Natacha_Guillaume
Natacha_Guillaume

Le maternage proximal est un ensemble de pratiques puériculturelles qui impliquent une grande proximité physique entre le pourvoyeur de soins et l’enfant : allaitement, portage, sommeil partagé, massage, hygiène naturelle infantile, mais aussi naissance et accueil du nouveau-né physiologiques, diligence à répondre aux besoins et aux pleurs, écoute des émotions… Quand, dans les pays anglo-saxons, la neutralité du terme qui désigne cette philosophie de la puériculture, à savoir « attachment parenting » (« parentalité d’attachement1 ») permet d’inclure les hommes, en France, le terme « maternage » semble réserver ces pratiques aux seules femmes. Et notamment aux femmes qui allaitent. Cependant, il est évident que les femmes qui n’allaitent pas, tout comme les hommes, peuvent être physiquement proches de leurs enfants, bienveillants, à l’écoute… En fait, dans tous les cas, il est souhaitable d’offrir à son enfant disponibilité et prévenance physiques et affectives importantes même et surtout quand on n’allaite pas2.

Pour certaines femmes, l’allaitement ne coule pas de source. Les raisons en sont variées, de la « simple » non-envie à la répulsion, en passant par la gêne ou le défaut de modèles d’allaitement positifs (nous vivons tout de même dans un type de société que le sociologue James Akré3 a qualifié de « culture de non-allaitement »). Ces femmes ont parfois le sentiment de subir une forte pression pour allaiter leur enfant en dépit de leur réserve et peuvent avoir tendance à rejeter l’ensemble du « package » du maternage proximal qu’elles peuvent considérer comme une idéologie. Quel dommage car les bienfaits, par exemple, du toucher4, pour l’enfant comme pour la mère ou le père, sont largement démontrés et si le problème n’est pas, en soi, la proximité physique, le contact, alors on aurait tort de s’en priver. Car le maternage proximal est une manière efficace de faire couler à flots l’hormone de l’amour et de l’attachement, l’ocytocine5.

Soigner le « chagrin d’allaitement »

Pour d’autres femmes, l’allaitement était souhaité mais, pour toutes sortes de raisons, il n’a pas pu être mis en place. Pour ces femmes, le maternage proximal peut constituer une merveilleuse opportunité de guérir « le chagrin d’allaitement », ce que l’éducatrice en allaitement et nutrition Hilary Jacobson appelle « breastfeeding grief 6 » et de faire le deuil de la relation d’allaitement pour accueillir et cultiver une autre forme de proximité, de corps à corps, de peau à peau. Quant à leurs bébés qui ne peuvent profiter des bénéfices du lait, ils pourront jouir d’autres composantes du comportement d’allaitement, à savoir le peau à peau et le massage doux qu’implique le portage. Le peau à peau permet notamment de réduire les niveaux d’hormones de stress chez le bébé, stress qui augmente si celui-ci est posé. Il favorise également les comportements d’attachement aussi bien chez les parents que chez l’enfant (ce qui peut aider les pères à soigner leur propre « chagrin d’allaitement »).

Faits pour les câlins

Nous sommes des mammifères, certes, mais surtout, nous faisons partie des grands singes et en tant que tels, nous sommes des mammifères porteurs, des animaux sociaux qui gardent leurs tout-petits tout près d’eux, pour les protéger, les nourrir, les câliner, car ceux-ci naissent immatures et ont besoin d’une attention et d’une disponibilité soutenues de leurs parents. Nous sommes faits pour nous attacher les uns aux autres, littéralement, étreints, embrassés… Les bénéfices de l’allaitement sont innombrables, il n’est en aucun cas question de les relativiser. Mais, ceux de la proximité physique le sont aussi, même dans nos environnements (sur)protégés, comparé aux environnements plus ouverts de nos cousins les chimpanzés. Contrairement à ce que nous enseigne une idéologie de la séparation, mettre ses enfants à distance le plus précocement possible afin de les rendre « autonomes » (lit d’enfant, poussette, parc, trotteur, mise en garderie, etc.) n’est pas une stratégie très efficace pour obtenir une authentique autonomie, notamment affective, car le processus d’attachement est malmené. Et si le bonheur perdu évoqué par Jean Liedloff dans son merveilleux livre7 était simplement celui de l’étreinte aimante, constante, sûre, infaillible que le parent offre à son enfant ? Peut-être est-ce cela le plus beau cadeau de la vie. C’est ce qu’expriment les femmes qui ont bien voulu témoigner de leur expérience de maternage proximal sans allaitement, de leur bonheur à vivre tout contre leur bébé.

Paroles de mères

« Mon tremblement de mère débute, hospitalisation, séparation de mon bébé, médication entraînant un sevrage brutal, nous sommes bien loin de la maternité que nous avions projetée pour notre enfant. Je dois faire le deuil de mon allaitement. […]
J’ai mis des mots sur mes maux pour mon enfant, pour le rassurer, lui expliquer, toujours, ce qui se passait, Expliquer les émotions, prendre en compte les siennes, cela continuera pour toute sa vie ! […] De retour à la maison, le portage en écharpe m’a paru une évidence (et l’est toujours !) pour répondre à son besoin, sans hésiter, dès qu’il me le faisait comprendre mais aussi un peu pour moi, lors de sorties pour qu’il reste contre moi, sa mère. Le cododo a perduré au-delà des nuits de 12h… Mon lait a coulé jusqu’à ses 4 mois (en cause, un des traitements) ; ne pouvant pas lui donner ce lait pour le nourrir, je décidais de l’utiliser malgré tout lorsqu’il avait les fesses rouges, des petites plaies… […] Cette impossibilité de continuer l’allaitement m’a donné une grande leçon de maternité que j’ai envie de partager avec tous les parents. Le maternage proximal est une belle aventure qui ne se termine probablement jamais dans nos choix parentaux, il faut toujours s’écouter lorsqu’on se lance dans l’aventure, reconnaître ses limites et ne pas culpabiliser si tout n’est pas “comme dans les livres”. » Maylis

« Finalement après une semaine d’allaitement exclusif et dix jours d’allaitement mixte […], je cède, je lâche prise devant l’évidence, je suis crevée, je pourris ma relation avec mon bébé, tout ça pour lui donner ce que mon corps refuse de créer, j’ai mal partout et surtout à mon âme, alors je pleurerai toutes les larmes de mon corps s’il le faut pour faire le deuil de cet allaitement (quasi inexistant) mais maintenant je dois penser à moi, à ma santé, à construire une belle relation à deux et si je dois lui donner de la poudre et de l’eau pour ça, eh bien tant pis ! […] Et j’ai pleuré, pleuré, pleuré. Et mon bébé vomissait, vomissait, vomissait, c’était horrible, insoutenable ! […] Je la portais beaucoup avec le sling que j’ai eu en cadeau à la naissance. Puis quand elle a eu 2 mois j’ai commencé l’hygiène naturelle. C’est une expérience très enrichissante, on construit un lien très fort elle et moi avec ça. Nous avons cododoté jusqu’à ses 7 mois, et nous le faisons encore quand elle est malade, quand elle a une poussée dentaire douloureuse, ou quand tout simplement elle en ressent le besoin. Nous ne la laissons jamais pleurer seule dans son lit. Je l’ai portée quasiment toute la journée jusqu’à ses 7 mois où elle a commencé à ramper par terre, je ne l’ai quasiment jamais mise dans une poussette, seulement quand je devais aller quelque part où j›avais besoin de la poser. » Natacha Guillaume 


1 Référence au concept d’attachement élaboré par John Bowlby.
Ce qui ne signifie pas que l’allaitement protège les enfants des méfaits de pratiques puériculturelles plus dures et qu’il « suffise » ou encore « fasse tout » ; dans de nombreuses sociétés, on allaite systématiquement les enfants mais on les sépare de la mère dès que c’est viable et on les bat beaucoup.
Auteur aux éditions du Hêtre de l’ouvrage Le Problème avec l’allaitement (2009).
Voir La Peau et le Toucher, un premier langage (1971), de Ashley Montagu, Éditions Seuil (2014).
5 Ocytocine : l’hormone de l’amour (2000), Kerstin Uvnäs Moberg, Éditions Le Souffle d’Or (2006).
6 Healing breastfeeding grief, How mothers feel and heal when breastfeeding does not go as hoped, (« Guérir le chagrin d’allaitement, Sentiments et guérison des mères quand l’allaitement ne s’est pas passé aussi bien qu’elles l’espéraient »), Rosaling press (2015).
Le Concept du continuum (1975), Éditions Ambre (2006).

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