© Jenny Balmefrézol

En écoutant les témoignages de mères concernant le regard sur leur allaitement que porte l’entourage, et parfois même les professionnels de santé, le seuil de tolérance semble se situer entre la naissance et les 3-4 mois du nourrisson. Au-dessus de ce seuil et en dessous, quand les femmes n’allaitent pas, il existe parfois une cruelle absence de bienveillance. Regard accusateur, parole culpabilisante, moquerie, les femmes qui n’allaitent pas ont soudainement beaucoup en commun avec les mères qui ne raccourcissent pas leur allaitement.

Il est régulièrement fait mention, dans nos colonnes, de l’allaitement, plus ou moins long (nous préférons le terme de « non-raccourci ») selon les femmes. Nous offrons des pistes de réflexion sur le sujet et des solutions pour celles qui se retrouvent confrontées à des problèmes de positions, succion, reprise de travail… afin que les femmes puissent vivre l’allaitement qu’elles souhaitent. Mais il y a aussi celles qui font le choix de ne pas allaiter, du tout. Il ne s’agit pas ici d’en chercher ou expliquer la raison. Ces femmes qui aiment et maternent leurs enfants n’allaitent pas, point.

Trois mois d’allaitement : un idéal de société

Elles sont généralement conscientes des bienfaits de l’allaitement, de la composition irremplaçable du lait maternel et trouvent même cela beau et naturel. À l’instar des femmes qui allaitent un peu plus longtemps que la moyenne et se retrouvent confrontées aux regards choqués voire indignés de l’entourage vis-à-vis de ce geste pourtant ancestral, ce profil de femmes, dont on parle peu, se trouve lui aussi confronté aux critiques et questions de l’entourage sur ce choix de ne pas allaiter du tout. L’idéal pour beaucoup étant le standard français de l’allaitement ne dépassant pas trois mois, période recouvrant en réalité le temps de congé maternité français devenu la norme sociétale à la fin de laquelle le soutien cesse et où le passage aux biberons et préparations artificielles est fortement encouragé. L’allaitement de trois mois est donc la norme. Au-dessus et en dessous, existe ce vide intersidéral exempt de bienveillance.

Un choix mûri

Les femmes qui décident de ne pas allaiter ont généralement mûri ce choix avant leur accouchement et l’arrivée de leur bébé n’y change rien. Elles sont claires envers elles-mêmes mais sont aussi vulnérables au regard des autres. Qui sont ces  « autres » ? Ce sont ceux qui sont en dehors de leur vie intime, ceux qui ne vivent pas ce qu’elles vivent et ne ressentent pas ce qu’elles ressentent. Les « autres » sont les membres de la famille ou belle-famille, un voisin de palier, un commerçant et surtout les professionnels de santé qui font souvent autorité sur les jeunes mères même si, au sein d’une même profession, les avis peuvent diverger. Les premiers regards désapprobateurs peuvent commencer dès la naissance, au refus de la tétée d’accueil. Émilie, 35 ans, se souvient : « Lorsque j’ai refusé, la sage-femme m’a foudroyée du regard et ne m’a pas adressé la parole […]

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