© Sophie Guedes

J’ai découvert une magnifique exposition au Sénégal d’une photographe espagnole, Marta Moreiras, maman porteuse mariée à un Sénégalais. Les clichés exposés montrent des portraits de papas sénégalais portant sur le dos – en pagne – leur bébé ou plus grand bambin dans les rues de Dakar1.

Une belle coïncidence tandis que j’étais plongée dans la rédaction de cet article sur le portage… des papas. Alors que les sites, blogs et avis sur le portage physiologique inondent la toile, la déclinaison de la pratique au masculin est nettement moins évoquée, et le terme encore très féminisé. Faites une recherche sur Internet avec « portage papa » ou « babywearingdad », vous verrez ! Principalement des vidéos, quelques articles seulement.

Pourquoi les papas portent-ils plus aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le message « porter son enfant contre soi est très bon pour le lien d’attachement, cela constitue pour Bébé une transition avec l’état fœtal, diminue ses pleurs2, et calme différents maux » atteint bien plus facilement les futurs parents. Cours de préparation à la naissance, démonstrations en association, messages de la PMI : le portage est dans l’air du temps, il faut l’admettre.
De ce fait, le nombre de familles pratiquant le portage – et donc de papas porteurs – a nettement augmenté. Les mamans sont également très actives et parfois peu présentes.
Enfin, l’explosion de l’offre de moyens de portage et la variété de ceux-ci a beaucoup joué dans l’essor du portage par les papas.

Avec quoi aiment-ils porter ?

Il n’est pas caricatural de dire que la plupart des papas préfèrent un porte-bébé « tout prêt » et surtout « sans nœuds ». Cette préférence se vérifie en atelier, où les pères sont bien plus nombreux qu’avant. Si l’écharpe ou le sling sont les moyens de portage les plus adaptés pour un nourrisson, l’époque où il n’existait que l’écharpe tissée est révolue. Plusieurs porte-bébés permettent aujourd’hui de porter un bébé dès la naissance de façon physiologique : assise étroite pour laisser son nouveau-né serrer ses genoux (position regroupée), dossier en tissu d’écharpe réglable en hauteur et moulant le dos de Bébé… Ces porte-bébés « babysize » ont le vent en poupe et les fabricants se disputent clairement le marché3.
Le préformé est souvent l’outil préféré des papas d’aujourd’hui. José, papa de Rose, a  commencé le préformé deux ans après la naissance et porté avec tout (même en pagne et podeagi) sa fille pendant six ans : « le meilleur des porte-bébés, c’est le préformé : facile, rapide, tu règles comme tu veux, c’est super confortable ». Mika n’a jamais utilisé l’écharpe extensible de sa femme, mais porte aujourd’hui sans difficultés leur fils de 16 mois en préformé sur le dos.

Ce que les pères redoutent avec l’écharpe, au-delà de l’aspect « compliqué » (voir la vidéo des Pères Indignes4), c’est la peur de faire tomber son bébé et/ou qu’il ne soit pas assez maintenu, surtout s’il bouge. Gauthier, papa de Tymeo, le résume bien : « J’ai porté en écharpe, en sling et en préformé, j’aime bien les trois, mais, s’il n’y a personne pour me nouer l’écharpe, je ne sais pas le faire, je ne suis pas rassuré ! ». Bien sûr, j’aime réussir à les faire changer de vision en atelier5 et les voir à la fin avec leur bébé calé contre eux dans un nouage soutenant et rassurant… Anthony, deux enfants, a appris avec une amie sage-femme : « On a commencé à porter avec une écharpe tissée (Néobulle). C’est de cette façon que j’ai découvert le portage. Le nœud en question était le kangourou ventral. Ça a été un déclic ! ». « Le sling est pratique mais je ne peux pas porter sur de longues balades avec », nous dit Gauthier. Heureusement, aujourd’hui, il y a des moyens de portage pour tous.

En revanche, les aides au portage type filet sont moins utilisées par les papas, qui les jugent « inutiles », comme l’explique Pablo, papa de Clara : « ma femme utilise beaucoup le Hop’la, mais moi je n’en ai pas besoin, je porte ma fille à bras (2 ans et demi), ça ne me fait pas mal et c’est plus rapide quand elle veut redescendre ».

Anthony Coëplet, créateu du Sling du Barbu, deux enfants :

« Je suis devenu moniteur de portage1 grâce à un groupe de papas sur Facebook où je postais régulièrement des photos de portage avec ma fille. Les gars m’ont fait comprendre que vu comme le portage me plaisait, pourquoi ne pas le transmettre aux parents ? Avec une amie nous avons commencé à organiser des Café’charpes dans un café-poussette de notre ville – Nancy – puis je me suis formé chez Porter, simplement.
Quand nous avons créé le Sling du Barbu avec Alexa de Colimaçon & Cie2, j’ai pensé à tous les parents qui ne veulent “pas de nœuds”. C’est un sling plus long (minimum trois mètres vingt), doté de quatre anneaux, qui permet d’avoir un pan sur chaque épaule pour le confort d’une écharpe, et un second passage de tissu sous la base de Bébé pour un soutien supplémentaire. Je montre assez souvent en atelier un casque de moto, parce que le passage dans les anneaux pour un sling se fait de la même manière que la boucle double D de ce casque. J’ai pas mal de retours positifs sur des publications. »


Porter, rien de barbant, ateliers à Nancy (54), formé également à Porter
en toute simplicité en 2019.
Alexa Meresse, gérante de Colimaçon & Cie, www.echarpe-portage-colimacon.com/fr

Les « avantages » des papas

Papa n’a pas la même démarche, la même cadence que Maman. Sa voix est plus grave et « résonne » davantage dans le corps du bébé. Le bébé « entend » avec tout son corps. Question mouvement, il expérimente d’autres sensations, souvent un rythme plus rapide (parfois des mouvements plus assurés) et ressent facilement le stress (ou l’absence de stress) de son parent. Il sent le rythme cardiaque, les muscles tendus ou pas de celui qui le porte, perçoit très bien l’intonation de la voix.
Pendant le congé maternité, si Papa travaille, quand il rentre il est certainement moins stressé vis-à-vis de son bébé que la maman – qui s’est occupée de Bébé toute la journée (et qui gère souvent seule les nuits). Certes, il n’a pas forcément de réponse instantanée pour calmer son bébé, mais il est probablement plus détendu, plus apte à accueillir de façon « zen » son bébé dans les bras.

Ce que les papas aiment dans le portage

Pour Gauthier, c’est « [le choix de] la proximité et de ne pas être encombré […] en magasin, pas besoin de sortir le cosy ».  Les papas qualifient souvent le portage de « kit mains libres ».
Et il ne faut pas croire : ce n’est pas parce que les hommes sont (souvent) plus musclés qu’ils n’ont pas le cœur tendre : pour Anthony, « c’est vraiment génial ce cocon que l’on crée pour porter son bébé, lui faire des câlins, avoir les mains libres et le rassurer ! ». Mikaël confirme : « [le portage] m’a permis de profiter de lui contre moi, de le sentir respirer, dormir, etc. C’est quelque chose qui est difficile à expliquer. De plus, nous pouvions aussi apprendre à reconnaître nos odeurs ». Et d’ajouter : « Et puis après, on en redemande ».

Le peau à peau

Le peau à peau se pratique souvent avec une simple couverture sur le dos de Bébé, mais peut être fait également avec un bandeau de peau à peau, une écharpe, un sling…
Césarienne (a fortiori sous anésthésie générale), accouchement trop éprouvant, ou simplement désir de la maman de laisser le papa vivre ce moment de rencontre, suites de couche difficiles… : de nombreux papas ont l’opportunité de faire du peau à peau avec leur nouveau-né.
Un papa à la maternité évoque un « ressenti de protection, [une] sensation de fusion, et c’est rassurant de l’entendre respirer sur ma peau. Madame l’a eu dans son ventre et maintenant je rattrape ce temps de fusion que le bébé avait quand il était dans le ventre de sa maman » (voir la vidéo du CHP Saint-Grégoire, maternité labellisée Hôpital Ami des Bébés6). Le peau à peau est une façon irremplaçable de faire connaissance. Clyde a pratiqué le peau à peau pour ses bébés en attendant que son épouse revienne après chaque césarienne et confie : « J’ai attendu neuf mois de pouvoir rencontrer mon bébé et j’étais impatient. Je ne pouvais pas imaginer non plus le laisser tout seul dans une couveuse à attendre sa maman. J’ai pu avoir tout contre moi ce petit être qui venait d’arriver au monde, tout doux, tout fragile, son odeur, ses petit mains… Il se collait contre moi, c’était merveilleux ». Porter son enfant dès la naissance aide à créer des liens, à faire connaissance.

En conclusion, il y a mille raisons pour un papa de porter son bébé ou son enfant, et presque mille façons de le faire. Les papas portent plus à bras, sur les épaules, mais un outil de portage reste la façon la plus confortable et durable de porter et permet de rapprocher ces hommes de leur progéniture, eux qui n’ont pas porté leur enfant dans leur corps. Il est heureux de constater que le portage est de plus en plus connu et apprécié sous nos latitudes. Vive les papas porteurs !


« Pères », de Marta Moreiras https://www.worldphoto.org/portraiture-2019-professional-competition
De moitié pour les pleurs du soir : Hunziker UA and Barr RG, Increased carrying reduces infant crying: a randomized controlled trial, Pediatrics 1986; 77(5): 641-8.
Néo de Néobulle, P4 babysize de Ling Ling d’amour, Limas FLEX de Limas, par exemple.
https://www.youtube.com/watch?v=11C3gJBewhA
À portée de plume, ateliers de portage sud-Meuse (55) et nord Haute-Marne (52) : www.aporteedeplume.fr
www.youtube.com/watch?v=jb0hz-CLZYk 

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