© Nehemie Nelson

Depuis des milliers d’années, la captivité des animaux destinés au divertissement est banalisée au titre de la supériorité de l’homme sur l’animal. Malgré la reconnaissance officielle de ce dernier en tant qu’« être sensible » par l’Union Européenne dans le traité d’Amsterdam en 19971, zoo, cirque, delphinarium (...) continuent d’être considérés comme des loisirs traditionnels. Souvent destinées aux enfants avec la meilleure intention du monde, pour faire voir et découvrir une espèce et malgré les remises en question du public et des associations militantes, ces structures subsistent en se défendant, parfois avec sincérité, de ne pas maltraiter les animaux.

Exhiber, voir et faire voir des animaux sauvages en captivité ne date pas d’hier. Si la longévité de la pratique ne l’excuse pas, il est intéressant de se pencher sur les « racines du mal ». Cette « tradition  ancestrale » remonte aux démonstrations d’animaux exotiques dans les jeux du cirque sous l’Antiquité tout à la gloire des empereurs successifs. Ont suivi les montreurs d’ours médiévaux et forains présentant divers spectacles de dressage dans les villes puis les ménageries aristocratiques, destinées aux rois, princes et empereurs qui faisaient importer des animaux sauvages issus des premières expéditions coloniales (dont la plupart mourrait durant le périple en bateau qui durait des semaines). Peu après la Révolution française, afin de rendre accessible à tous ce qui n’était alors que l’apanage des princes, les premières ménageries ouvertes au public, gratuites ou accessibles financièrement ont fait leur apparition. Peu après, de grands zoos urbains se sont érigés au début du 19e siècle, âge d’or des empires coloniaux fiers de leurs démonstrations de puissance. Ainsi, durant des siècles, l’animal captif a servi de faire valoir à l’homme, qui l’utilisait pour démontrer sa supposée supériorité.

Les zoos humains et la prise de conscience

Le 19e siècle voit aussi l’arrivée des exhibitions des espèces humaines dites primitives (Pygmées ou encore Lapons...) destinées au public (divertissement auparavant réservé aux rois et empereurs) jusqu’à l’arrivée de zoos humains clamant l’indiscutable suprématie de l’homme blanc occidental. La pratique fit enfin scandale lors de l’exposition coloniale de Paris en 1931 qui mettait en scène des villages où les habitants captifs devaient mimer la vie quotidienne qu’ils avaient perdue sous le regard de milliers de curieux. Fort heureusement, l’exhibition fut stoppée sous l’influence du pasteur Maurice Leenhardt, du père Bazin et des Maristes, de la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen et du pasteur Soulier, député de Paris. Ce dernier cas est bien la démonstration que ces asservissements, justifiés par les coutumes et faisant partie de la culture populaire, ne semblent plus immuables face à l’éveil des consciences.

Des spectres d’animaux déracinés errant dans un milieu factice

Car lorsqu’une famille se promène dans un zoo, que voit-elle ? Quand elle croit voir une girafe, elle n’en voit que le spectre déraciné errant dans un milieu clos et factice ne lui permettant pas de développer ses capacités […]

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