© sandid de Pixabay

J’écris ces lignes au début du mois de juin 2020, soit peu de temps après la fin du confinement. Beaucoup de choses ont été écrites sur le moment, beaucoup de témoignages, beaucoup de réflexions à chaud. Et beaucoup d’autres seront écrites dans les mois et les années qui viennent, tant cette période était inédite et a impacté nos relations sociales dans tous les domaines. Voici celles qu’elle m’a inspirées en rapport avec une « parentalité sans violence », titre de ma chronique.

On a beaucoup craint d’assister à une explosion de violences, tant contre les femmes que contre les enfants, dans la mesure où le confinement créait un huis clos possiblement mortifère, sans l’échappatoire que représente habituellement l’extérieur, que ce soit l’école, les copains, les autres adultes. Le nombre d’appels aux numéros d’urgence et de signalements a effectivement augmenté, mais est-ce dû à une réelle hausse des cas de violences ou à une meilleure communication sur la possibilité d’appeler à l’aide et la nécessité de signaler ? Je pense qu’on ne peut pas le dire pour l’instant.

Lâcher prise

On a aussi insisté sur la charge (pas seulement mentale) augmentée pour les mères de famille, contraintes de « faire l’école à la maison » en plus de télétravailler, parfois dans des appartements exigus, et sans relais extérieurs. Mais l’on a vu aussi :

  • des pères s’investir davantage dans la vie quotidienne de la maison, dans l’aide aux devoirs, etc. (et se rendre compte du travail que cela représente !) ;
  • des parents s’affranchir de la « continuité pédagogique » lorsque la pression devenait trop forte sur eux et sur leurs enfants ;
  • des familles accepter de lâcher prise par rapport à des exigences, scolaires ou autres, qu’elles pensaient jusque-là intangibles : « Sur les groupes familiaux WhatsApp qui témoignent de l’avancée de travaux des enfants, les champions de la compétition scolaire ont fini, eux aussi, par lâcher l’affaire et poster des vidéos de gâteau au yaourt et de rumba devant la télé.1 »

École à la maison

Et même si cette « école à la maison forcée » a pu être ressentie par certains comme une charge supplémentaire insupportable, elle a aussi eu maints aspects positifs qu’a révélés l’enquête de la sociologue Pascale Haag2 : gains d’autonomie, meilleure confiance en soi, possibilité de passer plus de temps en famille, meilleures relations avec les enseignants, disparition des conflits et tensions propres au milieu scolaire. « Beaucoup nous ont dit qu’ils faisaient plus de choses que ce qu’ils ont l’habitude de faire à l’école, et certains ont également souligné le fait qu’il n’y a plus les conflits coutumiers à l’école, pas de bagarres, pas de cours interrompus pour des problèmes de discipline, etc.3 »

Capacité d’adaptation

De plusieurs échanges sur les réseaux sociaux, on retire aussi l’idée que pour de nombreux parents, le confinement a été l’occasion de mieux connaître leurs enfants : « J’ai appris que nos enfants avaient une grande capacité d’adaptation que peut-être nous ne soupçonnions pas » ; « le fait de ne pas avoir à subir la course tous les matins et soirs, on a pris le temps, et je crois qu’ils ont pris le temps de mûrir » ; « ils se sont montrés solidaires, attentifs aux autres, ils ont su profiter de tous les bons moments, relativiser les moments plus difficiles » ; « j’ai vu des enfants sensibles à la solidarité, et en faire preuve également, et de beaucoup d’empathie pour les personnes âgées ».

Il reste à espérer que ce lâcher-prise, ce goût pour la « slow life »4, cette attention aux autres… perdureront au-delà de la fin du confinement.


1 Nicolas Santolaria, « Journal d’un parent confiné, semaine VIII : le crash du père hélicoptère », Le Monde, 9 mai 2020.
2 Pascale Haag, « Du bien-être dans le confinement ? » http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/04/30042020Article637238296804539264.aspx
3 « Les bénéfices inattendus de l’école à la maison », France Culture, 5 mai 2020, https://www.franceculture.fr/emissions/radiographies-du-coronavirus/quels-sont-les-effets-positifs-de-lecole-a-la-maison
4 – Voir le n° 76 de Grandir Autrement, mai-juin 2019.

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