© samuel Lee de Pixabay
Le contact avec son tout-petit favorise la libération d’ocytocine, véritable hormone de l’attachement, et pas seulement chez les mamans !

L’ocytocine est une hormone indissociable de la naissance : en effet, c’est sous son action que l’utérus se contracte pendant l’accouchement. C’est elle aussi qui réveille, avec la prolactine, l’instinct maternel, d’où son rôle essentiel dans le processus d’attachement mère-enfant. Sa production va de pair avec la détente et la confiance, sentiments favorisés par le contact et le toucher.

La découverte de l’ocytocine remonte au début du 20e siècle. Nous la devons au chercheur anglais Henry Dale. Son nom est dérivé du grec ôkus (rapide) et tokos (travail de naissance). En effet, on a d’abord découvert son effet accélérateur sur l’accouchement ; plus tard, on s’est rendu compte qu’elle stimulait également l’allaitement ; aujourd’hui, on sait qu’elle joue un rôle physiologique bien plus important, puisqu’elle est l’une des principales composantes de ce que l’on nomme l’état calme-et- contact1, essentiel au bon fonctionnement de notre système biologique. Ainsi, l’ocytocine n’est pas une simple hormone circulant dans le sang, mais également un neurotransmetteur capable d’agir sur de nombreuses fonctions vitales.

Une hormone hors normes

Les cellules responsables de la production d’ocytocine ont un fonctionnement particulier qui diffère de celui des autres cellules. En effet, il existe une coordination de l’activité électrique que l’on observe au moment de l’activation des neurones : les cellules isolantes disparaissent et les cellules productrices, au lieu d’arriver une à une comme c’est le cas habituellement, agissent de concert ; l’ocytocine est stockée au fur et à mesure qu’elle est fabriquée, puis relâchée par pics, ce qui explique en partie que les femmes allaitantes aient un taux si élevé d’ocytocine dans le sang, mais aussi que l’on observe, au cours d’une tétée, plusieurs pics d’ocytocine et donc plusieurs réflexes d’éjection.

Les situations ou sensations agréables auxquelles nous sommes confrontés et/ou que nous éprouvons (partager un bon repas, sentir le soleil sur sa peau, prendre un bain, recevoir un massage, allaiter son enfant, …) déclenchent la libération d’ocytocine qui, à son tour, induit la réponse calme-et-contact. Ces situations, ou sensations, qui peuvent être très variées, ont un dénominateur commun : elles apportent toutes un sentiment de paix, une grande détente et un réel contentement, avec comme conséquences directes une baisse de la tension artérielle et du rythme cardiaque, une meilleure circulation au niveau de la peau et des muqueuses ainsi qu’une augmentation de l’appétit et une digestion plus efficace.
L’ocytocine a une influence sur la régulation de la température du corps. Une mère qui allaite, ou un père qui tient son enfant dans ses bras, par exemple, voit sa température corporelle augmenter à certains endroits bien précis : le visage et, de manière générale, le devant du corps (ventre et poitrine), comme si l’ocytocine déplaçait la chaleur d’une partie du corps vers d’autres, créant, dans le cas d’un contact rapproché, un climat de bien-être et de sécurité. On observe le même phénomène au cours des rapports sexuels.

L’ocytocine est l’élixir du souvenir que fournit la nature (le forget- me-not physiologique), qui fait vibrer les voies neuronales et favorise la création de liens, aussi bien chez les humains que chez les animaux.”

Kerstin Uvnäs Moberg, Ocytocine : l’hormone de l’amour, Éditions du Souffle d’Or (2006), p. 98.

Ocytocine et allaitement

L’augmentation du niveau d’ocytocine dans le sang va également de pair avec la diminution du taux d’hormones de stress, ce qui pourrait expliquer que l’un des états les plus fréquemment observés chez les mères qui allaitent est la sérénité. Nombre d’entre elles s’endorment facilement, se sentent plus en harmonie avec leur entourage, n’ont plus forcément les mêmes priorités : elles aspirent à une plus grande simplicité dans leur vie de tous les jours tout en se sentant davantage ouvertes aux contacts et aux interactions sociales.
Au cours d’une tétée, la succion déclenche la libération d’ocytocine dans le sang qui arrive aux cellules myoépithéliales, cellules musculaires côtoyant les cellules productrices de lait dans les glandes mammaires qui vont alors se contracter pour exprimer le lait. Si cet enchaînement réflexe est déclenché régulièrement, il suffit ensuite que la mère voie son enfant, l’entende ou pense à lui pour que ses seins se durcissent instantanément sous l’effet de la pression du lait qui peut alors se mettre à couler.
De plus, l’ocytocine stimule la production de prolactine et d’insuline, favorisant ainsi l’absorption et le stockage des nutriments nécessaires à la constitution du lait. Dans le même temps, elle augmente l’appétit en accélérant la digestion et en améliorant le système de stockage, afin qu’une mère qui allaite soit toujours en mesure de renouveler ses propres réserves tout en offrant à son enfant exactement ce dont il a besoin sur le plan nutritionnel.

De l’importance du toucher

Nous avons besoin de calme et de contact, non seulement pour éviter la maladie, mais aussi pour prendre plaisir à la vie, pour être curieux, optimistes, créatifs. Il est difficile de mesurer scientifiquement ces qualités. Cependant, la recherche peut démontrer qu’un environnement paisible et des relations nourrissantes améliorent la concentration et l’apprentissage. Les enfants stressés ont plus de mal à apprendre que ceux qui sont calmes et se sentent en sécurité.”

Kerstin Uvnäs Moberg, Ocytocine : l’hormone de l’amour, Éditions du Souffle d’Or (2006), p. 38.

À la naissance, un bébé posé à même la peau de sa mère saura de lui-même se déplacer pour trouver le sein et amorcer la succion. Ce faisant, il effectue des mouvements d’enfouissement, de même que de nombreux tâtonnements avec ses mains, qui agissent comme un massage stimulant la production d’ocytocine dans le sang maternel. Cela va provoquer la dilatation des vaisseaux au niveau de la poitrine, donc une production de chaleur, et l’expression de lait, donc la production de nourriture. La chaleur et la relaxation induites par ce contact peau à peau se communiquent de la mère à son enfant, et vice-versa, ce qui crée naturellement un climat de détente et de bien-être propice à l’établissement de liens.
Que l’on soit bébé ou adulte, nous avons tous besoin de contact physique avec ceux que nous aimons. Ce rapprochement nous apporte un sentiment de sécurité et nous aide à nous détendre. Mais le toucher n’a pas seulement un effet calmant, il favorise également la croissance. Sans contact corporel, un enfant aura de nombreuses carences, même s’il bénéficie d’une alimentation adéquate. En effet, l’absence de contact perturbe les processus de digestion tandis que la production d’ocytocine, déclenchée par un contact agréable, favorise le stockage des nutriments indispensables à la croissance. De même, le sentiment de sécurité qui découle du contact initial, créateur de liens entre un enfant et ses parents, perdure, même lorsque ces contacts deviennent moins fréquents et moins intenses, au fur et à mesure que l’enfant grandit. La confiance demeure.

Ocytocine de synthèse

L’ocytocine est naturellement produite par l’organisme et ses bénéfices sont tels qu’il pourrait être tentant d’en fabriquer artificiellement et de l’utiliser comme médicament. L’expérience a déjà été réalisée, notamment à travers la Pitocine, une solution d’ocytocine utilisée en obstétrique pour provoquer l’accouchement et renforcer les contractions utérines, ou encore sous forme de vaporisation nasale pour déclencher le réflexe d’éjection chez les femmes éprouvant des diffi- cultés à allaiter. Le problème de l’ocytocine de synthèse, c’est qu’elle se dégrade très rapidement, à la fois dans le système digestif, ce qui limite son utilisation par voie orale, mais aussi dans le sang, ce qui ne favorise pas davantage son injection. De plus, la barrière hémato-cérébrale (qui empêche la pénétration de substances toxiques dans le cerveau) bloque la neurotransmission. Mieux vaut donc favoriser sa libération naturelle, même dans le cadre thérapeutique, par le biais du massage, par exemple, et profiter ainsi de ses effets bénéfiques sur notre santé, d’autant plus que l’ocytocine de synthèse empêche la production d’ocytocine naturelle, qui est la seule à favoriser l’attachement.


1- Cet état, décrit par Kerstin Uvnäs Moberg dans son livre Ocytocine : l’hormone de l’amour (Éditions du Souffle d’Or, 2006), est lié à la confiance, à la curiosité et à l’amitié, ce qui l’oppose à l’état de lutte-ou-fuite, correspondant à la peur et à la colère. Ces deux états régissent tout notre système biologique. Ils sont aussi indispensables l’un que l’autre : l’un à la défense, l’autre à la croissance et à la récupération. De leur sol- licitation et alternance dépend notre équilibre (entre tension et relaxation ; mobilisation et calme).

* article initialement paru dans le numéro 32 – Novembre-Décembre 2011

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