© Jenny Balmefrézol
À vos yeux, combien de fois par jour, par semaine ou par mois, votre enfant fait-il ou dit-il des choses « ridicules » ? Utilisez-vous ce mot-là pour lui faire comprendre que, selon vous, ses demandes sont impossibles, que son comportement est déraisonnable, que son sentiment est démesuré ? Ça va pas non ! », « T’exagères », « Je le savais ! », « T’es bête ou quoi ? », « Arrête de faire ta comédie », « Qu’est-ce que tu racontes ! », « Mais pourquoi tu fais ça ?! », « Et si tu arrêtais de dire n’importe quoi ? » … « Mais, enfin c’est ridicule ». « Mais, enfin c’est ridicule ! » est une de ces phrases à connotation négative qui font partie du quotidien des enfants. Le mot « ridicule » y est employé dans toutes ses acceptions. Il exprime un jugement sur la personne de l’enfant, la non-adéquation de ses sentiments et leur insignifiance. D’après le dictionnaire Larousse, « ridicule » signifie : 1/ dont on est porté à rire, à se moquer comme dans « je trouve cette mode ridicule » ; 2/ qui est peu sensé, déraisonnable comme « c'est ridicule de se mettre dans des états pareils » ; 3/ qui est insignifiant, dérisoire comme dans « on lui a proposé un prix ridicule de sa vieille voiture ». L’accusation de « ridicule » dont font l’objet les enfants me donne à penser qu’il existerait une sorte de « droit au ridicule » ou un « permis d’être ridicule » interdit aux mineurs. Plus notre statut familial et social a d’envergure, plus nous avons le droit d’avoir des comportements « fous », de penser à notre guise, d’exprimer nos idées, nos opinions et nos sentiments les plus absurdes. Y a-t-il d’ailleurs des sentiments ridicules ou des sentiments absurdes ? Qui se porte juge pour faire le tri de ces sentiments dans nos vies ? Quand un enfant a un comportement extravagant, il est catalogué comme imbécile ou immature. Une jeune personne est coincée sous son étiquette d’ « d’adolescent » au sens réducteur et péjoratif que la société a l’habitude de donner à ce terme : « C’est la crise d’adolescence qui le fait délirer ! » entend-on. Et la « crise adulte » ? Et la « crise du troisième âge » ? Existent-elles ? Les jugements, surtout les jugements négatifs, mettent en péril la qualité de la communication dans toute relation, notamment la relation parent-enfant. Mais pas seulement. Les jugements touchent directement la personne à qui ils sont adressés, son estime de soi et ses capacités. Ils apprennent à l’enfant à critiquer les autres et même à se critiquer soi-même. L’enfant se met en question lui-même ; « suis-je ridicule ? » peut être traduit par « suis-je assez bon, est-ce que je me comporte assez bien pour être aimé et accepté ? ». Si nous remplacions l’accusation de ridicule par une réponse libre de […]

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