© Victorine Meyers

Nous vivons dans une société ambivalente dans son regard envers ses anciens. D’une part, nous les traitons mal en les laissant seuls, en les abandonnant dans des lieux dédiés pour eux au crépuscule de leur vie ; et d’autre part, nous misons sur leur pouvoir d’achat, les personnes dites du troisième ou quatrième âge n’étant plus actives, elles deviennent des consommateurs de loisirs. Comment peut-on faire autrement ? On peut mettre des choses simples en pratique, relevons donc le défi.

Dans quasiment toutes les sociétés dites archaïques ou primitives que nous pouvons encore étudier, les anciens sont précieux, ils sont la sagesse et la transmission, ils sont vénérés et les générations vivent toutes ensemble. Point de crèches d’une part et de mouroirs d’autre part, tandis que chaque extrémité de notre vie est mise à part dans la civilisation moderne. L’objet ici n’est pas d’étudier les raisons de cette ségrégation âgiste, mais avant de prendre soin de nos anciens, il est bon de se poser et de reconnaître la façon dont nous les traitons. Le nous est certes empirique, mais en ne faisant rien, en nous voilant la face, chacun de nous est complice de cette ségrégation. Oui, nous pouvons, à notre niveau, mettre en place des choses pour changer cela.

(R)établir du lien

L’une des raisons qui poussent à isoler une personne, à l’ignorer, peut être l’absence de lien, l’absence d’implication émotionnelle. Qui plus est, ce lien est aussi au cœur des besoins de la personne âgée, comme du bébé. À un âge avancé, on a souvent perdu plusieurs êtres chers, ceux qui demeurent sont en général les descendants, les enfants et petits-enfants. Si le lien est déjà présent et fort, alors on peut passer aux choses pratiques que l’on peut mettre en place pour prendre soin de nos parents. Si non, nous pouvons aider à tisser ou retisser ce lien. Cela va d’abord passer par la présence, venir passer une journée très régulièrement va permettre à chacun de s’apprivoiser, aux enfants et petits-enfants de s’habituer à l’aïeul et à celui-ci de rencontrer réellement ses petits-enfants et peut-être de leur transmettre des choses. Si on habite trop loin, des alternatives sont possibles, on parle de transmission, elle est valable dans les deux sens, les petits-enfants peuvent transmettre le fonctionnement d’une tablette, d’un appel avec caméra pour pouvoir ensuite échanger via l’outil numérique. En dernier recours on peut réfléchir avec son aïeul s’il ne serait pas judicieux de le rapprocher de nous, à moins que nous envisagions nous-même un déménagement. Il peut être plus facile et tentant de faire déménager la personne âgée, mais attention, celle-ci a ses souvenirs, sa vie peut-être toute entière dans sa maison ou son appartement, la déraciner pourrait être d’une violence inouïe.
Avoir créé du lien peut rendre par la suite certaines décisions plus faciles. Ainsi, si l’aïeul est bien avec ses petits-enfants, cela peut faciliter le rapprochement géographique. Et si vraiment il n’est pas possible de se rapprocher géographiquement, ne coupons pas le lien, au contraire, il est important de le maintenir le plus régulièrement possible, se téléphoner, demander à des voisins de passer voir notre aïeul.e, lui envoyer un petit paquet de bonnes choses, des photos, des vidéos de nos vacances, lui proposer de venir passer une semaine à la maison, etc. Toutes ces propositions tendent à maintenir ou renforcer notre lien.

Quels besoins satisfaire ?

Au-delà du besoin de lien, les personnes âgées, comme tout être vivant, ont besoin de contact physique. Matthew J. Hertenstein, professeur en psychologie et neurosciences, est l’auteur d’une étude qui montre que l’on perçoit les émotions des autres au travers du toucher1. Le toucher est un langage à part entière, il nous permet de comprendre les émotions d’autrui et d’y répondre. Il libère de l’ocytocine et ainsi favorise la guérison ou le bien-être. Il en va de même des petits mots de réconfort, de consolation. Ainsi prendre soin de nos aïeux passe par la prise en compte de leurs émotions et sentiments.
Certaines personnes âgées interrogées sur leurs besoins mettent aussi en avant le besoin de transmission aux plus jeunes. Cela concerne notamment leurs petits-enfants et donc rejoint aussi le lien que nous avons évoqué plus haut. Lorsque des aïeux n’ont pas de petits-enfants ou qu’ils ne sont pas proches d’eux, ils vont chercher à se rapprocher et parler avec d’autres personnes. On a vu par exemple quelques essais de maisons de retraite couplées à des jardins d’enfants, en misant ainsi sur la proximité entre les personnes âgées et les très jeunes enfants2. Sans aller jusque-là, on peut tout simplement proposer aux personnes âgées vivant à proximité de chez nous de partager des moments avec nos enfants, en étant présents au début et ainsi établir une relation de confiance.
Si nous avons des enfants plus grands, nous pouvons proposer un lien sous forme d’aide aux courses, d’entretien du jardin, de promenade avec la personne âgée, etc. Toutes ces petites choses que nous pouvons mettre en place vont permettre à la fois de créer du lien et de répondre au besoin de transmission.

Enfin un besoin important que l’on néglige souvent c’est celui de l’amour. L’humain a beaucoup d’amour à donner mais a aussi besoin d’en recevoir. Une personne âgée qui se retrouve seule du jour au lendemain est souvent vouée à finir sa vie seule. Or elle peut encore rencontrer une personne avec qui partager sa vie, pour peu qu’on l’aide à aller sur ce chemin. La solitude peut être un pesant carcan et c’est peut-être la raison qui pousse nombre d’entre elles à vivre avec un animal de compagnie. Marie se souvient de sa grand-mère qui considérait sa chienne comme un enfant et lui parlait en permanence : « Myrsa était tout pour Mamie. Avec le recul, je pense que Myrsa avait remplacé son mari parti trop tôt. » Aider son aïeul.e à rencontrer une âme errante avec qui partager le crépuscule de sa vie, ou pourquoi pas l’aider dans l’adoption d’un animal selon ses souhaits, est un pas de plus vers le prendre soin. Et surtout évitons de juger ces personnes âgées qui se mettent en couple à 80 ans !

Choix quant à la dépendance

Enfin il est important d’aborder un sujet pas facile, celui de la dépendance de nos aïeux.
Le sujet est complexe et en même temps simple. Simple parce qu’une personne qui ne peut plus vivre seule sans mettre en danger sa vie doit être assistée, sans pour autant aller à l’encontre de ses souhaits, ce qui rend la chose plus complexe.
La première chose est de parler avec notre aïeul.e pour connaître ses souhaits, ses in­tentions en cas de dépendance. Si on n’a pas anticipé, il n’est point trop tard pour évoquer le sujet, et ce sera d’autant plus facile que nous aurons tissé un lien. Le maintien à domicile est probablement la première chose à mettre en place dans la plupart des cas. De nombreuses aides permettent aujourd’hui cela, des aides à domicile, des repas livrés, des aides financières (notamment l’APA, allocation pour la perte d’autonomie, ou des aides pour des travaux d’adaptation du logement)3.
Dans un deuxième temps, si la situation le permet et que la dépendance s’accentue, rendant difficile l’isolement à domicile, on peut accueillir notre aïeul.e chez nous et toujours bénéficier des différentes aides de maintien à domicile, ou même s’installer chez lui. Bien sûr, ce choix est un choix familial, il est important que chacun adhère à ce projet et que ce soit fait avec cœur et la volonté sincère de permettre à notre aïeul.e de finir sa vie entouré.e des siens.
Nous ne traitons pas ici du cas spécifique de l’euthanasie puisqu’elle n’est pas légale, mais notons simplement que beaucoup militent en sa faveur comme une autre forme du prendre soin. En guise de conclusion, voici une statistique importante, mourir chez soi est une volonté de 85 % des personnes interrogées4, alors s’il est bien une chose pour laquelle nous devrions tout tenter, c’est peut-être d’accéder à ce souhait. Après leur longue vie, ne l’ont-ils pas mérité ?


1 https://www.depauw.edu/site/learn/lab/
2 https://www.lien-social.com/Une-creche-a-la-maison-de-retraite
3 https://droit-finances.commentcamarche.com/faq/14894-maintien-a-domicile-des-personnes-agees-avantages
4 https://www.admd.net/articles/decryptages/mourir-chez-soi-un-souhait-impossible.html

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