© Nathalie Sakharov

Le Jeu de Peindre n’est pas une pratique ordinaire. Il ne s’agit ni d’art ni de thérapie mais d’un jeu accessible à tous, qu’Arno Stern a fait naître à Paris il y a soixante-treize ans. Dans le Closlieu se retrouvent chaque semaine des groupes de petites et grandes personnes, pour vivre une aventure incomparable. Dans cet espace aucune compétence particulière n’est requise, si ce n’est le désir de s’ouvrir à sa propre créativité. Sans jugements, sans attentes, et sans commentaires sur les traces des participants, l’expression spontanée peut s’épanouir. Se déconditionner du « faire joli » ou de la recherche esthétique permet d’aller au-delà, au-dedans, au plus intime. Le plaisir prend alors le pas sur le résultat.

Quand on entre dans le Closlieu, on est tout d’abord frappé par la grande simplicité voire l’austérité qui y règnent : un espace protégé, immuable, dont les murs recouverts de papier kraft sont chatoyants de traces colorées. On s’y sent à l’abri, comme dans un cocon protecteur, à l’écart de l’agitation du monde. Au centre de cet espace, la table-palette avec ses dix-huit couleurs naturelles et ses pinceaux de grande qualité invite au jeu. C’est le lieu de la rencontre entre tous les participants. Le joueur choisit sa place, la feuille au format raisin est alors punaisée au mur face à lui. C’est là que l’on comprend que les parois sont recouvertes pour accueillir le débord des peintures. Une fois la pointe du pinceau de son choix trempée dans l’eau puis dans la peinture, le participant se dirige vers sa feuille, son espace individuel et se laisse aller à sa propre Trace. Ainsi, les joueurs vont et viennent sans se gêner entre ces deux pôles : l’espace de leur feuille et la table-palette. Il n’y a pas de thème, pas de modèle, pas d’interprétation des peintures. La comparaison et la compétition sont absentes en ce lieu. Chacun peint debout, librement, à son rythme, sa Trace spontanée.

Naissance du Jeu de Peindre

Arno Stern, père du Jeu de Peindre, se définit lui-même comme un trouveur et non comme un chercheur. En 1946, en banlieue parisienne, il s’investit dans une maison pour orphelins de guerre et propose aux enfants de peindre. Pour accueillir un plus grand nombre de participants, il agrandit l’espace en obturant les fenêtres et place les feuilles au mur. Il constate l’ambiance particulière qui en résulte : le Closlieu est né. Dans les années cinquante, à Paris, il installe un premier atelier appelé « l’Académie du Jeudi » qui remporte un vif succès. En étudiant l’abondance des peintures, il découvre des similitudes entre les nombreuses traces. S’interrogeant sur l’origine de ses observations, il entreprend alors plusieurs voyages auprès de populations lointaines non scolarisées et retrouve une constante dans les figures. Que ce soit dans le désert, la brousse, chez les nomades ou dans son atelier parisien, les tracés observés sont les mêmes. Il démontre et explique l’universalité de ces traces non déterminées par le monde […]

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