© Jenny Balmefrézol

Nous sommes en juillet 2019 et il y a quelques jours encore une mère qui allaitait dans un restaurant à Brest a été sommée d’aller nourrir son bébé dans les toilettes. Il est scandaleux et déprimant qu’aujourd’hui encore une femme ne puisse allaiter son enfant en toute tranquillité, où que ce soit. L’allaitement n’est pas impudique. Ce n’est pas une exposition de son corps. C’est un geste naturel, qui nourrit l’enfant autant qu’il le réconforte, et qui accessoirement contribue à assurer la survie de l’espèce humaine depuis la nuit des temps.

De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour lutter contre une vision patriarcale et rétrograde du corps féminin, et c’est tant mieux. Rappelons que si le sein a, comme toute partie du corps, son rôle à jouer dans l’érotisme, il est avant tout là pour sa fonction nourricière. Si certains sont incapables de le voir et réduisent le corps de la femme à ses fonctions sexuelles, c’est leur problème, pas celui des mères allaitantes. Il est paradoxal de constater que des poitrines féminines sont exposées tous les jours à des fins publicitaires ou sur les écrans, sans que cela choque la majeure partie de la population. En revanche, une petite partie de sein visible lors d’un allaitement scandalise (car rappelons que quand le bébé tète, le sein est en grande partie caché).

Rappelons aussi que malgré les souhaits de certains, notre corps nous appartient, que nous nourrissons notre bébé où et quand nous le souhaitons (généralement, quand il en a besoin, ce qui peut arriver au restaurant, dans la rue, au parc, chez des amis, dans un magasin, comme à l’Assemblée). Que cela choque certains yeux prudes ne devrait pas nous importer. Il n’est pas normal qu’aujourd’hui, des femmes soient obligées de se cacher dans des toilettes ou de s’empêcher de vivre une vie sociale normale en sortant peu de chez elles car elles ont peur des regards ou remarques quand elles sortiront leur sein. Quelle est cette société où l’on demande à des femmes de nourrir leur enfant dans des toilettes d’une propreté souvent douteuse ? Mesdames et messieurs les bien-pensants, prenez-vous vos repas aux toilettes ? Ce genre d’événement soulève, comme bien d’autres, les problématiques concernant la vision de la femme et de l’enfant dans notre société.

Je vous invite, mères allaitantes, à faire fi des regards et des remarques. Ne vous cachez pas, assumez votre allaitement. Votre sein dérange ? Conseillez à ceux que cela gêne de regarder ailleurs. Vous ne faites rien de mal et votre corps ne doit pas être un sujet de honte.

Madame Schiappa, étant donnée que vous êtes la Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, et puisque tout cela est clairement discriminatoire envers les femmes, nous vous adressons cette lettre, qui, nous l’espérons, vous donnera peut-être envie d’initier un changement des mentalités sur l’allaitement. L’équipe de Grandir Autrement écrit depuis plusieurs années sur la parentalité et connaît bien le sujet de l’allaitement, et elle a eu l’occasion de constater à de nombreuses reprises que l’une des difficultés que rencontrent les mères qui allaitent est le regard que la société porte sur leur choix et sur la difficulté à allaiter hors de chez soi en toute quiétude. Il est temps de rappeler que le féminisme, c’est avoir le choix, et que chaque femme doit pouvoir être la mère qu’elle aspire à être, sans subir des injonctions rétrogrades, sexistes et oppressives.

Bien cordialement,

Camille Masset Stiegler, pour l’équipe du magazine Grandir Autrement.

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