© Nehemie Nelson
Nous avons le bonheur de vivre avec une enfant hypersensible qui donne tout son sens à la notion d’émerveillement. Chez elle, tout est intense : une musique, un arc-en-ciel, un livre peuvent déclencher des scènes de joie authentique ou de profonds bouleversements. Et pour son âge (6 ans), elle fait preuve d’une qualité d’écoute et d’une empathie déroutantes. Mais comme tout enfant ultrasensible, il lui arrive d’être dépassée par ses émotions – ou de littéralement absorber celles des autres – et de développer des peurs et des angoisses qui la paralysent. Nous avons appris à gérer ces situations avec elle au fil du temps, mais une expérience récente a mis notre famille et nos convictions à rude épreuve. Comment faire face aux peurs et aux angoisses de nos enfants quand ces dernières frôlent, de notre point de vue du moins, l’irrationnel ? Après un premier semestre 2020 pesant et tourmenté, nous avons fait le choix de partir en vacances pour nous évader et nous délester de la charge mentale imposée par le premier confinement entaché par une épreuve douloureuse dans la famille. Direction l’océan, avec toutes les promesses qu’il incarne pour les Jurassiens que nous sommes. Si l’air marin a eu des vertus ressourçantes pour tous les autres membres de la famille, ce fut un cauchemar pour ma fille qui a vu le danger partout : dans la marée qui pourrait l’engloutir, dans l’eau après avoir vu des méduses échouées ou encore face à l’horizon où elle pourrait se perdre1. Dans un premier temps, il nous a été difficile d’accorder de la légitimité à ces angoisses, car nous avions tous besoin de souffler et de partager des moments joyeux, tous ensemble. Son attitude générait de l’incompréhension et des frustrations qui n’étaient pas compatibles sur le moment avec la bienveillance et l’écoute auxquelles elle avait droit.

L’effet boule de neige

D’autres peurs se sont rapidement installées : l’orage, la pluie, la nuit. Il n’y avait que sous la tente ou dans la voiture qu’elle parvenait à s’apaiser. Nous avons pensé au syndrome de la cabane, qui crée chez certains une peur de s’ouvrir vers l’extérieur après une période de repli sur soi, en sécurité dans sa bulle familiale (comme lors du premier confinement). Mais de retour à la maison, et malgré plusieurs tentatives de socialisation ou de sorties à son rythme, rien n’évoluait dans le bon sens. Même les sorties dans la nature, qu’elle affectionne tout particulièrement, se transformaient en calvaire. Sa grande sœur, qui forme avec elle un duo inséparable, commençait elle aussi à lui en vouloir. On cherche, on échange, on essaie de comprendre. L’océan n’est pas la source du problème, mais l’élément déclencheur qui a réveillé chez elle une somme d’angoisses qu’elle ne parvient pas à contrôler. Ne pas savoir comment apaiser son enfant qui souffre et qui ne comprend pas elle-même ce tourbillon d’émotions qui la tétanise à chaque instant devenait […]

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À la naissance de mes enfants, j'ai pris mon rôle de papa très à cœur. Je me suis progressivement ouvert à la bienveillance éducative, au portage, au co-sleeping, à l'allaitement long, à l'expression des émotions et dernièrement à l'IEF. J'ai rapidement trouvé dans Grandir Autrement l'accompagnement dont j'avais besoin pour éclairer mon propre cheminement de père. Traducteur et écrivain public, j'ai toujours évolué dans le milieu de l'écriture et c'est presque naturellement que j'ai soumis au cours de l'été 2019 ma première chronique au magazine qui avait lancé un appel pour recevoir des témoignages de papa. Je n'ai pas de formation particulière, juste mon expérience de père et l'envie d'échanger sur les merveilles/difficultés de la paternité et sur le monde qui reste à créer pour nos enfants.

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