© Sophie Elusse
S’il est admis, aujourd’hui, que les parents s’élèvent auprès de leurs enfants dont la naissance devient une formidable opportunité d’évolution, devenir grand-parent en 2020 peut aussi être l’occasion d’une introspection parfois douloureuse qui change radicalement le prisme à travers lequel l’enfance est regardée. Devenir grand-parent, prendre sa place d’alloparent aux côtés de parents qui ont à cœur d’accompagner sans violence leurs enfants et choisissent les valeurs du maternage proximal n’est pas toujours chose aisée. L’écart profond entre la philosophie actuelle autour de la notion de respect de l’enfant suivie par les parents, et les principes et dogmes pédagogiques promouvant les violences éducatives ordinaires suivis par la génération précédente, est parfois vécu violemment par les nouveaux grands-parents. La différence d’approche voire le rejet des jeunes parents des préceptes appliqués par leurs propres parents (en répondant parfois aux injonctions sociétales de l’époque avec vulnérabilité) est souvent vécu comme un reproche déguisé. Il faut parfois du temps pour que le dialogue soit renoué, que les liens se ressoudent. La génération actuelle de parents panse ses blessures, et tente de briser des cycles de violence, en se remettant en question à grand renfort de lectures en neurosciences affectives et sociales, qui ont validé leurs intuitions. Ces découvertes, ces ouvrages qui font figure d’autorité et « autorisent » certains parents à choisir la voie qui les appelle, n’ont pas été à disposition de nos parents, qui n’ont pas tous trouvé le courage ou le soutien nécessaire pour être à l’écoute des besoins affectifs et physiologiques de leurs bébés et enfants. Une fois transmises, ces informations obligent un coup d’œil dans le rétro vers sa propre parentalité puis par extension vers sa propre enfance : « Quelles attentes irréalistes ai-je eu envers mon enfant ? Ai-je été maltraitant.e ? Ai-je été victime d’abus, de violences ? » sont les questions qui émergent chez certains grands-parents. Les fondations sur lesquelles reposaient les souvenirs s’effondrent. Ce qui semblait être « correct » ne l’est plus. La construction de ce qui semble nous définir n’est plus juste. La nouvelle génération de grands-parents prend en pleine figure ses choix éducatifs et sa propre enfance. Double peine pour ces adultes dont la blessure du cœur de parent fait écho à la blessure du cœur de leur enfant intérieur. Il faut renouer avec soi, avec son enfant et réussir à construire une relation avec le petit-enfant sur de nouvelles bases, inconnues.

« En revisitant l’enfance, elle a revisité son enfance et donc ses valeurs et son identité »

« Alors que mon fils avait 1 mois, ma mère me conseillait de le laisser pleurer, disant que la vie était difficile, qu’il fallait qu’il s’habitue. Elle me disait de le gronder quand il ne faisait pas de sieste ou de le forcer à manger lors de la diversification. Je n’étais pas alignée avec ses injonctions et j’ai décidé de prendre mes distances. Ce rapport de domination, ces violences alliés à une méconnaissance du développement du cerveau de l’enfant et de ses […]

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