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Nous insistons souvent à Grandir Autrement, et nous ne sommes pas les seuls, sur l’importance du jeu libre pour les enfants. Il leur permet en effet de développer leur imagination et leur créativité et sert également les apprentissages, y compris scolaires, en les rejouant différemment, en se les appropriant. Mais pour qu’il puisse être présent dans le quotidien des enfants, il leur faut du temps libre, c’est-à-dire du temps où rien n’est programmé, où ils n’ont pas « quelque chose à faire ».
Et bien sûr, cinq minutes entre les devoirs et le dîner ne suffisent pas.

Notre mode de vie actuel fait que nous avons généralement des emplois du temps très chargés. Réussir à articuler entre eux les horaires de l’école, du travail des parents, de l’assistante maternelle ou de la crèche pour ceux qui ont des enfants plus jeunes et caser le nécessaire quotidien comme les courses, la préparation des repas, etc. : tout cela relève déjà parfois du tour de force. Le moindre retard peut mettre en péril cette organisation minutée et le temps libre fait figure de luxe inaccessible, bien qu’étant un réel besoin des enfants, au même titre ou presque que dormir ou manger. De plus cette course contre la montre quotidienne peut être une grande source de stress, à la fois pour les enfants, qui auront du mal à suivre le rythme, et pour les parents, qui risquent de perdre patience et de s’énerver plus facilement.

De la nécessité du temps libre

En tant qu’adultes, nous désespérons parfois de n’avoir « pas une minute à nous », et la société elle-même nous encourage à préserver du « temps pour nous ». En effet, ce temps qui n’est pas destiné à une activité particulière, ou bien à une activité qui nous plaît et que nous avons nous-même choisie, par opposition aux obligations professionnelles, ménagères ou autres, nous permet de nous ressourcer, de prendre soin de nous pour ensuite pouvoir plus facilement prendre soin des autres, en particulier de nos enfants. Pourtant, lorsqu’il s’agit de nos enfants, ce besoin de temps libéré de toute contrainte, obligation ou attente est souvent nié, plutôt considéré comme une sorte de caprice. Or les enfants ont réellement besoin de ces temps. Pouvoir rêver, imaginer des histoires, concevoir des inventions et les expérimenter, comprendre durablement certaines notions par l’expérience (la gravité par exemple) plutôt que par la théorie, jouer et rejouer certaines situations pour pouvoir les accepter et les intégrer… Autant de choses qui ne seront possibles pour les enfants que s’ils ont du temps pour les réaliser. C’est aussi en ayant du temps où l’enfant est libre de choisir ce qu’il veut faire que ses goûts vont s’affiner et s’affirmer. Vers quelle activité va-t-il aller si on lui laisse le choix ? Comment savoir (y compris pour lui-même) ce qu’il aime s’il doit se conformer aux activités planifiées pour lui ?

L’extérieur et la nature

Les enfants passent aujourd’hui énormément de temps en intérieur. Or ils ont un grand besoin d’activité physique pour se dépenser, apprendre à connaître et maîtriser leur corps, mais aussi être au contact de la nature, ce qui va des plantes et animaux de leur environnement (qu’il soit urbain ou rural) aux saisons et au climat. Ils devraient donc pouvoir passer du temps dehors, éprouver le froid, le chaud, la pluie, le vent… Lorsque l’on n’a pas une maison avec jardin, cela peut demander plus d’efforts aux parents car il faut aller avec eux au parc par exemple, plutôt que de « simplement » préparer le dîner pendant que les enfants jouent dans le jardin, mais là encore cela participe à l’équilibre de l’enfant et chaque parent a déjà pu constater qu’un enfant qui n’a pas pu sortir de la journée est souvent très agité en soirée.

Enfant versus élève

Lorsqu’un enfant est tout petit, on trouve généralement normal et naturel qu’il passe le plus clair de son temps éveillé à jouer. Mais lorsque cet enfant grandit et entre à l’école, surtout lors du passage à l’école primaire, on a tendance à ne plus le considérer comme un enfant mais comme un élève. Avant d’avoir l’autorisation de jouer, il doit donc faire ses devoirs, on s’enquiert de savoir s’il a obtenu des bons résultats et si ce n’est pas le cas il sera parfois puni en étant privé de temps de jeu (avec ses pairs ou ses parents). Or le jeu reste d’une importance capitale pour les enfants y compris après leurs 6 ans1 ! De plus, priver un enfant de jeu et de jeu libre, que ce soit volontaire (punitions) ou non (emploi du temps surchargé) est absolument contre-productif pour qu’il soit plus calme, attentif à l’école, « meilleur élève », etc. Nous sommes tellement imprégnés par l’aspect productiviste et utilitaire de notre société que nous n’avons parfois pas conscience d’être en train de priver nos enfants du minimum vital de leur liberté. En effet, un enfant qui aura passé sa journée entre la garderie et l’école, plus une activité extra-scolaire par semaine, aura probablement eu très peu de temps où son activité n’aura pas été dirigée ni contrainte, y compris à la maison.

Les postes chronophages à réévaluer

Les activités périscolaires ont le vent en poupe : il existe aujourd’hui beaucoup de propositions d’activités pour les enfants de plus en plus jeunes. Si le programme de ces activités est parfois très alléchant et semble bien correspondre à nos enfants, nous devons malgré tout rester vigilants à ne pas surcharger leur emploi du temps. En effet, même si une activité plaît à un enfant pour son contenu, l’obligation d’assiduité souvent demandée peut devenir difficile à gérer au cours de l’année. Il faudra donc veiller à bien choisir l’activité en fonction de l’âge de l’enfant, du créneau horaire et du temps libre restant. En début d’année scolaire, si un enfant demande à s’inscrire dans plusieurs activités, outre l’aspect financier qui peut bien sûr être un frein, il sera intéressant d’inciter l’enfant à bien réfléchir et à choisir ce qui paraît le plus adapté pour lui, l’objectif étant bien sûr que le plaisir soit au rendez-vous toute l’année !
Les devoirs sont un autre moment de la vie scolaire des enfants qui peut leur prendre beaucoup de temps si nous n’y prenons pas garde2.

Enfin, la vie quotidienne est une « dévoreuse de temps ». Les repas, la toilette, le bain, l’habillage et le déshabillage, ou encore certaines tâches ménagères partagées avec les plus grands peuvent selon les âges et la motivation de chacun prendre plus ou moins de temps ! Pour ne pas trop empiéter sur le temps libre, on peut revoir certaines priorités et être plus souples sur certains points : le bain n’est par exemple pas forcément obligatoire quotidiennement. Chaque famille pourra réfléchir avec les enfants sur les choses à aménager pour qu’ils aient le temps de jouer sans contraintes.

Comment faire ?

La première chose à faire est sans doute de se poser et d’observer l’emploi du temps effectif de nos enfants afin de « mesurer » leur part de temps libre par jour et par semaine. Avoir conscience que nos enfants ont peu de temps libre étant la première étape pour chercher des solutions afin de leur en octroyer davantage. Ensuite, nous pourrons tenter de faire un peu de place dans cet emploi du temps (notons d’ailleurs que le terme est lui-même très significatif !). Puis, sur le temps à la maison, comment agissons-nous en tant que parents ? Sommes-nous très directifs ou plutôt souples ? Quand l’enfant choisit lui-même son activité, le laissons-nous toujours aller au bout de son choix ? Toutes ces questions peuvent amener des remises en cause de certains de nos principes éducatifs, ou même de nos choix de vie plus généraux, interroger notre rapport au travail, à l’argent, à l’effort et à son résultat, au loisir, au jeu, et même à l’enfance…


Grandir Autrement a d’ailleurs consacré un numéro entier au jeu et à son importance (n° 65 : « Jouer, c’est la liberté ! »)
2 Voir l’article « La question des devoirs : vers une autonomie des enfants » du numéro 72.

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