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L’influence conjointe de notre culture et la profusion d’équipements toujours plus nombreux et sophistiqués dont nous nous entourons dans une société majoritairement tournée vers la technologie et la consommation ont tendance à nous éloigner toujours un peu plus de nos racines mammaliennes, pourtant indissociables de notre condition humaine. À tel point que nous avons parfois perdu le « mode d’emploi » de fonctions essentielles, communes à toutes les espèces de mammifères, telles la façon dont nous mettons au monde nos petits, les nourrissons et en prenons soin. En cela, l’observation du monde animal, et en particulier celle des mammifères avec lesquels nous partageons un certain nombre de caractéristiques, se révèle intéressante à plus d’un titre. Comme l’écrit Michel Odent1, « Il faut rattraper le temps perdu par obsession des différences. Nous ne devons pas avoir honte d’admettre que les autres mammifères peuvent nous aider à redécouvrir ce que nous avons oublié. »

Le processus permettant de déclencher la naissance chez nous, mammifères humains, est exactement le même que chez les antilopes ou chez les orang-outans : pour que les hormones nécessaires à ce processus soient libérées, les mères ont besoin d’intimité. Tout ce qui les fait se sentir observées, insécures, risque donc d’interférer avec ce processus. En outre, c’est la partie primitive du cerveau, donc la plus ancienne, celle que nous avons en commun avec les autres mammifères, qui rend possible la mise en place de ce processus. Or l’activité de ce cerveau est très facilement inhibée par celle du néocortex, le cerveau du raisonnement, de la rationnalité, du langage, éminemment développé chez l’être humain.

Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Avant que commence notre évolution culturelle, mères comme enfants avaient un comportement fondé exclusivement sur l’instinct. Celui-ci était inné, donc déterminé par les gènes, et parfaitement adapté au milieu dans lequel ils évoluaient. La fin de l’ère arboricole, accélérant le développement de notre intelligence, nous a obligés à nous adapter à de nouvelles configurations et à faire face à des circonstances inédites et variées ; ainsi est né l’apprentissage, mettant au second plan l’influence de l’inné au profit de l’acquis dans nos comportements. Les femelles des mammifères vivant en troupeaux s’éloignent pour donner naissance à leurs petits. On observe le même phénomène chez les singes, qui vivent également en groupe. Que recherchent ces femelles, si ce n’est l’intimité, en s’installant, lorsqu’elles sentent que le moment est venu, dans un coin tranquille ? En effet, on a plus facilement une impression d’intimité dans un petit espace que dans un espace ouvert. En outre, ce « petit coin » est souvent dans la pénombre ; certains mammifères choisissent même d’attendre la nuit pour mettre bas, s’assurant ainsi, outre l’isolement, d’être plongés dans l’obscurité. On se sent plus tranquille si l’on sait que l’on n’est pas observé. Et quelle meilleure assurance de savoir qu’on ne le sera pas que d’être plongé dans le noir […]

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