêtements noirs, cérémonies graves et austères, larmes sont l’image que l’on se fait de l’au-revoir à un être cher. La mort est si redoutée qu’elle terrorise ceux qui restent. Ce qui n’empêche pas certains endeuillés d’être pris d’un fou rire lors d’un enterrement… Mourir de rire devant un cercueil prêt à rejoindre la terre pendant que tout le monde pleure autour de vous, voilà une situation gênante bien que cocasse, il faut l’avouer. Pourtant elle est plutôt courante. Nous avons tous constaté à quel point le rire peut dénouer les tensions, déjouer les angoisses… Quand quelqu’un rit pendant des funérailles, il exprime sa propre peur de la mort, sa tristesse, son désespoir. Il peut aussi, tout simplement, rire nerveusement en raison de toute la pression qui pèse lors des cérémonies mortuaires : chacun redoute de faire un faux pas, de prononcer un mauvais mot, d’avoir un mauvais geste, tout est étudié et personne ne souhaite être celui qui se fera remarquer ce jour-là. Alors imaginez, rire ! Quelle entorse aux usages…

Décompresser

Pleurer permet d’exprimer sa tristesse et de la faire sortir. Rire, selon certaines études, serait plus souvent qu’on ne le croit un moyen de contrer ses angoisses1. Nous l’avons tous connu dans des situations moins dramatiques. Nous rions après une bonne frayeur, nous rions de gêne après avoir fait une gaffe… Bref, nous rions alors qu’il n’y a rien de drôle. Le rire ne va donc pas toujours de pair avec l’humour, et il a bien un rôle d’exutoire. Certaines thérapies l’ont d’ailleurs bien compris. Bien entendu, rire lors de funérailles peut être profondément gênant pour soi et pour l’entourage. Il ne faut pas hésiter à communiquer sur ce qui se passe, expliquer, et si nécessaire s’éloigner si on pense que c’est mieux. On peut en effet penser qu’aller plus loin soulager son rire est la meilleure chose à faire. De même qu’une personne qui pleure trop bruyamment va généralement être entraînée à part par quelqu’un. En fait, il convient dans notre société de faire son deuil en silence, dans le recueillement. Mais comment faire son deuil quand on ne peut pas s’exprimer selon ses besoins ? Et pourquoi le rire dérange-t-il tant ?

« Apprendre à mourir2 »

En dehors du fait que rire lors d’une cérémonie funéraire brise le décorum institué dans notre société, on peut supposer qu’il dérange pour deux raisons : d’abord, parce qu’il rappelle cette peur que beaucoup d’entre nous portons, celle de la mort ; ensuite, parce que par son côté incontrôlable, le rire apporte de la sauvagerie, de la liberté dans quelque chose que nous voudrions cadré. La mort, on ne la contrôle pas, alors on essaye de mettre des cadres partout où nous le pouvons pour se donner l’illusion que nous avons de la maîtrise sur cette fin […]

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