© Jenny Balmefrézol
Vivant majoritairement dans le sud de la République centrafricaine et dans le nord de la République démocratique du Congo, les Akas sont un peuple pygmée nomade connu entre autres pour sa musique polyphonique (leur tradition orale fait partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis 2003). En 2005, ce ne sont pas leurs talents musicaux qui sont mis sur le devant de la scène mais la place occupée par les pères Akas dans le soin apporté aux enfants : ils sont sacrés meilleurs pères du monde1 !

Et il y a de quoi être impressionné par ce peuple où les pères s’occupent presque autant des enfants que les mères. Les pères Akas passent plus de 47 % de leur temps à prendre soin de leurs petits, pendant que les femmes sont parties à la chasse ou à la cueillette. Le partage du soin apporté aux enfants est représentatif de la répartition des tâches chez les Akas : les travaux de la vie courante sont effectués par les deux sexes, qu’il s’agisse de la chasse, de la cuisine, des enfants… Certains postes prestigieux de la tribu sont, cependant, réservés aux hommes2. Mais tout de même, en comparaison avec n’importe quelle autre société, les hommes Akas passent énormément de temps avec leurs enfants. Et pas n’importe comment… En effet, tout comme les mères, les pères portent leurs enfants, mais leur proposent aussi, pour les apaiser, leurs mamelons à téter. Oui, vous avez bien lu, les bébés Akas tètent leur père.

Un homme qui allaite ?

Charles Darwin se demandait quel était le rôle des seins masculins et supposait qu’ils étaient la preuve d’un allaitement chez les premiers hommes, allaitement qui aurait été abandonné au fil du temps, faisant ainsi de la lactation masculine un vieux souvenir. Malgré ce que l’on pourrait penser, les hommes sont physiologiquement équipés pour allaiter : ils sont pourvus de glandes mammaires et d’une hypophyse (qui sécrète de l’ocytocine et favorise l’éjection du lait). En revanche, ils produisent de la dopamine qui vient bloquer la production de prolactine (qui déclenche la lactation). A priori, donc, les hommes ne peuvent pas allaiter. Pourtant, dans certaines circonstances, c’est possible. Si le mamelon est suffisamment stimulé, cela peut créer un déséquilibre hormonal qui déclenche la production de lait chez l’homme (comme c’est le cas chez certains pères Akas). Dans certains cas extrêmes, des pères ont réussi à nourrir leurs enfants : un père sri lankais, B. Wijeratne, a ainsi réussi à allaiter ses deux bébés après la mort de son épouse3. Une histoire qui montre qu’en cas d’urgence, un père peut modifier son fonctionnement hormonal pour nourrir ses enfants et les apaiser.

Le regard occidental sur l’allaitement masculin

Dans la plupart des sociétés, l’allaitement masculin est au mieux une bizarrerie, au pire une pratique […]

La suite de cet article est réservée aux abonné·e·s

Choisir une formule
d'abonnement
Je suis déjà
abonné·e

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp !
Saisir votre nom ici svp

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.