© Genoveva Desplas
Il existe un débat fréquent sur l’idée que « l’éducation bienveillante ou positive » a à voir avec l’usage que nous faisons des mots, dans l’intention de faire faire à l’enfant ce que l’adulte souhaite qu’il fasse. Cela peut nous amener à croire qu’en faisant des injonctions « déguisées », en disant les choses d’une telle manière, nous demeurons dans un mode de communication dont l’objectif est l’obéissance. Un parent n’ayant pas pris conscience, à la fois, de ses intentions et du poids des mots pourra se sentir perdu dans le brouillard d’un faux discours. Une façon de sortir de cet écueil est de prendre des exemples concrets, de faire un effort pour imaginer ce que l’enfant ressent lorsqu’il entend certains mots et de voir si ceci correspond à l’intention du parent. Voyons le cas du mot « mais ».

Soline, 4 ans, s’accroche au dossier de la chaise haute utilisée par Corentin, son frère de 18 mois. Elle s’appuie sur le repose-pied pour monter dessus et entend sa maman dire : « Je vois bien chérie que tu as très envie de t’asseoir sur la chaise de Corentin, tu l’aimes beaucoup, d’autant plus qu’avant elle était à toi. Tu as certainement envie de rétrécir pendant quelques instants pour pouvoir t’asseoir à nouveau dessus. Peut-être même tu aimerais que je te donne à manger avec la petite cuillère baleine comme quand tu étais bébé… Mais maintenant, cette chaise est à ton frère. Tu peux déjà t’asseoir sur une chaise normale. Regarde, ton frère a faim, descends de là tout de suite ». Dans la première partie de l’interaction, avant le « Mais… », Soline est entendue. Elle sourit, et quelques minutes pourraient suffire pour qu’elle se recentre sur son objectif de rester seulement quelques instants à moitié assise dans la jolie chaise et de constater qu’elle est devenue trop petite pour elle, elle en aura ressenti l’inconfort. Nous pouvons croire que l’une des raisons pour lesquelles elle souhaite y monter c’est parce qu’avant, elle lui appartenait. C’est légitime. Or, avez-vous remarqué la vitesse avec laquelle nous, les adultes, faisons des suppositions négatives, en croyant tout de suite que c’est parce que cette enfant est égoïste qu’elle veut prendre cette place-là ?

Un petit moment de silence après l’accueil des sentiments aurait aidé Soline à mettre de l’ordre dans ses idées, à profiter de l’instant présent, sans conflit. Le fait d’escalader la chaise est un jeu de motricité très amusant. Mais, dommage pour elle ! L’adulte, plongé dans le quotidien et qui, malgré tout, arrive à apporter une parole de soutien à son enfant, fait preuve d’anticipation, de respect. On nous dit tellement qu’il faut accueillir les sentiments. Le problème c’est que, de l’autre côté, il y a un autre être humain qui fait une expérience intéressante avec un début et une fin difficiles à délimiter et difficiles à exprimer à l’adulte qui, parfois, ne comprend […]

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