© Sophie Elusse
L’arrivée d’un enfant est un bouleversement pour toute la famille, y compris pour les grands-parents, en particulier quand ceux-ci accèdent à ce statut pour la première fois. Les rôles sont redistribués, chacun doit s’approprier sa nouvelle place et cela ne se fait pas toujours sans difficulté. Des tensions peuvent apparaître, des conflits latents exploser et les relations entre parents et grands-parents en pâtissent, parfois jusqu’à la rupture. Pourtant, les grands-parents sont ceux qui permettent l’inscription de l’enfant dans la chaîne des générations : « La relation aux grands-parents permet aux petits enfants de savoir d’où ils viennent, dans quelle famille ils sont nés. Ils sont pour eux “les figures privilégiées […] sur lesquelles projeter ce désir existentiel d’inscription dans la succession des temps”.1 », écrit Claude Didierjean-Jouveau. James Akré2 les définit quant à lui comme des « maillons, singuliers et indispensables, de la chaîne ininterrompue de [son] ascendance familiale » car, ajoute-t-il, « la place, et donc la signification, de l’individu se situe non pas en isolation […], mais toujours en rapport aux autres membres de la famille élargie, à la fois ceux qui sont venus avant nous et ceux qui viendront après.3 »

Points de vue d’experts contre pratiques ancestrales

Même si on en est loin aujourd’hui, traditionnellement, dans toutes les cultures, c’étaient les mères qui accompagnaient leurs filles ou belles-filles lors de l’accouchement. Les premières sages-femmes ont donc été les grand-mères. Ce rôle d’accompagnement et de transmission a été peu à peu éclipsé à mesure que la naissance s’est médicalisée. Si le maternage et l’éducation ont donc d’abord été affaire de transmission, cela a progressivement changé avec l’avènement des « experts » en puériculture dont l’ascendant n’a cessé de croître tout au long du 20e siècle. Cette évolution peut d’ailleurs être rendue en partie responsable des divergences de points de vue entre parents et grands-parents en ce qui concerne l’éducation. En effet, ainsi que l’explique Claude Didierjean-Jouveau, les consignes de ces nouveaux « experts » ayant régulièrement changé en même temps que ces derniers critiquaient ouvertement les pratiques présentées comme « archaïques » des grands-mères (pratiques qui étaient bien souvent celles prônées par les « experts » de la génération précédente…), cela n’a fait qu’accentuer les divergences et attiser le conflit. En outre, ajoute-t-elle, « Aujourd’hui, alors que se répandent de plus en plus des pratiques inspirées d’un maternage proximal, peu connues voire décriées par les générations précédentes, le conflit peut être particulièrement vif entre nouveaux parents et grands-parents au sujet des méthodes éducatives.4 » Il arrive aussi que, malgré les divergences apparentes et/ou initiales, parents et grands-parents se rejoignent finalement en trouvant (ou retrouvant !) leurs pratiques de maternage, qu’ils se découvrent communes. Stéphanie, jeune maman, en témoigne dans le livre de Claude, racontant qu’à l’arrivée de sa fille, ses parents comme elle s’entêtaient dans les pratiques recommandées dans les livres de puériculture (bébé dans son […]

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