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Marie Gambardella1 est photographe, spécialisée dans les photos de familles, d’enfants et de naissance. Nous l’avons rencontrée pour aborder avec elle la spécificité des séances qu’elle propose en accompagnement des naissances : un genre encore peu développé en France et avec lequel Marie s’investit bien au-delà de ses « simples » compétences de photographe.

  • Grandir Autrement : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre travail et comment vous est venue l’idée/l’envie de vous orienter dans cette voie ?
    Marie Gambardella : Ça fait douze ans que je suis photographe et je fais des photos de naissance depuis cinq ans. Je faisais déjà des photos de maternité, mais pas de photos de naissance à proprement parler. Quand je me suis installée, les photos de grossesse/naissance/maternité/bébés n’étaient pas un genre très développé, en dehors de la photographe « officielle » de la maternité qui entre dans la chambre sans y avoir été invitée et vous fait prendre des poses avec votre bébé.
    L’idée m’est venue quand moi-même j’ai eu des enfants. Je me suis dit : on fait des photos quand on se marie, il y a de très belles émotions qui ressortent, mais c’est toujours un peu la même chose. Et moi, ce qui a vraiment transformé ma vie, ce n’est pas le mariage, c’est la naissance de mes enfants. Pour ma première fille, je n’ai pas pu avoir de photographe et je me rappelle très peu de cette naissance ; pour la deuxième, toujours pas de photographe, mais je m’en souviens mieux ; pour la troisième, je me suis dit qu’il me fallait absolument une photographe. J’avais déjà commencé les photos de naissance, j’en avais vu aux États-Unis et j’avais trouvé ça tellement beau ! Et puis le fait qu’on vive la naissance de l’intérieur et qu’ensuite, on ne s’en souvienne plus est tellement frustrant ! Les photos permettent de revivre l’émotion du plus beau jour de sa vie sans la douleur ni la fatigue, juste la magie de ces moments.
  • Recevez-vous beaucoup de demandes pour ce type de photos ?
    Non, j’en reçois une à deux par an. Plutôt pour des naissances à domicile. En général, une sur deux se concrétise. Parfois, le projet évolue, les choses ne se passent pas comme prévu (accouchement prévu à domicile, par exemple, qui se termine à l’hôpital), mais ça n’empêche rien. C’est ce que je dis aux parents : si je ne suis pas là, ce n’est pas grave, je ne suis pas essentielle à la naissance, je ne suis pas sage-femme. L’important est que la naissance se passe bien, les photos sont juste un plus. Mais c’est vrai que ces moments sont absolument magiques et irremplaçables. Au visionnage, les parents sont toujours très émus, et regrettent parfois de ne pas l’avoir fait pour leur(s) aîné(s). La demande va forcément augmenter dans les années à venir !
  • Les photos de naissance ne sont pas un genre très développé en France : pourquoi selon vous ?
    J’ai été une des premières à faire des photos de naissance en France et à en avoir parlé. C’est donc encore assez récent, comparé aux États-Unis, par exemple, où ça doit faire déjà dix ou quinze ans que ce genre de photos existe et est diffusé. Comme en France, il y a très peu de naissances à domicile et que les parents qui font appel à un.e photographe de naissance le font le plus souvent dans le cadre d’une naissance à domicile, forcément, c’est assez peu répandu. L’hôpital bloque aussi pas mal, je pense : la présence d’un.e photographe au moment de la naissance n’est pas habituelle et en plus on imagine tout de suite que ça ne rentre pas dans les protocoles hospitaliers. Bien sûr, ça dépend des hôpitaux, des équipes et du jour de la naissance. Mais je pense que plus on en verra, plus ce sera accepté. Si le photographe sait respecter la place qui est la sienne, il ne gêne en aucun cas l’accouchement. Un bon photographe de naissance sait rester discret, et être là sans que sa présence ne dérange ni l’équipe soignante, ni l’intimité de la famille. Plus les parents verront des reportages, plus ils en demanderont, et plus ce sera accepté et développé. Il y a dix ans, on ne faisait presque pas de photos de sa grossesse et c’est maintenant quelque chose de beaucoup plus courant. On voit de plus en plus les futures mamans montrer avec fierté leur beau ventre. On peut imaginer qu’il en sera de même pour les photos de naissance.
  • Comment se déroule la préparation d’une séance photos ?
    J’accueille les futurs parents (et les enfants) avant la naissance. Il est très important pour moi que les parents se sentent en confiance avec moi, et qu’ils me connaissent un peu, ainsi que mon travail. Je leur fais donc voir des photos des autres séances que j’ai réalisées. Je leur explique comment je travaille. Je leur dis par exemple qu’il est tout à fait possible que je puisse ne pas être là le jour J, qu’il faut être prêt à cette éventualité. Je leur explique aussi que, dans le cas où la naissance se déroulerait à l’hôpital, finalement, la photographe sera peut-être la seule personne qu’ils connaîtront et qu’ils auront choisie. Or c’est aussi rassurant pour eux d’avoir une personne de confiance avec eux ce jour-là.
    On se rencontre une première fois, souvent une deuxième. Souvent, nous faisons déjà une séance photos pendant la grossesse. Cela permet d’apprendre à se connaître, même si, la plupart du temps, ce sont des parents que j’ai déjà rencontrés dans les associations de soutien à la parentalité que je fréquente.
    C’est presque toujours la femme qui est l’initiatrice du projet. Les hommes sont souvent réticents au départ.
    Je n’ai jamais fait de photos de naissance pour un premier bébé. C’est toujours au minimum le deuxième enfant du couple. Je pense que les parents ont d’abord besoin de vivre ce qu’ils ont imaginé et/ou d’être confrontés à la réalité, en tout cas d’avoir une première expérience de naissance, avant de penser à immortaliser ce moment.
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    Et le jour J ?
    Le mois qui précède la naissance, je suis en alerte, je dois pouvoir me rendre disponible à tout moment. J’ai des solutions pour faire garder mes enfants, mes cartes prêtes et mes batteries chargées. Mais si au moment de la naissance, je ne peux pas être là, cela ne m’empêche pas d’attraper plein d’autres jolis moments juste après. J’ai eu le cas d’une famille dont le bébé est né beaucoup plus tôt que prévu. Je les ai retrouvés en néonat, il n’y a eu aucune photo de la naissance, mais beaucoup après, avec les grands frères notamment qui viennent rencontrer le bébé pour la première fois. Ces moments de rencontre avec la fratrie, de découverte du petit dernier, sont eux aussi très précieux pour la famille. C’est l’instant où se tissent les premiers liens fraternels, et l’émotion que l’on capture en photo dans ces moments-là est merveilleuse.
    Pour la toute première naissance que j’ai suivie, qui a eu lieu à l’hôpital, la sage-femme souhaitait que je ne sois pas présente au moment de l’expulsion du bébé. Je suis donc sortie à ce moment-là, mais je suis revenue tout de suite après. J’ai réussi à graver les premiers regards, le papa qui découvre son bébé, la maman qui pleure, la première tétée… : tous ces moments qu’on vit à la naissance de son enfant, mais dont, à cause de la fatigue, des soins, des éventuelles anesthésies…, on ne se rappelle pas toujours.

  • Comment êtes-vous accueillie en maternité ? Quelle place vous laisse l’équipe médicale ?
    Si ma présence est prévue, que les photos font partie du projet de naissance des parents, en général, je suis bien acceptée. Mais, ce que je dis toujours aux parents, comme à l’équipe médicale, c’est qu’au moindre problème, je sors. Aussi, les parents peuvent changer d’avis à tout moment. S’ils ne veulent plus que je sois là au moment de la naissance, je peux sortir et photographier le couloir pendant l’attente ou, si c’est à domicile, les grands frères ou les grandes sœurs. Le tout c’est d’être la plus discrète possible. Bien sûr, je ne travaille pas au flash, je fais des photos avec très peu de lumière, je ne fais pas de bruit… Parfois, je discute quand même un peu avec les parents, quand je sens une demande de leur part. En fait je m’adapte à ce que je vois et à ce que je ressens.
    Pour la première fois, aussi, j’ai pu ressentir ce qu’un papa pouvait ressentir lors de la naissance de son enfant, enfin, ce que j’imagine qu’il peut ressentir : c’est-à-dire être spectateur de ce qui se passe, vouloir aider sans rien pouvoir faire.
    Pour les naissances à domicile, en général, la sage-femme ne m’est pas inconnue, puisque je connais les sages-femmes qui font des AAD dans le secteur dans lequel j’interviens. J’ai eu le cas d’un transfert à l’hôpital, pour une naissance initialement prévue à la maison, mais comme celui-ci a pu être anticipé, les parents ont eu le temps de prévenir l’équipe médicale et m’ont présentée comme étant le seul élément qui restait de leur projet de naissance initial. Et on est tombés sur une sage-femme qui a accepté ma présence sans problème. La condition était que je ne me trouve pas dans la salle de naissance en même temps que le papa. Ça a rassuré le papa qui a pu s’absenter à un moment pour aller chercher les plus grands à l’école, tout en sachant que sa femme ne serait pas seule puisque j’étais là. Mon rôle a donc un peu dépassé celui de simple « preneur d’images », puisque ma présence était un élément rassurant et réconfortant pour l’organisation de la vie familiale. Et puis, finalement, quand le papa est revenu, la sage-femme m’a oubliée… et je suis restée ! J’ai pu faire des photos des deux parents ensemble, ce qui était le plus important pour moi. Et une fois que le bébé était né, ça ne dérangeait plus la sage-femme que je sois là, ou alors elle a vu que je n’allais pas la gêner de toute façon et ma présence n’a pas posé de problème.
  • Que voulez-vous transmettre aux familles que vous accompagnez en leur proposant ce genre de photos ?
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    Des souvenirs de moments qu’ils ont vécus, grâce auxquels ils pourront raconter l’histoire de la naissance de leur enfant, le jour où celui-ci posera des questions. Ces images a posteriori permettent aux parents de revivre ce moment, avec poésie, et émotion, à travers mon regard. La vie passe tellement vite ! Il faut garder ces souvenirs-là, pouvoir les transmettre à ses enfants, leur dire « regarde quand tu es né, comment tu as vécu tes premiers instants. Voilà ce qui s’est passé le jour de ta naissance. »
    Bien sûr, ce sont des photos qui ne seront pas forcément affichées dans la maison, c’est quand même très intime. Les parents en font plutôt un livre en général.
    J’ai aussi envie de dire aux parents que je connais le corps de la femme, ayant moi-même vécu trois accouchements. Je sais quels sont les moments à éviter pour planifier une séance photos, pour le bien-être de la maman et/ou du bébé. Je me fais une priorité de respecter leur intimité, de ne pas les mettre dans une position qui pourrait être gênante pour eux de quelque manière que ce soit.
    On a toujours en tête l’image de la photographe de maternité qui prend le bébé, le manipule dans tous les sens : ce n’est pas ce que je fais. Pour moi, le respect de cette vie qui vient d’éclore passe aussi par le respect du corps du bébé. Un enfant n’est pas un objet. Je suis là pour capturer les instants d’émotions (même dans les gestes quotidiens comme le change ou l’allaitement, par exemple), et les liens, la complicité, l’amour qui existent entre les différents membres de la famille.

  • Quels sont les retours des familles que vous avez accompagnées ? Comment vivent-elles cette expérience doublement extraordinaire : celle de la naissance de leur enfant, et le fait de pouvoir découvrir et conserver des images de ce moment ?
    Ce sont les papas, pourtant souvent opposés au projet au départ, qui m’offrent les témoignages les plus forts de ce moment. La maman, bien sûr, est ravie d’avoir ses photos, de pouvoir voir ce qui s’est passé, alors qu’elle était en train de le vivre. Les papas, eux, me disent que, grâce à ma présence, ils se sont sentis moins seuls.
    Mon rôle va au-delà du simple fait de prendre des photos. Après une naissance à domicile, par exemple, la sage-femme était partie, le papa était allé chercher les grands frères et sœurs à l’école et la maman m’a remerciée d’être là, de même qu’au moment du retour des grands dont j’ai pu tempérer un peu l’excitation pour permettre à la maman et au bébé de se retrouver au calme. Souvent je leur apporte des petits gâteaux, parfois c’est moi qui vais chercher les grands à l’école : un peu comme une doula en fait, même si je n’en suis pas une, ou comme une grande sœur !
    Souvent, je reviens une semaine après la naissance et en général les parents me rappellent une fois dans l’année pour une nouvelle séance photos. Je peux être rappelée même bien plus tard : deux ou quatre ans après, la relation est si forte, je continue de les prendre en photo et c’est très sympa pour moi aussi de voir ces enfants évoluer.
    C’est une expérience qui crée des liens, inévitablement. En général, on finit copains avec les parents ! Je suis régulièrement invitée à boire l’apéro, je peux être invitée aux baptêmes, etc. On n’est plus juste clients et photographe. Et puis ce sont des enfants auxquels je me suis attachée, forcément…

Témoignage : Une séance particulière

Mon mari et moi avons fait appel à Lunéa Images pour un projet différent, pour une séance particulière. On voulait garder une trace de la naissance de notre enfant. Et c’était certain, notre quatrième naîtrait à la maison. Dernier enfant, premier accouchement à domicile. Nous avons donc pris contact avec Marie pour lui demander de nous suivre dans ce projet car nous savions que de son côté elle cherchait aussi une famille à accompagner.
Ce fut donc décidé, Marie serait notre photographe particulière !
On a fait une séance maternité avec nos trois aînés puis on a attendu la naissance.
Le jour J, Marie est arrivée à 6h45. Elle s’est mise tout de suite dans « l’action » mais elle était tellement discrète. J’ai complètement oublié sa présence. Je ne l’entendais pas, ni ses pas quand elle se déplaçait ni l’appareil prendre les photos et encore moins le flash car elle ne l’utilise pas. À aucun moment je ne suis sortie de ma bulle, à aucun moment elle ne m’a gênée.
J’entendais ma sage-femme et mon mari mais pas notre photographe.
Bébé est né à 7h15.
Marie a continué de prendre des photos mais de nous trois… Elle a pris des photos jusqu’à la rencontre de notre fils avec sa sœur et ses deux frères. Quand on a vus les photos, moi j’étais à nouveau dans ma bulle. Je revivais tout mon accouchement à travers ses yeux. Je me voyais accoucher. Mais surtout je voyais tout ce qui m’avait échappé pendant trente minutes. C’était magique ! Il y a eu tant d’émotions sur nos visages ! J’ai vu mon mari concentré et vivant cette naissance comme il n’a pu le faire en maternité. J’ai vu notre sage-femme, détendue et confiante. J’ai vu l’amour dans mon corps quand j’ai attrapé mon fils pour le poser sur ma poitrine. J’y ai vu une tendresse dans nos regards quand nous avons posé pour la première fois nos yeux sur lui. J’y ai vu aussi la douleur d’une contraction pour la délivrance. J’ai vu la délicatesse de son petit nez et ses petits poings contre mon sein pour la première tétée. J’y ai vu aussi la curiosité de nos trois grands à la découverte de ce petit frère.
Et j’y ai vu tellement de choses encore. Et à chaque fois que je regarde les photos, je suis transportée. C’est un concentré d’émotions !
Si c’était à refaire nous recommencerions. Ça a fait sourire beaucoup de monde quand on a dit qu’une photographe serait présente. Mais quand ils voient nos photos, ils les trouvent tellement belles… Je suis sûre que beaucoup d’entre eux voudraient Marie près d’eux si une nouvelle naissance se présentait.
Je ne peux qu’inciter les futurs parents à faire comme nous. Rencontrer Marie, regarder les photos. Marie a pris soin de moi et de ma pudeur. Aucune photo dégradante.
Et un souvenir à vie de cet instant magique. Elle est patiente et bienveillante. Et a un don pour mettre en lumière et sublimer un instant banal, le quotidien ou un moment unique.

Merci Marie d’avoir rendu éternelle la naissance de Côme.


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