© Sophie Elusse

Parce qu’allaiter demande du temps, celui d’observer, de reconnaître, de décrypter, de répondre, mais aussi, tout simplement, du temps à consacrer 
à ces moments particuliers qui, quelle que soit la durée de l’allaitement, un jour, prendront fin, c’est une situation particulièrement propice au lâcher-prise et, par là, une belle porte d’entrée vers la slow life, que nous avons largement évoquée tout au long de ce numéro.

Allaiter « à la demande » implique de ne tenir compte ni d’horaires ni d’intervalles (comme ceux que l’on est obligé d’observer dans le cas d’une alimentation au lait artificiel), mais d’être avant tout à l’écoute des besoins de son enfant et de leur expression. Bien sûr, cela demande du temps, celui de l’observation d’abord, celui d’apprendre à détecter et à reconnaître les signaux émis par son bébé ensuite, et celui que l’on va consacrer à y répondre, également.
Au début, cela peut sembler représenter beaucoup, beaucoup de temps. « J‘avais l’impression de ne faire que ça, se souvient Agathe. Des tétées, encore et toujours, à longueur de journée… et de nuits ! » Et ce n’est d’ailleurs pas qu’une impression : « On peut dire qu’en général, un nouveau-né tète huit à douze fois par jour […] Et le meilleur conseil d’allaitement à donner à une nouvelle mère serait sans doute bien de ranger au fond d’un placard tout ce qui ressemble à une montre, à un réveil ou à une pendule… », peut-on lire dans L’Art de l’allaitement maternel1. Il n’en demeure pas moins que, notamment lorsqu’on est confrontée à cette situation pour la première fois, cela peut être assez déroutant !
Dès lors, la meilleure façon d’aborder l’allaitement des premières semaines le plus sereinement possible est, d’abord, de garder à l’esprit qu’un tout-petit a besoin de téter souvent ; ensuite, de tenter le plus possible de lâcher prise. Autrement dit arrêter de penser à tout ce que l’on pourrait faire au lieu de rester assise – ou allongée – à faire téter son bébé et plutôt en profiter pour se détendre, se reposer et savourer ces moments en tête-à-tête en faisant connaissance avec ce petit être qui vient de débarquer dans notre vie : cela devrait déjà suffisamment nous « occuper » dans un premier temps !
Par la suite, on constate qu’en réalité on peut faire plein d’autres choses en allaitant, comme : lire, regarder un film, discuter, manger, prendre un bain… Je choisis volontairement des exemples d’activités plutôt « détente » car c’est, selon moi, un des (nombreux) avantages de l’allaitement : il permet de prendre du temps pour faire des choses agréables, se détendre. Alors il serait dommage de ne pas en profiter !
Puis, une fois un peu plus installée dans son allaitement, on peut aussi expérimenter les joies de l’allaitement « actif », autrement dit, notamment grâce à l’écharpe de portage qui permet aisément de faire téter Bébé tout en ayant les mains libres et la mobilité nécessaire à de nombreuses autres activités : préparer à manger, s’occuper d’un enfant plus grand, se balader… tout en prenant le temps d’allaiter son bébé, et parfois même, sans y penser !

Quand toute la famille en profite

Au fil du temps, Bébé grandissant, les tétées se font souvent moins nombreuses, et plus brèves2. Raison de plus pour profiter de ces moments pour se poser, ralentir le rythme souvent effréné de nos journées, ne rien faire… bref, apprécier ces tétées qui nous obligent à nous arrêter ! Céline témoigne : « J’ai souvent l’impression de courir du matin au soir pour parvenir à concilier toutes mes vies – professionnelle, familiale, amoureuse, amicale… Alors, quand ma fille demande à téter, même si, parfois, ma première réaction est de soupirer en pensant à ce que je vais être obligée de différer pour répondre à sa demande, finalement, j’accueille avec joie ces pauses salvatrices et lui suis même reconnaissante de me rappeler, grâce aux tétées, qu’il me faudrait sans doute plus souvent lever le pied, et prendre le temps de savourer l’instant présent, tout simplement. »
Prendre le temps d’allaiter, c’est alors aussi bien prendre le temps d’écouter notre enfant et de répondre à ses besoins que nous accorder du temps à nous-même. Chez moi, par exemple, lorsque je m’apprête à préparer le repas du soir, profitant d’un moment où chacun des enfants semble occupé, je remarque que c’est justement souvent le moment que choisit ma cadette pour accrocher mon regard et, avec son plus beau sourire, m’annoncer qu’elle veut téter. Bien sûr, je pourrais lui demander d’attendre quelques minutes, à presque 3 ans, elle est tout à fait capable de l’entendre, de le comprendre et de différer son besoin. Pourtant, j’ai remarqué que, souvent, ses demandes de tétées coïncident avec des moments durant lesquels moi-même j’éprouve le besoin de faire une pause, de recharger mes batteries. Aussi, j’accède la plupart du temps volontiers à ses sollicitations, ce d’autant que je sais que cela durera au plus une dizaine de minutes et que cela ne m’empêchera en rien de vaquer à mes occupations ensuite, au contraire, je ne le ferai même que mieux puisque ma fille sera satisfaite, et quant à moi j’aurai pu aussi profiter de ce moment de détente et en ressentirai immédiatement les bienfaits.
En outre, je remarque que ces moments de pauses-tétées sont propices aux câlins et à la discussion, avec la principale intéressée bien sûr, mais aussi avec ses frère et sœur, qui profitent aussi souvent de ces moments-là pour venir se lover contre moi dans le canapé, demandent à ce que je leur lise une histoire ou se mettent à me raconter telle ou telle anecdote de leur journée. Allaiter sert alors autant notre besoin de ralentir le rythme que celui de nous retrouver et ses bénéfices secondaires ont des répercussions bien au-delà de la dyade mère-bébé ou mère-bambin.

L’allaitement : un pas de plus vers 
la slow life

Dans une chronique parue il y a quelques mois dans Grandir Autrement, j’évoquais le temps consacré à l’endormissement des enfants le soir : « Chez moi, l’endormissement des enfants est un moment propice à la détente et à la réflexion. Je dirais même que c’est un moment particulièrement attendu, le seul, parfois, qui me permet de faire une pause dans le tourbillon de journées toujours bien remplies. » J’ajouterais que l’allaitement est l’un des ingrédients qui donne sa saveur particulière à ce moment. Il ne s’agit pas « seulement » de passer cinq minutes à discuter avec mes enfants ou de leur lire une histoire avant de leur souhaiter une bonne nuit et de m’éclipser pour consacrer mon temps à autre chose. Bien sûr, histoire(s), discussion(s) et câlins sont au programme le soir, et je dois dire que j’apprécie déjà pleinement ces petits moments de complicité avec mes enfants. Mais la cerise sur le gâteau, l’étape qui me fait réellement plonger dans le « slow » à part entière, c’est ce moment où je m’allonge dans la pénombre près de la plus jeune de mes filles et que, tandis qu’elle tète, je sens peu à peu la détente me gagner. Je profite vraiment de ce moment de calme et de tranquillité. Je passe en revue une foule d’idées, sans m’arrêter sur quelque chose en particulier. Je souris à la vie qui m’offre de si précieux moments d’amour et de douceur en écoutant la respiration apaisée de mes enfants et en y accordant la mienne. Il m’arrive de m’assoupir mais, le plus souvent, je reste attentive et éveillée, profitant simplement du moment présent, et alors je me dis que, même lorsque les tétées ne seront plus qu’un souvenir chez nous, je continuerai à savourer ce temps suspendu entre veille et sommeil, entre jour et nuit, et me remémorerai sans doute encore longtemps ce temps de l’allaitement.


1 La Leche League, Éditions Pocket (2009).
2 Mais cela n’est pas une règle absolue, loin s’en faut ! J’ai eu, par exemple, parmi mes enfants, un bébé aux besoins intenses qui est devenu une bambine aux besoins non moins intenses, pour laquelle les tétées ne se sont pas vraiment raréfiées ni raccourcies avec le temps.
3 « Pendant qu’ils s’endorment », Grandir Autrement numéro 73, novembre-décembre 2018.

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