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Ayant moi-même publié un certain nombre d’ouvrages sur les bébés, l’allaitement, le maternage…, j’ai bien sûr été interpellée par une étude parue l’an dernier qui associait la lecture de livres de puériculture à un risque accru de dépression maternelle1.

J’ai heureusement été rassurée sur la non-nocivité de mon travail (!) en lisant qu’il s’agissait de livres prônant l’adoption de « strict routines » pour élever les enfants, que ce soit en matière d’alimentation, de sommeil, de discipline, etc.
L’étude a porté sur trois cent cinquante-quatre femmes, mères d’un bébé âgé de 0 à 12 mois, et qui avaient utilisé ce genre d’ouvrages. Elle a montré que cette utilisation (c’est-à-dire le fait d’essayer de suivre les conseils donnés dans ces livres) était associée à une augmentation des symptômes dépressifs et du stress, et à une moindre confiance en ses capacités de mère. Celles qui les avaient trouvés utiles se sentaient plutôt mieux, mais elles n’étaient que 22 % dans ce cas. La majorité des femmes ne les avaient pas trouvés utiles, et cela était associé au fait qu’elles se sentaient moins bien : plus de 50 % avaient trouvé qu’ils leur faisaient plus de mal que de bien, d’une façon ou d’une autre, et 53 % s’étaient senties plus anxieuses.
Seules 10 % des participantes avaient trouvé que les conseils donnés dans ces livres avaient contribué à diminuer leur fatigue, tandis qu’une sur six avait eu l’impression qu’elle était vraiment une mère nulle suite à ces mêmes conseils. Elles n’ont pas vu arriver les bonnes nuits de sommeil promises. Et comme le dit Amy Brown, l’une des auteures de l’étude, dans un article2, « dans la mesure où des mères déjà anxieuses et au fond du trou peuvent être attirées par ce genre d’ouvrages en pensant y trouver une solution, la possibilité que cela puisse rendre les choses encore pires pour elles est vraiment préoccupante ».
Et pour elle, si ces livres « ne marchent pas » (enfin, pour leurs auteurs, ils marchent très bien puisqu’il s’en vend des milliers, voire des millions d’exemplaires…), c’est tout simplement parce que les conseils qu’ils donnent contredisent tout ce qu’on sait aujourd’hui des besoins d’un bébé : « Essayer de persuader les bébés qu’ils veulent téter moins souvent, dormir toute la nuit sans se réveiller et rester tranquilles tout seuls dans leur coin va à l’encontre des besoins de développement normal d’un bébé. »

Alors, oui, être parent peut être épuisant. Oui, les nuits hachées de multiples réveils, c’est dur. Oui, on peut avoir l’impression que le bébé « est tout le temps au sein ». Mais savoir que c’est normal, que le bébé n’a pas de « problème », aide bien souvent à mieux le vivre. Bien mieux en tout cas que toutes les recettes miracle contenues dans les livres en question.
Je continuerai donc à écrire sur les besoins des bébés et les façons d’y répondre. En espérant juste ne pas avoir moi aussi augmenté l’anxiété d’un parent qui ne se sentirait du coup pas à la hauteur…
Cela ne concerne d’ailleurs pas que les livres sur les bébés. J’en veux pour preuve la chronique3 écrite par Neal Thompson, un journaliste américain, où il explique « avoir délaissé la littérature parentale jusqu’à l’adolescence de ses enfants » pour y revenir en force à ce moment-là, jusqu’au jour où son aîné « a glissé une note dans un livre intitulé : Comment élever un enfant de sorte qu’il ne prenne pas de drogue. Sur le morceau de papier était inscrit :SÉRIEUSEMENT ?! ARRÊTE DE LIRE DES LIVRES SUR COMMENT M’ÉLEVER ! »


V. Harries & A. Brown, The association between use of infant parenting books that promote strict routines, and maternal depression, self-efficacy, and parenting confidence, Early Child Development and Care 2017, en ligne le 14 septembre.
2 « Are baby advice books making mothers depressed and anxious ? », https://theconversation.com/are-baby-advice-books-making-mothers-depressed-and-anxious-83992
3 « This Father’s Day, I’m tossing all the advice I’ve gotten from guilt-inducing parenting books » (soit : « En ce jour de fête des pères, je mets à la poubelle tous les conseils tirés de livres sur la parentalité culpabilisants », www.nouvelobs.com/rue89/notre-epoque/20180615.OBS8222/fete-des-peres-ce-qu-il-y-a-de-maso-a-acheter-des-livres-pour-mieux-comprendre-vos-ados.html)

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