Sophie Elusse
Sophie Elusse

Si l’on en croit la catégorisation systématique dont ils font l’objet, que ce soit dans les magasins, les catalogues ou les boutiques en ligne, les jouets seraient forcément différenciés selon qu’ils sont destinés aux filles ou aux garçons. En étant conscient de l’ampleur de ce phénomène de discrimination sexiste dont les enfants font les frais dès le plus jeune âge, nous pouvons suivre des chemins de traverse afin de transmettre d’autres valeurs à nos enfants que celles des stéréotypes de genre qui sont la norme dans notre société.

Les jouets sont culturellement marqués. Ils varient selon les sociétés, d’une époque à l’autre, d’un lieu à un autre, d’une classe sociale à l’autre et selon s’ils sont destinés à un sexe ou à l’autre. Dans l’Antiquité, les petites filles jouaient avec du mobilier miniature et des poupées, les petits garçons avec des bateaux ou autres moyens de transport, miniaturisés également, et de petites figurines d’animaux. À l’époque médiévale, les fils de seigneurs étaient initiés à la guerre à l’aide de chevaux de bois et d’arcs adaptés à leur taille ; quant aux filles, on leur enseignait l’art de rester au foyer. Le jouet oriente l’enfant vers les valeurs de la société dans laquelle il vit. Et nos choix, à travers les jouets que nous proposons aux enfants, s’inscrivent aussi, consciemment ou non, dans ces valeurs, qu’elles suivent celles qui prédominent dans notre société ou, au contraire, qu’elles cherchent à s’en démarquer. Ainsi, dans une société de consommation telle que la nôtre, le jouet est devenu un bien de consommation comme un autre. Les enfants, cibles des stratégies marketting déployées pour vendre toujours plus, tout comme leurs parents, échappent difficilement aux codes préexistants, dans l’industrie du jouet comme ailleurs, qui les orientent vers les comportements que l’on attend d’eux en tant que petit garçon-futur homme et petite fille-future femme.

Bleu pour les garçons, rose pour les filles

Ce code de couleur, bien connu de tous, se retrouve non seulement dans les jouets mais également dans les vêtements et accessoires destinés aux enfants ou encore dans le matériel de puériculture qui se décline bien souvent en deux univers distincts : l’un réservé aux filles, où fleurs, princesses et couleurs pastel dominent, l’autre aux garçons, avec plutôt des couleurs vives, des héros prêts à combattre et des moyens de locomotion. L’origine de cette distinction associant sexe et couleur n’a pourtant pas toujours été. Elle remonterait au début du 20e siècle, quand une sage-femme, en Italie, se mit à utiliser des rubans de couleur pour distinguer les nouveau-nés filles des nouveau-nés garçons1. Les jouets, et tout l’environnement lié à la petite enfance, ont alors suivi cette mode qui s’est rapidement répandue. C’est ainsi que se sont déclinés au fil du temps, pour devenir de plus en plus nombreux et sophistiqués, les jouets estampillés « fille » et leur corollaire « garçon » : […]

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