© Cassandra Meyers
Un jour de printemps, moi, un ami, et quelques centaines d'autres battons le pavé, protestons, manifestons. Quelques enfants suivent le mouvement, dont le mien, sur mes épaules. Il agite un drapeau. J’imprime une photo mentale, pour me souvenir, bien vite légendée par cette question : mon fils, cet enfant, ce futur adulte/citoyen, ce petit d'homme, que pense-t-il de tout cela ?Il n'a certes pas choisi d'être là. Pas sûre qu'il ait même bien compris le pourquoi de toute cette agitation, malgré discussion. L'ambiance me semble festive, mais il y a des probabilités que cela l'ennuie. Et par-delà ces considérations immédiates, qu'en pensera-t-il dans quelques années ? Ne suis-je pas en train de lui imposer mes convictions, mes combats ? Ça y est, le processus est enclenché, la bobine de souvenirs se dévide, entrelacée du fil des questionnements… • Qu'ai-je imposé d'autre à mes enfants ? • Quelles conséquences mes choix de vie ont-ils eu sur eux ? auront-ils sur leur personnalité d'adulte ? sur notre relation ? • Leur ai-je imposé des choses « pour leur bien » ? pour mon bien à moi ? • Mes tentatives de cohérence entre mes paroles et mes actes ont-elles toujours été bien vécues ? Ma pensée chemine ainsi au rythme de mes pas, de ceux de la foule, des slogans scandés… Mon combat à ce moment n'est plus (seulement) social, mais aussi mental. Jusqu'à la révélation : oui, j'ai imposé des choses à mes enfants, un régime alimentaire, un mode de garde, d'instruction, des croyances… Mais, dans les faits, comme on l'avait fait pour moi, comme le font tous les parents qui m'entourent à ce moment, qu'ils soient ou non accompagnés de leur progéniture, comme le font aussi tous ceux qui ont des convictions différentes des miennes.

Soulagement intense, apaisement

J'ai vu des enfants rencontrer des représentants de différentes communautés religieuses, choisir leurs sujets d'apprentissage, gérer leur temps au plus près de leurs aspirations, se réveiller sans contrainte, choisir intuitivement leurs aliments, signaler leurs besoins en sachant qu'ils seraient pris en compte, participer activement à des décisions familiales… Pourtant, dès que l'enfant paraît, le choix devient illusion. Il (on) naît dans un certain environnement, une certaine famille, un certain contexte. Comme l'a chanté Maxime Leforestier « être né quelque part […] c'est toujours un hasard » (on pourrait passer quelques heures à philosopher là-dessus aussi… une autre fois peut-être). Ce contexte contribuera à enrichir la part acquise de chaque individu, lui permettant de devenir un humain conscient et capable de choix qui lui seront propres, peut-être dans la continuité de ceux de ses parents, peut-être orientés très différemment. Ouf ! Fiston, tu continues d'agiter ton drapeau, juché sur mes épaules, cependant tu me parais moins lourd à présent ; le poids de la culpabilité s'est envolé. Je conclurai par ces mots que je te martèle souvent : « je ne peux pas être heureuse à ta place, c'est un choix qui t'appartient chaque jour. »

La réflexion se poursuit

Quelques semaines passent […]

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