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Tu es enceinte. Les jours passent, tu es assaillie par des émotions extrêmement fortes, parfois très violentes, et pas celles auxquelles tu t’attendais en pensant à cette expérience. Tu es en train de devenir parent. Tu es en train de devenir mère.

Que tu aies voulu cette grossesse ou non, tu ressens quelquefois en toi de grandes peurs, aussi grandes que ta joie. L’ambivalence est là, alors même qu’aux yeux d’un grand nombre, c’est une expérience qui « doit » être simplement bien vécue. Tu te culpabilises de ressentir des choses négatives, tu t’en veux d’avoir si peur, peur de devenir mère alors que l’enfant que tu étais n’a peut-être pas encore guéri de ses blessures.
Puis tu penses à toutes ces femmes qui espèrent de tout leur cœur devenir mères et qui n’y arrivent pas. Rien que cette phrase est cruelle ; « ne pas y arriver ». Tu culpabilises parce que toi tu as cette chance et pourtant, pourtant tu fais des cauchemars, pourtant tu es terrorisée à l’idée de devenir mère.
Est-ce que tu seras à la hauteur ? Est-ce que ton enfant sera heureux avec toi ? Seras-tu une bonne mère ?
Aussi, tu vois ton corps changer, tu as peur de ne plus le contrôler, tu as peur de ne plus être toi. Tu es quelquefois en pleine crise identitaire. Tu es perdue. Entre tout ce que tu « dois » ressentir et tout ce que tu ressens, il y a un monde, certains jours. Tu sens que cette expérience va bouleverser ta vie, tu le sens au creux de ton ventre et dans ton cœur, ça secoue, ça secoue si fort.
Tout n’est pas binaire, non. Tu ressens aussi de la joie, en sachant ce petit être grandir en toi. Est-il utile de le préciser, d’ailleurs ? Le « pathos » fait peur, alors tu n’en parles pas, ou peu. Tu t’en tiens à des banalités qui ne décrivent en rien le cataclysme qui est en train de sévir en toi.

Le cataclysme de la naissance

Puis ton enfant naît. Parfois, ce n’est pas aussi idyllique que tu aurais pu le croire. Parfois, à tout cet amour se greffe cette fameuse peur panique, ce sentiment, cette crainte que tu n’y arriveras jamais. Parfois, tu ressens une profonde lassitude, parfois, il te manque cet instinct de survie qui te pousse en avant. Et tu culpabilises encore. Est-ce que c’est normal de ressentir tout cela ? Pourquoi est-ce que tu pleures aussi facilement ? Est-ce que tu es une mauvaise mère ?
Ce cataclysme porte pourtant un nom. La matrescence (contraction des mots maternité et adolescence) ; cette phase de développement pendant laquelle s’opèrent de réels changements dans le cerveau de la femme au moment de devenir mère. Comme si cette dernière naissait, elle aussi.
Alors, c’est cela ? Tout s’expliquerait comme cela ?
Non, tu n’es pas seule, oui, cet énorme bouleversement porte un nom. Il n’est d’ailleurs pas né hier, alors pourquoi est-il si peu connu en France ? Pourquoi ne nous prévient-on pas que cette merveilleuse expérience peut aussi s’avérer infernale à certains moments ? Que cela peut être si perturbant dans la tête et dans le corps aussi ? Pourquoi est-ce que l’on ne nous dit pas que cette phase est même comparée à l’adolescence, période de la vie où le cerveau se modifie réellement ?

(Re)connaissance de la matrescence

Il y a quelque temps maintenant, Clémentine Sarlat, une journaliste et une mère ayant vécu ce cataclysme de plein fouet, décide de créer un podcast qui sera naturellement appelé « La Matrescence », afin que des mères, mais aussi des pères, en passant par des spécialistes, puissent s’exprimer à propos de cet état passé sous silence. Pour qu’enfin, ce dernier puisse être connu, reconnu et pris en compte. Et cela fait tellement de bien !
C’est auprès d’une proche américaine que Clémentine s’est rendu compte, lors de sa première grossesse, que ses maux portaient un nom. « J’ai connu le terme matrescence en novembre 2017, grâce à ma famille américaine (j’ai vécu dans une famille américaine quand j’avais 17 ans), avec qui j’ai toujours gardé contact. Quand je suis devenue maman, j’étais très perdue. Très très très perdue même. Mais heureusement, j’avais ma bouée de sauvetage qui était ma sœur américaine, qui a eu deux enfants en accouchant à la maison, etc. et qui m’a dit un jour “Mais déjà, tout ce que tu vis, c’est normal, regarde, ces sites américains peuvent t’aider” ».
Au cours de ses lectures, Clémentine prend alors conscience qu’aux États-Unis, la matrescence est reconnue et prise au sérieux. Elle comprend également que pour accrocher son auditoire, il faudra apporter des données scientifiques. « Je trouve que c’est intéressant d’avoir le côté plus scientifique parce que ça cadre les choses, pour les gens. Et rien que pour les papas, quand on leur dit que des images ont montré que le cerveau des femmes évolue, change au moment de devenir mère, qu’elles oublient des mots, qu’elles sont beaucoup plus connectées à leurs émotions et que les pères aussi d’ailleurs s’ils sont impliqués, eh bien ça les convainc de suite. Cela légitime grandement le vécu des femmes, et c’est hyper important. »

Une légitimation nécessaire pour tous

Parlons d’ailleurs des hommes, des pères, de ces papas qui ont la plupart du temps une place majeure dans ces tempêtes que peuvent parfois traverser les femmes pendant la grossesse et après la naissance. Clémentine s’est servie de la crédibilité qu’elle avait auprès d’eux, du fait de son travail de journaliste dans le milieu du sport, pour porter haut ce message informatif. N’est-ce pas en comprenant leur femme, en comprenant ce qu’elles traversent, en acceptant que tout cela est normal, que les hommes les accompagneront au mieux dans cette aventure incroyable qu’est la maternité ? « Il y a un vrai souci de légitimation du ressenti des femmes et de leur voix et j’ai la chance d’avoir cette légitimité auprès des hommes, que ma voix ait de l’importance, parce que j’aime le sport, que j’ai parlé de sport. Même si c’est un peu dommage qu’il faille cela pour entendre la voix des femmes. »
Clémentine soulève par ailleurs le fait que ces nouvelles informations, ces nouvelles connaissances concernant le cerveau des femmes, et celui des enfants également, sont malheureusement parfois ignorées par certaines parties de la population féminine en France. Comme si l’on apposait des étiquettes pouvant parfois être perçues comme élitistes, sur des notions qui pourtant touchent toutes les femmes. « Car il s’agit là d’une question d’humanité, pas de la façon dont on s’habille ou ce que l’on achète, etc. Et ça, c’est un truc dont je suis fière ; savoir que j’ai réussi à toucher cette population de femmes qui d’emblée ne sont peut-être pas très attirées par ces notions. J’ai vraiment essayé de n’exclure personne pour informer celles qui ont besoin de savoir toutes ces choses. Et les neurosciences, ça aide beaucoup ces femmes-là qui ne sont plus connectées à la nature, qui ne sont plus connectées à ces choses spirituelles, à valider ces nouvelles informations. »

Donc toi la femme, toi la mère, tu peux te dire que tu es « normale », que tes émotions, tes ressentis sont légitimes. Ils le sont toujours, mais aujourd’hui, il est prouvé scientifiquement que ton cerveau change pendant ces périodes, aujourd’hui on fait des recherches, aujourd’hui on s’informe, aujourd’hui, et de plus en plus, on s’intéresse à ta voix.
Aujourd’hui, on comprend aussi que c’est en légitimant ce qui te traverse, en t’aidant à te comprendre, que tu accompagneras au mieux ton enfant.
Un nouveau monde s’ouvre à toi, et le chemin pour l’explorer s’élargit de plus en plus.

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