© Mélanie Mélot

Mélanie Mélot, photographe spécialisée dans la féminité, mère de trois enfants instruits en famille, est animée d’une volonté farouche de faire changer les regards sur les femmes, qu’elle souhaite plus libres de s’écouter et de découvrir leur pleine potentialité. C’est ainsi qu’est né son projet de série documentaire, dont le premier volet, Premières Lunes, nous emmènera à la découverte des rituels de passage féminins lors de l’arrivée des premières règles. 

  • Grandir Autrement : Premières Lunes est un projet documentaire destiné à partager et faire découvrir les rituels de passage féminins d’ici et d’ailleurs lors de l’arrivée des premières règles. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ? Comment est-il né ?
    Mélanie Mélot :
    C’est parti de quelque chose de très personnel. J’ai eu ma première fille dans un environnement très conventionnel. J’allais à toute allure, j’étais conforme à la case à laquelle on m’avait conditionnée : mariage, enfant, travail, maison, etc., sans temps pour moi, ni pour mon enfant. Pourtant je savais depuis petite que la seule chose que je voulais dans ma vie c’était découvrir le monde, vivre en rapport avec la nature, comme un Indien dans la ville. J’avais des aspirations de vie sauvage. Et puis j’ai endossé le rôle de la mère organisatrice de famille, qui gère tout comme une petite armée de A à Z. Mais ma fille, Rose, à l’âge de 4 ans, a fait une sorte de burn-out. Elle ne supportait plus le bruit à la cantine, l’école, le fait de devoir se réveiller tôt, elle me disait que tout allait trop vite et, un jour, elle a craqué. Nous avons beaucoup parlé, elle a fait preuve d’une maturité incroyable, elle avait mis le doigt sur le fait que notre vie manquait de souches, que je n’avais pas la conscience du temps qui passe, que je n’étais pas présente. On a décidé de prendre en compte sa demande, à tel point qu’on a tout vendu : la maison, et même les meubles !
  • C’est donc ta fille et notre rapport au temps qui sont à l’origine de ce projet ?
    Oui, tout à fait ! En parallèle à cette prise de conscience initiée par Rose, je constatais que les femmes que je fréquentais avaient ce profond désir de vivre leur féminité et leur maternité en conscience, tranquillement, sans pression extérieure. Je me retrouvais comme face à un miroir. Voilà comment tout a commencé !
    J’ai toujours été fascinée par les peuples autochtones, passionnée d’anthropologie, mais ce qui m’attire réellement dans tout ça c’est le rapport au temps, au sacré, à l’environnement.
    Et j’avais vraiment envie de transmettre mon point de vue d’Occidentale sur le peu de présence qu’on a dans notre existence de femme en créant un parallèle avec ces cultures-là, où chaque passage de la vie est marqué, célébré et où le rapport au temps est complètement différent.
    C’est comme une mission que je me suis assignée : sensibiliser les gens, tourner le regard vers la beauté, vers la lenteur et les cycles de la vie.
  • Premières Lunes n’est que le premier volet d’une série documentaire.
    Oui, c’est ça. Je souhaite faire une série ethnographique de longs métrages cinématographiques. Premières Lunes sera le premier. Ensuite j’aimerais en faire un sur le portage, un sur l’allaitement, un autre sur la ménopause… Une série sur les cycles de la vie d’une femme !
  • Les femmes ont besoin d’apprendre à se reconnecter à leurs sensations, à leur corps, à leur vraie nature ? En quoi les rituels peuvent-ils les y aider ?
    Il est important que les femmes choisissent, et pour pouvoir choisir il faut être libre d’esprit et avoir le temps, le temps de se connecter. Et les rituels nous permettent de ralentir. Pour moi le rituel n’a pas un sens religieux ou spirituel, il est là pour amener de la conscience dans les étapes qui jalonnent notre vie, de la naissance jusqu’à la mort. Le passage des lunes, c’est un peu une enfance qui s’échappe doucement pour laisser place à la féminité. Or la femme a une dimension cyclique qui est très peu respectée. Les femmes sont sur un rythme linéaire, même lorsqu’elles ont leurs règles, même après une naissance, elles doivent garder le même rythme. Toutes ces pressions de la société nous poussent à des comportements qu’on regrette, comme moi qui ai fait garder ma fille à 2 mois et demi alors que je pleurais toutes les larmes de mon corps parce que je ne voulais pas retourner travailler… Et pourtant je l’ai fait ! Ce que je souhaite, avec ce film, c’est que les femmes, dès leur plus jeune âge, aient conscience du fait qu’elles ont une vie cyclique. C’est ma manière d’exprimer le fait qu’on doit prendre le temps pour établir un lien avec nous-même, notre planète et tout ce qui nous entoure.
  • Nous allons donc suivre Rose, ta fille, dans son évolution personnelle suite à l’arrivée de ses premières règles, mais aussi partir à la découverte d’autres histoires de premières lunes, en France et ailleurs.
    On va suivre six familles différentes : trois occidentales françaises et trois qui seront au bout du monde. Rose, c’est le fil rouge, mais elle ne sera pas présente tout au long du film. Les destinations envisagées, en tout cas celles qui ont le plus avancé en termes de recherches, avec encore quelques réserves toutefois, sont l’île de Palawan, dans les Philippines, la Bretagne, le Rwanda, qui est un pays dans lequel est vraiment mise en avant l’équité entre les hommes et les femmes de même que l’épanouissement sexuel des femmes, et l’Arizona, pour aller à la rencontre des Navajos, qui font une fête magnifique pendant quatre jours quand une jeune fille va avoir ses règles. Parmi les familles occidentales, il y aura aussi une jeune femme qui est la fille d’une doula pratiquant des soins Rebozo, donc pour qui ça fait partie de la normalité toutes ces cérémonies, ces rites de passage.
  • Le tournage va s’étaler sur une période assez longue et nécessiter d’importants moyens humains et financiers : comment envisages-tu de relever ce défi ?
    Le budget moyen du film est de 160 000 € : c’est une somme ! En termes de moyens humains, je cherche un monteur ou une monteuse, j’ai aussi besoin de quelqu’un pour prendre le son et faire de la cap­tation sonore de chants de femmes, et puis bien sûr des fixeurs, c’est-à-dire des personnes qui vont s’occuper en amont de trouver les lieux dans lesquels je pourrai me rendre. Donc tout ça, ce sont de gros budgets, forcément, sans compter les billets d’avion, les frais de cantine, le matériel…
    Pour financer le matériel cinématographique et de sauvegarde et me permettre de commencer le tournage en France, j’ai lancé une campagne de crowdfunding (qui a lieu du 12 octobre au 12 novembre)1.
  • Photographe, mère de trois enfants, tu as repris des études d’anthropologie avec pour objectif l’obtention d’un certificat en études des peuples autochtones. Apprendre, comprendre, découvrir, explorer, transmettre, participer à un changement de regard de la société sur la femme : d’où tires-tu ton énergie et ta volonté ?
    De mes erreurs ! En fait j’ai vraiment envie de bousculer, de réveiller les gens. J’ai une espèce d’aspiration à la liberté qui vient de mes entrailles, je suis comme ça depuis que je suis enfant. Et pour moi, quand on est tenu par un environnement extérieur, que ce soit un travail qu’on n’aime pas ou un conditionnement de vie qui nous empêche d’être libre, comme un crédit, ça nous empêche d’être nous-même. J’ai envie de dire aux gens que la vie est courte, qu’ils n’attendent pas. C’est le rapport à la vie et à la mort. Elle vient de là mon énergie !
  • Quel message souhaites-tu faire passer à travers ce documentaire ?
    En créant un parallèle entre les jeunes femmes autochtones et les jeunes femmes occidentales, je veux montrer l’universalité de notre statut de femme. D’un côté à l’autre de la planète, quand on devient femme, c’est pareil ! Je veux sensibiliser sur le fait qu’il est important de prendre le temps de ressentir ces choses-là avec nos enfants, d’imaginer comment on peut concrétiser et pratiquer avec nos filles ce retour au sacré, instaurer une plus grande conscience cyclique de la femme. Voilà, c’est ça le message : un appel à l’amour et à l’universalité, peu importe nos origines et ce qu’on fait, tant qu’on fait quelque chose, ou même si on ne fait rien d’ailleurs, tant qu’on en a conscience, c’est bien !

1  https://premiereslunes.fr ; https://vimeo.com/458852589/39b73f33b3

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