© Nadège Simon

Nous avons tous, ou presque, des emplois du temps bien remplis. Nombreux sont en effet les parents qui doivent jongler entre obligations professionnelles et gestion du quotidien familial. Alors, quand les vacances arrivent, ne vaudrait-il pas mieux laisser la place à l’improvisation et passer en mode slow life plutôt que de maintenir un rythme soutenu dans lequel activités, déplacements et visites en tous genres se succèdent, comme s’il fallait à tout prix continuer à « remplir » le temps dont nous disposons ? Réflexions et regards croisés d’adeptes du ralentissement, en vacances, mais pas seulement…

Pour Emmanuelle, maman de trois enfants désormais jeunes adultes, vacances a toujours rimé avec simplicité : « L’été, se souvient-elle, nous partions pour deux ou trois semaines, avec une vieille caravane lorsque les enfants étaient petits, puis avec une ou deux tentes. Nous choisissions notre lieu de vacances souvent un peu au dernier moment, parfois à quelques kilomètres seulement de chez nous, ou alors dans une région que nous avions envie de découvrir, différente de notre environnement habituel. Nous emmenions avec nous nos animaux, parfois des vélos. Nous ne prévoyions rien de particulier, pas de programme pré-établi, l’improvisation totale… Chacun se levait quand il voulait et faisait les choses à son rythme. Le simple fait de vivre dehors, en contact avec la nature, était déjà une forme de vacance. Pas d’horaire à respecter, pas d’obligation particulière, si ce n’est celle de se nourrir chaque jour. Cette façon de vivre nous invitait à la lenteur et à la vacuité. »
Elle partage ainsi avec nous quelques souvenirs de ces moments : « J’aimais me lever la première et sortir furtivement dans la belle lumière du matin pour aller prendre un bain de mer dans une petite crique déserte. Ou bien encore prendre un carnet et écrire, toutes fraîches, mes sensations. Regarder le visage paisible des enfants encore endormis. Partir faire une promenade avec notre chienne et la regarder s’ébattre, toute frétillante de vitalité. Ou bien encore regarder longuement la chatte allaiter ses petits dans leur panier, installés sous l’auvent de la caravane… »

Des choses simples, en somme, mais que l’on ne prend pas (ou plus) toujours le temps de faire et d’apprécier au quotidien en dehors de ces périodes de vacances, propices à la détente et au lâcher-prise, comme « partir à pied pour de petites promenades, prendre des bains de mer, aller marcher dans la forêt ou sur les sentiers de montagne, observer les plantes, les fleurs, admirer les paysages… » L’improvisation laisse aussi la place à la découverte et à l’expérimentation de nouvelles activités, même – et surtout ! – lorsque celles-ci n’étaient pas spécialement prévues au programme. Emmanuelle se souvient par exemple d’une « descente de rivière en kayak, avec la chienne, sautant d’une embarcation à l’autre ». « Un jour, ajoute-t-elle, du côté de Millau, les enfants ont découvert l’acrobranches. Une autre fois c’était le canyonning : en grandissant, ils avaient besoin d’expérimenter de nouvelles sensations. »
Les vacances, ce sont aussi « les soirées [qui] se prolongent […], autour d’un feu, à la lueur d’une bougie, en écoutant les sons de la nuit, parfois avec nos amis, retrouvés sur la route des vacances. ». C’est « prendre le temps d’étirer ces instants hors du quotidien, les prolonger à l’envi ».

Se mettre en « vacance » un peu chaque jour

« En ce qui concerne les ‘‘petites’’ vacances, précise Emmanuelle, nous ne partions pas, nous n’en n’avions pas les moyens, et puis nous sommes toute l’année au bord de la mer, alors c’est un peu comme si nous étions toute l’année en vacances. C’est facile de s’échapper pour une virée sur la plage, dans les dunes, par tous les temps, d’aller prendre un bain de mer… Il est bon de se mettre en vacance un petit peu chaque jour ! Chacun le fait à sa manière : un temps d’écriture, une promenade, une méditation, un coloriage, l’écoute d’une belle musique, une lecture, une sieste, une conversation amicale… La vacance est un temps de respiration que l’on s’offre au cœur même de la frénésie du quotidien. Et plus j’avance en âge, plus je ressens la nécessité de ralentir, de prendre le temps de faire chaque petite chose, en conscience, comme si je la faisais pour la première fois, dans la découverte, attentive à mon ressenti. Se rendre disponible, être à l’écoute, de soi et des autres, c’est peut-être cela au fond le vrai sens du mot ‘‘vacance’’ ».

Nadège, maman de deux enfants, partage elle aussi cette notion de présence à soi et la nécessité de se reconnecter au monde qui nous entoure. Une prise de conscience et une attitude certes facilitées par la condition de « vacance » mais qui s’érige, là aussi, en véritable philosophie de vie. « Nous sommes quatre, chacun son rythme, chacun sa manière de voir la vie mais un point commun, une valeur partagée : celle du respect, du respect de soi et des Autres. » Les vacances, ajoute-t-elle, « c’est aussi s’offrir le temps d’être là, d’être présent en l’instant. Nos vacances n’échappent pas à cette règle, pas de planning, pas de timing et ce plaisir extraordinaire d’écouter ce que l’on porte en nous, notre envie du moment, la formuler, l’exposer et choisir ensemble ! »
Dans le cas de Nadège et de sa famille, ce mode de vie s’est concrétisé par l’achat d’un camion aménagé, surnommé « La Mouette » : « Un cadeau chargé de symboles, de valeurs, de projections. Nous imaginions déjà les sorties en famille, les pique-niques, les virées, les nuits en amoureux et toute cette simplicité que véhicule ce genre de mode de déplacement. Car La Mouette ne fait pas des pointes à 130 km/heure, non, c’est l’esprit tranquille, la ‘‘slow-life’’… Pour moi c’est ce qui nous reconnecte pleinement à la vie dans la rapidité de notre monde actuel, qui nous veut hyperactifs, productifs et performants. Sortir avec La Mouette, c’est l’aventure, le goût des vacances, un autre horizon. »

Place à l’imprévu !

© Nadège Simon

« J’aime aller à la Rencontre, confie Nadège. La rencontre de l’Autre, la rencontre de nouveaux espaces, de nouvelles idées… Un combi dans mon garage, ce n’est pas juste un vieux camion, c’est la Liberté : la liberté de partir avec les enfants, juste à côté ou un peu plus loin, quelques heures ou plus que ça. Prendre de quoi grignoter, et voilà, l’aventure commence quand le moteur tourne… Et s’arrêter quand on veut, parce que l’endroit est joli, parce que NOUS EN AVONS ENVIE. Il n’y a pas de grand road-trip à l’itinéraire balisé, au nombre de kilomètres calculé, aux heures de déplacements et d’activités déjà posées… Non, quatre roues, un moteur, un horizon derrière le pare-brise et le hasard comme meilleur allié. »
« Mon camion c’est un havre de paix, une petite tanière et le plus grand espace que l’on puisse imaginer. » Ainsi Nadège décrit-elle ce qui représente, pour elle et sa famille, on l’aura compris, bien plus qu’un moyen de se déplacer, une façon d’envisager le voyage, et même, la vie.
« Nous embarquons peu de choses et pourtant l’essentiel. Le grand choisit quelques jeux à emporter, nous prenons les vêtements qui pourraient être utiles, quelques victuailles mais pas trop, pour craquer au marché, chez un producteur… Nous emportons un livre à partager en famille, et le vintage Copain de la nature. C’est ainsi l’occasion de partager nos souvenirs et de transmettre à nos enfants une part de nos histoires à nous et peut être le goût de la simplicité.
Nos vacances ont la saveur particulière de l’imprévu, elles ne sont pas ‘‘planifiées, orchestrées’’, elles sont remplies des choses de la Vie !
La Mouette, c’est l’éloge de la simplicité : il y a eu un premier voyage, passer les vitesses, prendre le gabarit en main, se garer partout, prendre ses habitudes, trouver son organisation, changer des couches et donner le sein, s’endormir en famille, se faire des frayeurs, s’installer pour la journée, aller en montagne, faire ‘‘coucou’’, faire de l’ombre, se dire ‘‘tu as fermé le lanterneau ?’’, ouvrir une boîte de pâté, manger de la compote, le voir ouvrir et fermer le porte-gobelet, aller à la plage, se mettre au chaud, se mettre au sec, chanter, chercher les lunettes de soleil, avoir oublié le café, partir en amoureux, caresser un bidon tout rond, voir les copains, regarder le ciel… rêver et recommencer. »

La plus grande richesse : le temps

Ronan, papa de deux enfants, a beaucoup pratiqué le voyage au long cours avant de devenir père : « Déjà, quand on part six mois, forcément, on a le temps ! On accepte beaucoup plus facilement l’aléatoire et la surprise. En Inde, notamment, où j’ai pas mal voyagé, la notion du temps n’est pas du tout la même qu’ici : un train qui a cinq heures de retard, c’est normal ; une vache au milieu de la route : on attend qu’elle bouge pour repartir. L’incident de parcours est très fréquent, il faut l’accepter. C’est ce que je retiens de mes expériences de voyages : la plus grande richesse, c’est le temps. On ne s’en rend pas toujours compte, mais quand on l’a, qu’est-ce que c’est chouette !
Prendre les moyens de locomotion locaux permet aussi de se mettre vraiment en immersion dans l’ambiance du pays. En Inde, en plus, le train roule très lentement : ça laisse le temps de faire des rencontres.
La magie des hasards, provoqués ou non, auxquels on se laisse aller au gré de ces voyages, a été un peu dénaturée par l’hyperconnectivité, avec l’utilisation accrue et généralisée d’Internet (pour la réservation de l’hébergement, etc.). On a perdu en spontanéité. »

Ronan partage avec nous le souvenir d’un de ses premiers voyages : « À 18 ans, je suis parti un mois tout seul à vélo en Irlande. Là aussi, sans aucun programme. J’ai dû faire face à quelques imprévus, forcément, jusqu’à abandonner mon vélo dans un fossé pour continuer en stop parce que j’avais crevé et que je n’arrivais pas à réparer ! J’ai récupéré mon vélo trois semaines plus tard en repassant et je l’ai fait réparer avant de rentrer. »
C’est d’ailleurs une expérience que Ronan prévoit de renouveler puisqu’il projette, pour cet été, un road-trip à vélo avec quelques copains sur les routes du Finistère : « Sans téléphone portable, avec un tout petit budget, au moins une nuit en camping sauvage et sans aucune pré-réservation ; tout se fera au jour le jour au feeling, précise-t-il. Forcément, il y aura plus de surprises, d’anecdotes. Il y a aussi plus de chances de faire des rencontres et de laisser la place à l’inattendu. Par exemple, si on trouve un endroit qui nous plaît, on peut s’arrêter et décider de rester, sans se dire ‘‘ah ben non, c’est pas possible, on a déjà réservé ailleurs, on doit continuer…’’ »
C’est son « imprescriptible liberté », comme il aime à le dire.

Et avec les enfants, alors ? « Avec l’arrivée des enfants, et quelques changements dans nos activités professionnelles, forcément, on a beaucoup moins voyagé, tempère Ronan. Les enfants, c’est le voyage !, ajoute-t-il, malicieux. Avec les enfants, on s’est un peu plus sédentarisés. En vacances, on pratique beaucoup l’échange de maisons. Ça nous permet d’avoir un point de chute, mais sinon on a gardé le même état d’esprit : rien n’est programmé. Souvent on en profite pour aller rendre visite à des amis qu’on n’a pas le temps d’aller voir en dehors de ces périodes de vacances. Là, on prend le temps !
On n’a pas encore fait de voyages au long cours avec les enfants, mais notre façon de voir la vie reste la même, avec ou sans enfants, et c’est ce qu’on essaie de leur transmettre, en vacances comme dans la vie de tous les jours.
Mais je conçois que ce soit difficile pour ceux qui n’ont que cinq semaines de vacances par an de lâcher prise sur l’emploi du temps et de laisser libre cours à l’improvisation, même pendant cette période…
Plus on a de temps, plus c’est facile. Et je me répète, mais pour moi, c’est ça la vraie richesse. C’est pas passer sa vie à la gagner pour s’octroyer quelques semaines de vacances, c’est prendre le temps de savourer la vie, les rencontres, et les vacances ne font pas exception à cette règle. »

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