© Sophie Elusse
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La peur de l’animal, « sauvage » par opposition à celui qui a été domestiqué par l’Homme, nous fait nous interroger sur cette notion et ce qu’elle révèle de la relation qu’entretient l’Homme avec la nature. Entre crainte, fascination, admiration et besoin de maîtrise, elle semble cristalliser une peur bien plus grande encore : celle que l’on éprouve face à ce qui est potentiellement libre, autrement dit hors de contrôle.

La notion de « sauvage » n’existe que parce que nous avons inventé et développé (à outrance) le concept de domestication. Avant que l’Homme n’ait l’idée de domestiquer la nature, le sauvage n’existait pas : le sauvage, c’était le vivant. La domestication a mis un terme aux liens de réciprocité qui unissaient naturellement les humains au vivant. En effet, l’animal domestique, contrairement à l’animal sauvage, qui demeure libre, et qui donc, par essence, n’appartient à personne, a été détourné de la nature – et de sa nature – pour servir l’Homme, devenant ainsi un bien – la propriété des humains. Ceux-là même qui vivaient en harmonie et en intelligence avec lui, en manipulant l’animal à leur guise afin de le rendre docile, lui ont peu à peu ôté toute défense face aux autres animaux, demeurés sauvages, et dès lors qualifiés par l’Homme de « nuisibles » puisque s’attaquant aux bêtes qu’il avait réussi à domestiquer… Ainsi, non content d’imposer sa loi aux autres habitants de la Terre, l’Homme s’est également mis à stigmatiser un certain nombre d’espèces animales, dont une des plus emblématiques est certainement le loup. Il n’y a qu’à voir le nombre de représentations dans la littérature enfantine mettant en scène de « méchants » loups ou, à tout le moins, exploitant allègrement la peur du loup, pour en prendre toute la (dé)mesure.

De la sédentarisation à l’exploitation

L’Homme a constamment cherché à améliorer ses conditions de vie, ce qui a impliqué qu’il se sédentarise afin de développer l’agriculture (donc l’exploitation de la terre dans le but de produire sa nourriture plutôt que de continuer à chercher et prélever celle-ci à l’état sauvage, dans la nature) et l’élevage (pour les mêmes raisons, mais également pour faire exécuter aux animaux domestiqués une partie du travail que l’Homme aurait sans cela dû effectuer lui-même). C’est ainsi que, durant des millénaires, l’Homme a développé des techniques de plus en plus sophistiquées pour faire fructifier le territoire qu’il s’était attribué, repoussant toujours davantage le « sauvage » qui ne pouvait ni ne devait faire partie de son univers, puisque représentant le danger, le prédateur à écarter, à éliminer. L’historien américain Michael D. Wise pousse même l’analyse encore plus loin1 en établissant le parallèle entre la stigmatisation des loups et celle des Indiens Blackfoot : incapables, selon la logique des colons, qui revendiquaient un rapport de production à l’égard de la nature, de faire fructifier leur territoire, ceux-ci représentaient dès lors un […]

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