© Sophie Elusse
« Imagine-toi dans la forêt, parmi des arbres centenaires aux racines profondes qui nourrissent les arbrisseaux, et dont les branches ramifiées montent haut dans le ciel. Sens leurs forces, face à l’épreuve des éléments, et laisse-toi guider pour une balade contée, à travers tes origines… » Ainsi pourrait commencer cette histoire : l’ancien du village, sous l’arbre à palabre, tiendrait en haleine son auditoire en racontant la naissance des siens. L’analogie entre l’arbre et l’ancêtre n’est d’ailleurs pas fortuite, on pense bien sûr à l’arbre généalogique. L’aïeul, ancré dans ses souvenirs, transmet aux générations suivantes, tel un témoin du temps passé.  Ainsi, les grands-parents, en racontant l’histoire familiale, permettent aux petits-enfants de se construire une vision de leurs parents en tant qu’enfants. Comment étaient-ils au même âge, que faisaient-ils, quelles étaient leurs passions ? Sans tomber dans le risque de l’étiquetage, avoir un point de repère permet à l’enfant de comprendre que son parent était, bien avant lui, un enfant, puis un adolescent et enfin un adulte, en articulant les souvenirs, telle une frise chronologique. Pour cela, les supports photographiques ou captations vidéo (pour les plus anciens d’entre nous, le super 8) sont de formidables « encreurs » temporels.

Kaléidoscope

Vous rappelez-vous ces boîtes de chaussures vidées de leurs contenus pour recevoir quantité de souvenirs photographiques ? De ceux, jaunis par le temps, sur lesquels on ne distingue plus que des silhouettes, aux autres protégés par un papier de soie qui renvoient à un événement important : naissance, célébration, union. Du petit-enfant qui s’enquiert auprès de son grand-parent :  – « Pourquoi étiez-vous tous en culottes courtes sur cette photo, et sur celle-ci avec des déguisements de princesses ? »  – « À notre époque, nous portions un certain type de vêtements en semaine, et d’autres le dimanche qui les faisaient passer, tu as raison, pour des déguisements. Ils étaient un peu plus festifs. » – « Mais…tout était en noir et blanc ? » – « Ah non, cela ne l’était pas ! Les pellicules photographiques couleurs ne sont venues que plus tard, mais bien avant la naissance de ton papa. D’ailleurs, voudrais-tu le voir petit ? » Connaître des pans d’histoire de son parent, à différentes étapes de sa vie, savoir qu’il avait peut-être les mêmes interrogations concernant l’amour, les amis, sa place dans la société peut permettre au duo parent-adolescent de mieux se comprendre. Damien se souvient : « Lorsque ma mère a montré à mon ado de 15 ans de vieilles photos de moi au même âge, flanqué de mes dreadlocks, cela l’a bien fait marrer ! On se prenait un peu la tête, lui et moi, sur sa manière d’être nonchalant, j’imagine que cela me renvoyait l’image de l’ado que j’étais. Revoir ces photos nous a permis de plus échanger ensemble, et moi de mieux comprendre ma mère ! » S’il est plus simple d’évoquer le passé avec des grands-parents issus de la génération des baby-boomers, celui de leurs parents étant teinté d’événements douloureux (tels que les guerres) dont on ne souhaite pas toujours raviver les […]

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