© Dinh-Guillemette
Notre modèle socio-économique, peu favorable au maternage proximal, est inégalitaire pour le parent non-enceint. La douce fusion des premières semaines s’allonge parfois quelques mois, quelques années, pour celle qui a porté l’enfant. Se tisse alors une fine connaissance du petit être en éveil que développe peu le second parent privé de ce temps qui s’étire. Sans prise de conscience du couple, le second parent devient vite dépassé et la charge mentale de la mère s’alourdit. Rencontre avec deux pères conscients, Morgan et Bao-Anh, pour qui l’implication égalitaire dans l’éducation des enfants qu’ils ont choisi de mettre au monde est une évidence. Morgan est le papa de trois filles de 5 ans et demi, 3 ans et demi et 6 mois. Lui et sa compagne, Sarah, se créent une vie qui correspond à leurs valeurs profondes : bienveillance, égalité des chances et épanouissement de chacun. « Sarah et moi, on a décidé consciemment d’avoir un enfant et quand je suis impliqué j’essaie de comprendre, je m’informe. Pour le deuxième parent, la grossesse est un concept et pour rester impliqué je me suis accroché, en dépit de la gynéco. Il était clair que je serais présent, parce que ce serait mon enfant et pas “l’enfant de ma femme”. C’est sans doute plus facile pour ma génération mais, à un rendez-vous gynéco, il est encore de bon ton d’être assis sur une chaise et de devenir cette chaise. On ne nous demande pas : “Et qu’est-ce que ça amène pour vous ?”. Il ne s’agit pas de tirer la couverture sur les pères, mais qu’on nous demande au moins si on a des questions ! Je suis devenu papa en me créant une place : en posant mes questions durant ces rendez-vous de trente minutes, puis par l’haptonomie et la kiné prénatale. Pour la naissance, je voulais savoir ce que Sarah voulait ou pas ; pas par manque de confiance en les médecins, mais parce que ça pouvait être un job pour moi. Je savais qu’elle ne voulait pas d’épisiotomie. Le simple fait de poser la question a lancé une discussion et je me suis informé. L’accouchement a été long et douloureux mais on avait des outils. Je me suis senti impuissant par moments mais autant qu’elle. J’avais des choses à faire, je m’étais construit un rôle : je la massais, j’avais préparé à manger… Nina est née et je suis devenu papa tout de suite, même s’il a fallu un peu de temps pour construire la relation. Quand j’ai recommencé à travailler après dix jours de congé paternité, je me suis senti dépassé et frustré parce que je ne savais plus lire mon enfant. Sarah me disait “Non, elle a faim. Elle est fatiguée. Tu dois faire comme ça…”. Il a fallu qu’on se dispute pour que j’arrive à exprimer qu’elle m’empêchait de prendre mon rôle de père. On a compris que j’allais devoir parler beaucoup plus et qu’elle allait devoir lâcher beaucoup plus. Depuis, on pratique l’écoute […]

La suite de cet article est réservée aux abonné·e·s

Choisir une formule
d'abonnement
Je suis déjà
abonné·e

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp !
Saisir votre nom ici svp

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.