© Xavier Pasche www.ylia.ch

Comment aurais-je pu imaginer que j’allais vivre un hiver au Yukon, dans le Grand Nord canadien ? C’est l’histoire d’un grizzly et d’une puissante synchronicité qui nous a ouvert les portes de la petite communauté d’Haines Junction, comme si ce lieu nous attendait. Nous vivons alors plus de sept mois sur ces terres gelées, à deux cents kilomètres des premiers magasins d’alimentation dans la petite ville de Whitehorse. Nous sommes dans la communauté des Premières Nations de Aishihik et Champagne.

 

Nous sommes au cœur d’un empire de montagnes et de glace, au pied des arêtes rocheuses et des pics acérés du parc national de Kluane. Sur cette gigantesque chaîne de montagnes s’élève le mont Logan à 5 959 mètres, le plus haut sommet du Canada. Il est entouré par le plus grand champ de glace en dehors des pôles. L’infinitude qui nous entoure dépasse notre imaginaire. Il n’y a aucune limite à ces espaces sauvages. Nous faisons partie d’un gigantesque tout qui s’étend au-delà de notre entendement. À la frontière avec l’Alaska, nous sommes au pied de ces somptueuses montagnes sculptées.

Autant nous avons été nourris par les journées sans nuit, autant nous plongeons dans la noirceur de l’hiver. Les journées rétrécissent à vue d’œil. La nuit est interminable et le soleil ne se lèvera même plus au-dessus des montagnes. Les températures aussi sont extrêmes. Les vagues de froid s’installent sur le territoire. Il fait entre -35 °C et -45 °C. À cette température, tout se modifie. -40 °C est un chiffre magique où l’expérience de la réalité quotidienne est complètement modifiée. Tout devient délicat, y compris le métal. L’eau bouillante lancée dans l’air ne retombe plus. Elle se vaporise instantanément, créant un nuage blanc. À cette température, chaque bouffée amène l’air froid dans les poumons, les sourcils commencent à geler et les cils à coller. À cette limite physiologique, la démence nous guette et peut aussi affecter les prises de décisions, comme si nous étions plongés dans un délire.

Avec des enfants ?

Dans ces conditions, nul n’ose sortir, me direz-vous. Surtout pas avec des enfants ! Détrompez-vous. Nayla, 6 ans, et Fibie, 2 ans, nous accompagnaient. Ce gigantesque territoire est aussi un vaste espace de jeux et surtout de découverte. Évidemment, la terre ici est hostile et une connaissance approfondie des règles de sécurité est indispensable. Surtout que la tempête peut se lever à chaque instant, et le blizzard transformer le paysage. Et pourtant, sous sa force farouche, cette terre est enveloppée de mystère et de magie.

Tout d’abord parce que les communautés y sont soudées. Nous qui pensions être isolés au cœur de l’hiver, nous nous retrouvons accueillis par des familles et les activités pour les enfants sont quasiment quotidiennes : du hockey, du ski de fond, de la rythmique, des cours de […]

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