© Aude Gertou

Pour beaucoup d’adultes, la question de l’intimité des enfants ne se pose pas. La preuve, dans les écoles maternelles, les enfants doivent généralement faire leurs besoins devant tout le monde, les toilettes étant visibles à tous (pour une raison de surveillance, certes, mais tout de même, il y a de quoi tiquer). On entend beaucoup parler de consentement aujourd’hui, mais quid du respect de l’intimité des enfants ?

Car même s’il s’agit simplement de pouvoir garder un œil sur les enfants afin d’éviter tout problème, on peut considérer que forcer un enfant à faire ses besoins à la vue d’une ou de plusieurs personnes est une atteinte à sa pudeur. Pensez par exemple à votre inconfort quand vous vous retrouvez dénudé devant un médecin qui ne vous met pas à l’aise, ou quand vous devez déambuler avec une chemise ouverte dans le dos à l’hôpital… Imaginez maintenant devoir vous soulager devant d’autres personnes (vos enfants ne comptent pas !). Comment vous sentiriez-vous ? Bien sûr, on peut considérer que faire ses besoins devant quelqu’un n’a rien de gênant car c’est naturel et que nous sommes tous « faits pareil », et ce n’est pas faux. Mais chacun a sa sensibilité et sa pudeur, et même en n’étant pas pudique, on ne peut penser que faire ses besoins dans un endroit dont la porte ouverte donne sur un couloir où défilent tous les élèves et le personnel de l’école est normal et confortable. Sans compter que parmi ces personnes, il y en a forcément qui nous intimident ou que nous n’apprécions pas… Ce qui nous met dans une position particulièrement humiliante voire bloquante. D’ailleurs, beaucoup d’enfants se retiennent de faire leurs besoins à l’école (en raison du manque d’intimité et du manque d’hygiène).

Consentement

Doucement, la société commence à comprendre que le corps de l’enfant appartient à ce dernier, et non pas à l’adulte. Et cela ne concerne pas que les abus sexuels, auxquels on se limitait avant, mais aussi le simple bisou. Non, un enfant n’est pas obligé de faire un bisou à sa grand-mère pour lui dire bonjour. Même pas à sa mère ou à son père d’ailleurs… Beaucoup de parents ne savent comment faire passer ce refus sans causer d’esclandre, craignant de vexer, de blesser, de passer pour de mauvais parents qui élèvent des enfants rustres. Nul besoin de faire un discours, préciser qu’ « elle a besoin de prendre son temps avant de faire un bisou et qu’elle en fera un quand elle en aura envie » suffit bien. Il se peut même « qu’elle n’aime pas faire de bisous » tout simplement. Il en est bien sûr de même pour les câlins, les chatouilles, les papouilles… Nous n’oserions pas toucher un adulte sans être certain qu’il soit d’accord (enfin, normalement, les chiffres ahurissants des violences faites aux femmes prouvent malheureusement qu’il y a encore du travail à faire), mettons-nous donc dans les mêmes dispositions quand il s’agit d’un enfant. Si nous voulons faire un bisou à un enfant avec lequel nous ne sommes pas intimes, demandons-lui simplement s’il est d’accord. Pareil pour un câlin. Et pour les chatouilles et autres jeux, comme avec un adulte, il convient d’être suffisamment proche de l’enfant pour savoir qu’il sera d’accord, que ce n’est pas un geste qui pourrait le mettre mal à l’aise. Il faut se connaître. Trop d’enfants se font tripoter par des gens qu’ils ne connaissent pas et qui ne se soucient pas de leur consentement. En tant que parents, soyons attentifs aux réactions de nos enfants. Si notre nouveau-né se met à râler ou pleurer quand une amie le porte, ne le laissons pas dans cette mauvaise posture juste parce qu’on risque de la vexer et reprenons notre bébé qui réclame la sécurité de nos bras.

Protéger l’enfant du regard des autres

Petits, les enfants aiment souvent être nus. Ils ne font pas attention au regard des autres. En sortant de la petite enfance, en revanche, ils développent une pudeur plus ou moins marquée. Être attentif à la pudeur de chaque enfant, la prendre en compte et la respecter est important et lui permet d’évoluer sans gêne, sans sentiment de honte ou d’humiliation. Par exemple, se déshabiller chez le pédiatre peut être vécu comme humiliant pour un enfant. Surtout si le médecin a des remarques peu bienveillantes sur son poids ou sa taille. Cela devient encore plus délicat quand l’enfant commence à développer les premiers signes de la puberté et qu’il veut cacher ses poils ou sa poitrine naissante. J’ai le souvenir d’une visite chez le pédiatre lorsque j’étais prépubère. La doctoresse avait, sans me prévenir, soulevé ma culotte pour voir si des poils commençaient à recouvrir mon pubis : quel sentiment d’humiliation ! Et de viol de mon intimité ! Car ç’en est un. Elle aurait simplement pu me demander si j’avais des poils sur le pubis. Peut-être avait-elle peur que je lui mente, mais aurait-ce été si grave ? Profitons aussi de cet épisode médical pour parler du décalottage des petits garçons : en dehors du fait que c’est un geste inutile, parfois douloureux, voire carrément néfaste1, cela est clairement une atteinte à l’intimité de l’enfant. Beaucoup parmi le corps médical ne se rendent même pas compte de cela, toute femme l’a constaté lors d’une visite chez le gynécologue. Les praticiens ne prennent pas en compte le fait qu’il est difficile de se dévoiler ainsi. Peut-être pensent-ils aussi que, quand il s’agit d’enfants, ces derniers n’accordent pas d’importance à leur nudité, à leur intégrité. C’est bien sûr totalement faux. J’ai de nombreux souvenirs de visites humiliantes chez le médecin lorsque j’étais petite. N’oublions donc pas que ce n’est pas parce que notre petite tête blonde aime sauter partout les fesses à l’air dans la maison qu’il ou elle sera aussi dégourdi.e dans le cabinet du médecin. Si des examens nécessitent un déshabillage et qu’il s’y refuse, accompagnons-le, expliquons-lui.

Ne pas s’immiscer dans son univers

L’intimité n’est pas seulement physique, elle concerne aussi notre vécu, nos pensées, nos amitiés, nos amours, nos jeux et nos créations, nos goûts, nos habitudes… Et selon les personnes elle est plus ou moins développée ! Nous avons tous notre univers personnel et nous n’avons pas envie d’y faire entrer tout le monde. Et nous ne dévoilons jamais tout, même avec ceux qui partagent notre vie. Certaines choses ne sont que pour nous. C’est pareil pour nos enfants, même si ce n’est pas toujours évident. Ma fille de 4 ans a l’habitude de se raconter des histoires à voix haute. Je faisais pareil quand j’étais petite. Quand je le faisais je n’avais aucunement conscience qu’on m’entendait. J’étais dans mon monde sans voir ceux qui étaient autour de moi ou dans la pièce à côté. C’est pareil pour ma fille. Et quand elle voit qu’on la regarde, elle nous dit de ne pas l’écouter. Nous avons donc pris l’habitude de ne surtout pas la regarder quand elle fait ça et de faire abstraction de ce qu’elle raconte. J’ai là aussi un souvenir de moi me racontant une histoire à voix haute quand j’étais enfant. Ma mère m’a ensuite demandé des détails sur la suite de l’histoire sur un ton amusé : j’ai été très mortifiée. Et j’ai aussi pris conscience pour la première fois qu’on m’entendait ! Pour moi, j’étais seule dans mon univers. Car c’est ainsi que sont les enfants quand ils jouent ou se racontent des histoires : ils sont dans une bulle et ne font plus du tout attention à leur environnement. Avez-vous remarqué que lorsque vous leur parlez dans ces moments-là, ils ne vous entendent pas ? Respectons cela, et ne les interrompons pas si ce n’est pas nécessaire. Acceptons qu’ils ne veuillent pas être regardés parfois, même si nous prenons plaisir à les contempler dans leurs jeux. Acceptons aussi qu’ils ne veuillent pas toujours tout nous dire. C’est une marque de respect mais aussi de confiance mutuelle, un ciment indispensable pour une belle relation.


À ce sujet, lire notamment l’article de Claude Didierjean-Jouveau, « Touche pas à mon zizi ! ».

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