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A Monsieur le Ministre de l’Education nationale
A Mesdames et Messieurs les élus

Avec votre projet “Pour une école de la confiance”, vous annonciez centrer celui-ci autour de la confiance. Quel concept indispensable que la confiance !

Alors, pourquoi refuser aux parents VOTRE confiance ?

Un des secrets du système scolaire finlandais noté comme un des meilleurs au monde est de miser sur la bienveillance, sur la confiance.
En Finlande, aucune note avant 11 ans et prise en charge de l’enfant en difficulté sans jugement de valeur.

Avec votre choix de titre, Mr Blanquer, vous aviez donc exactement cerné un des besoins essentiels des enfants : la confiance.

Un regard de confiance posé sur l’enfant 

Pourquoi multiplier les jugements de valeur en décidant d’items à réussir dès 3 ans avec ce projet d’instruction obligatoire dès 3 ans ?
Bien des enfants mélangent les mots lorsqu’ils apprennent notre langue. Leurs hésitations, leurs bons mots souvent involontaires nous émeuvent, suscitent nos sourires.
Désormais, nous, les parents nous aurons peur, peur d’un échec dès la maternelle, peur d’un avenir compromis.
En effet, plus que jamais, les petits enfants devront apprendre à un rythme prévu. Nous sommes bien les seuls mammifères à toujours attendre plus de nos petits.
Une spécificité bien française cependant puisque la maternelle n’existe même pas dans bien des pays.
Nos grands-parents n’allaient pas à l’école en maternelle et pourtant, ils maitrisaient mieux la langue française que nos enfants.
La maternelle devrait être un droit, pas une obligation.

Pensez-vous vraiment que l’étalement sur un cycle sera suffisant ? Ce serait vrai s’il y avait une seule classe à la maternelle où l’enfant évolue en fonction de ses besoins et SANS AUCUNE ATTENTE .
Ici l’enfant évoluera dans une classe d’âge avec le grand écart que cela suppose à cet âge (un an, c’est très long à l’âge de la maternelle).
Quant aux petits qui grandissent hors école, ils devront répondre à la « maitrise progressive »1 de leur cycle…  La pression sur eux sera plus forte encore.

A l’âge des premières blagues, du besoin vital de mouvement et d’exploration succèdera l’âge des premières obligations. Comment évolueront les rires d’enfants ? Combien de visages chiffonnés par les larmes « d’échecs » précoces seront à prévoir ?

Un regard de confiance sur les apprentissages sans école

Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les élus, aucun des faits présentés (contrôles abusifs, réussites de nos enfants, raisons principales des choix d’instruction), aucun des amendements qui vous sont proposés ne touchent la plupart d’entre vous.
Il semble que la confiance ne soit pas de mise pour les familles sans école.

Durcissement des amendes.
Durcissement des contrôles.
Augmentation des signalements auprès du procureur.

Les familles sans école sont une minorité après tout. Les minorités ont-elles de l’importance ? C’est en niant les minorités qu’on leur permet de disparaitre, rétrécissant ainsi champ des possibles et enrichissement culturel.
Pourtant, nous attachons très souvent une grande importance à l’éducation de nos enfants, au fait que nous souhaitons leur permettre d’être des adultes instruits et responsables.

Vous nous avez dit que la maitrise était « progressive » parce qu’elle s’étale sur trois années. Mais, après trois années, tous les enfants ne réussissent pas « chacun des domaines du socle commun de connaissances et de compétences ».

Des études statistiques réalisées lors de la journée Défense et citoyenneté ont indiqué que plus de 11 % des jeunes de 16 à 25 ans lisaient seulement un mot sur deux ! La compréhension de lecture pour ces jeunes était de plus faible, voire inexistante. C’est donc plus d’un enfant scolarisé sur dix qui est en grande difficulté de lecture à plus de 16 ans !

Au collège, près de la moitié des élèves sont en difficulté !
Or ces jeunes ont été scolarisés.
Pourquoi exiger des résultats de « maitrise » pour les familles sans école ?

Près de 85 % des parents sans école souhaitent avant tout respecter le rythme personnel de son enfant2, ce choix permet un accompagnement personnalisé, individualisé. Or n’est-ce pas ce que vous tentez de mettre en place lorsque l’enfant est en difficulté avec un PPRE, programme personnalisé de réussite éducative ?
Nous avons simplement choisi de le pratiquer pour CHACUN de nos enfants.

Pour quel motif nous refuser votre confiance ? Vous expliquez que certains parents n’instruisent pas leur enfant, ces parents sont une minorité. En France, la présomption d’innocence prime jusqu’au moment où l’on est jugé coupable. Pourquoi est-ce différent avec les familles sans école ?

Les contrôles tels qu’ils ont lieu depuis des années permettent de s’assurer qu’il y a instruction. Et si, au lieu de punir les innocents, vous encouragiez les contrôles respectueux par les deux partis ? Ils existent et se basent sur une confiance mutuelle.

La confiance pour les jeunes

Un amendement, l’amendement 675 vise à imposer entre 16 et 18 ans, formation, apprentissage, travail ou service civique ou dispositif d’insertion sociale et professionnelle.
En effet un peu moins d’un jeune sur dix est sans formation, sans diplôme (y compris, DNB : brevet).
Cependant, pourquoi oublier la possibilité d’apprendre à la maison ?

N’est-il pas plus important de chercher à comprendre pourquoi ces jeunes décrochent ?
Imposer reculera simplement l’échéance pour certains.
Les jeunes ont besoin d’être responsabilisés, pas infantilisés en leur refusant toute part de décision car, malheureusement, bien des aiguillages précoces aboutissent à des décrochages ainsi le jeune, persuadé d’être incompétent, s’auto-saborde, année après année.

Quels sont les jeunes qui réussissent le mieux ? Les enfants d’enseignants et enfants issus de milieu favorisé parce qu’ils ont bien plus confiance en leur avenir, parce qu’on leur a accordé moyens et outils.

Quels sont ceux qui, statistiquement, réussissent le moins ? Les jeunes de milieux défavorisés parce qu’ils manquent de moyens certainement, mais aussi parce qu’ils manquent de confiance !

Alors, pour ma part, je dis « oui » à une instruction basée sur la confiance.
La seule instruction véritablement efficace et durable comme nous l’ont appris les découvertes des neurosciences et l’expérience.
Aussi, j’espère que vous parviendrez à modifier votre projet pour un véritable projet de confiance.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les élus, l’expression de ma haute considération.


[1] En italique citation du projet de loi « Pour une école de la confiance »

[2] https://apprendreavecbonheur.blogspot.com/2018/04/resultats-sondage-pour-les-familles.html

1 COMMENTAIRE

  1. Quelqu’un sait-il le pourcentage d’enfants de 3 à 6 ans qui ne sont pas scolarisés en France? Qui pratique l’IEF, ou qui soit dans une école Démocratique, ou dans un jardin d’enfants

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