© Camille Masset Stiegler
Nous venons à la vie avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. La mort attend chacun de nous, sans exception. Pourtant, si la mort est au fond d’une extrême banalité, si elle concerne, sans exception, chacun de nous, elle est, dans notre société occidentale, taboue. Nous savons qu’elle existe, mais nous ne voulons pas la voir. Ce n’est pourtant pas le cas dans d’autres sociétés que la nôtre. Dans certaines contrées, les morts se mêlent aux vivants, l’au-revoir est parfois très long et, quand enfin le mort rejoint son cercueil, il est assuré de revoir encore ceux qui restent, qui lors de fêtes rituelles, viendront le visiter. Ainsi, dans la province du Sud-Sulawesi en Indonésie, les habitants du Pays Toraja momifient leurs défunts et les gardent chez eux, le temps d’avoir l’argent nécessaire aux funérailles. Ils lui donnent à manger, lui parlent… Quand vient la cérémonie funéraire, qui est très festive, le cercueil est placé dans une niche creusée dans la roche. Et chaque année, en août, voire plus régulièrement, le défunt est visité par ses proches. C’est le rituel Ma’nene. La famille sort alors le corps du cercueil, dépoussière le squelette, lui met d’autres vêtements, lui parle. À Madagascar, lors de la fête Famadihana, on retourne les morts. Les défunts sont exhumés pour changer leur linceul. C’est l’occasion de retrouver leurs proches, qui les pressent contre eux, les entraînent dans leur danse… La danse terminée, on dépose le mort dans un linceul tout neuf avec des objets à emporter avec lui, des photos, du rhum, des billets…

Une mort aseptisée

Au Tibet, il existe un rite bouddhiste qui consiste à livrer le corps du défunt aux vautours. Le corps est coupé en morceaux et déposé dans une « aire de découpage ». Les vautours, oiseaux sacrés, viennent ensuite se repaître du corps (sauf de la tête, qui est conservée). 80 % des Tibétains choisiraient cette « inhumation céleste », qui représente pour eux le retour du corps à la terre1. Nous sommes bien loin, avec cette tradition, du mort embaumé de nos sociétés occidentales. Retour à la terre, oui (bien que l’incinération soit de plus en plus prisée), mais cela ne doit pas se voir. Ainsi, en Occident, le défunt sera embaumé et maquillé afin de ressembler, le plus possible, à un vivant. Une façon de masquer cette mort que l’on ne veut pas voir le temps que le défunt rejoigne l’obscurité de son cercueil, là où plus personne ne pourra le voir. Bien sûr, comme au Tibet, nous retournons à la terre. Mais l’idée de nourrir les vers répugne : nous préférons imaginer le mort confortablement installé dans un cercueil tapissé de velours, comme endormi d’un long sommeil paisible.

Rites et quête de sens

Les rites funéraires, quels qu’ils soient, ont pour rôle, pour le défunt, de l’accompagner dans son voyage dans l’au-delà, et pour les vivants, de donner du sens à ce phénomène incompréhensible qu’est la […]

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