En août 2018, Greta Thunberg, 15 ans, indignée par le manque d’engagement des politiques suédois face à l’urgence climatique, s’assoit pendant trois semaines devant le parlement de son pays au lieu d’aller à l’école. Son acte déclenche un mouvement mondial d’une nature sans précédent : interpellés par son message et sa détermination, des milliers d’adolescents se mobilisent à leur tour. « Fridays for Future »1 (FFF), le mouvement de grève scolaire et étudiante pour le climat, regroupe aujourd’hui treize millions de personnes sur tous les continents. Rencontre avec David et Pablo, deux jeunes activistes.

Pablo finit ses études d’anthropologie sociale. Il a 24 ans et s’occupe au sein de FFF Madrid d’in- former les jeunes dans les écoles sur l’environne- ment. Il m’explique qu’avant FFF, l’engagement pour le climat se faisait dans des structures bien établies (Greenpeace, Ecologistas en Acción...). Pendant ses études, devenu plus conscient, il a eu envie de s’engager politiquement pour la planète, mais pas comme ça. « Je n’aurais jamais imaginé qu’un mouvement collectif sans “leaders” puisse être créé à cette échelle. FFF n’est pas une association, ni lié à un parti politique, ni un lobby. C’est un mouvement politique, car tout est politique dans notre société, mais créé, géré et auto-financé par des jeunes de 15 à 26 ans. Tout se passe de manière non hiérarchisée et c’est cette horizontalité qui me plaît. La moyenne d’âge est de 18/20 ans et il n’y a pas de différence dans les rôles de chacun. On essaie d’être le plus inclusif possible, que tout soit facilement compréhensible par tous. Il y a des jeunes de 15 ans qui s’occupent des relations avec les ONG. On s’inspire de l’éco-féminisme pour assurer l’équilibre des genres. »

David, 18 ans, a aussi rejoint FFF à Lisbonne, dès le début. Son parcours est particulier : il a grandi dans une communauté pionnière très impliquée dans la création d’un nouveau modèle de coopération entre l’humain et la nature, Tamera2 . Il se rend compte qu’en baignant dans une conscience écologiste dès sa naissance, il a intégré nombre de valeurs et de comportements que ses pairs découvrent et adoptent bien plus tard.
« Au travers de Tamera et de mon école3, j’ai pris conscience des problèmes environnementaux et participé à plusieurs manifestations et événements contre les fractures hydrauliques et les forages au Portugal. J’ai appris à mettre mon énergie au service de ce que je veux et à faire entendre ma voix. J’ai commencé à réfléchir à la manière dont je pourrais changer individuellement les choses, quels peuvent être mon action, mon projet, et comment se soutenir les uns les autres.
Il y a deux ans, j’ai emménagé à Lisbonne, avec un ami, pour étudier dans une école secondaire artistique de 1 300 élèves. Un grand changement pour moi ! Mon école est assez alternative donc beaucoup se rendent aux manifestations.
Je ressens une différence avec la plupart de mes nouveaux amis et c’est aussi ce que je voulais découvrir. J’ai grandi dans une culture différente, avec des habitudes faites pour servir la planète, comme ce que prône FFF. C’est beau de rencontrer des gens qui recherchent et découvrent par eux-mêmes parce qu’ils en ont ressenti l’appel, qu’ils engagent leur responsabilité personnelle et que par cela nous nous rencontrons. »

Engagement et initiation

Par leurs actions de masse, ce que ces jeunes réclament c’est le respect des accords de Paris (limiter l’augmentation de la température globale), assurer la justice et l’équité climatique et écouter les scientifiques.
David déplore que « notre société valorise la science et utilise les scientifiques comme des guides sûrs, mais quand il s’agit du climat, nous ne l’écoutons pas. Nos actions affectent le climat et nous affectent tous à l’échelle planétaire. Or, de manière schématique : le Sud, qui pollue moins que le Nord, souffre davantage de la pollution car il n’a pas les infrastructures suffisantes pour y faire face. Nous demandons aux gouvernements du Nord d’assumer leur responsabilité et de payer pour soutenir le Sud ».
La notion de responsabilité, qui se dessine sous le concept de justice climatique, revient en écho au niveau individuel. Pour David, on devient adulte « lorsqu’on décide d’assumer nos responsabilités envers nous-mêmes et envers les autres ».

S’engager pour le climat pourrait-il être une forme de rite de passage collectif, une initiation en masse vers l’âge adulte ? Toko-pa Turner4, autrice, nous invite à revoir notre regard sur la rébellion chez les adolescents. Elle nous rappelle que nombre de cultures reconnaissent avec révérence la valeur de cet âge et voient la confrontation comme nécessaire et garante de la durabilité de la société. Les jeunes sont invités à contribuer en exprimant leur désaccord et leur sens de l’injustice, émanation de leur source vive d’énergie créatrice. Il est, selon elle, de la responsabilité des aînés de reconnaître quand la dynamique de vie s’inverse, d’accepter d’écouter la critique de ce qu’ils ont fait, et « […] d’inviter les nouveaux adultes sur un siège d’autorité dans notre cercle d’appartenance en leur demandant de galvaniser nos structures démodées […] ».
Pablo explique qu’en Espagne FFF collabore étroitement avec deux autres mouvements : Madres por el climat (Mères pour le climat) et Teachers for Future (Professeurs pour le futur) qui les invitent dans les écoles. David, lui, souhaite plus encore de transmission entre vieux militants écologistes, anciens des tribus indigènes et jeunes activistes « pour allier énergie et sagesse » !

Plus de liens

De par son expérience de vie communautaire, David pose un regard humaniste et sensible sur FFF : « Le cœur de l’action de FFF est de transmettre de manière très compréhensible aux élites des objectifs rationnels pertinents. Selon moi, pour que notre vision soit complète, il faut trouver l’équilibre entre action individuelle et action collective.
Avant FFF, la lutte contre le réchauffement climatique passait surtout par des actions individuelles. Maintenant, cela prend la forme de grands rassemblements qui s’adressent aux dirigeants. J’ai la vision d’un système décentralisé qui combine ces deux qualités, en créant des groupes plus personnels, de quinze personnes, qui définissent ce qu’elles veulent accomplir, se soutiennent mutuellement dans leurs choix individuels et participent aux grandes actions.
Avec un ami, on a lancé un petit groupe issu de FFF et d’Extinction Rebellion. On échange tous les mois dans un studio de yoga qu’on nous prête gratuitement. Nous parlons de nos problèmes quotidiens et voyons comment nous pouvons nous soutenir les uns les autres. Notre idée c’est de partager ce modèle pour inspirer les autres. Avant le COVID-19, nous avons organisé un temps communautaire avec quelques autres jeunes en plus. On a dormi en étoile, on a fait des cercles de partage, de la danse-contact, on a cuisiné végane. On le refera. Pour l’instant on fait des vidéo-conférences… »

Dans la matière

Dans le groupe de Pablo, la sensibilisation consciente est plutôt en toile de fond ; l’accent porte peu sur les actes individuels et plus sur la diffusion d’informations et du discours politique.
David, lui, a décidé de combiner ses études de conception de produits à son engagement politique pour « mettre dans la matière » ses idéaux et « personnaliser les concepts, les valeurs » qui lui tiennent à cœur. « J’ai réfléchi ces dernières années à comment contribuer et servir les autres et développé un projet clair que je mets en œuvre maintenant. Je veux combiner l’architecture et le design pour servir les objectifs que je défends. J’ai créé un module pour jardin qui rassemble un lieu d’interaction sociale (un banc avec une table) et des buttes fertiles. On peut y déjeuner et faire pousser de la nourriture en permaculture ; tout cela avec des matériaux simples. Je suis en contact avec le directeur de mon école et quelques professeur.e.s. Je construis le prototype ici dans l’atelier de Tamera et j’ai obtenu des subsides de la mairie. »


1 https://fridaysforfuture.org (les vendredis pour le climat).
2 tamera.org
3 www.escola-da-esperanca.org
4 Belonging, Remembering Ourselves Home, Toko-pa Turner, Éditions Her Own Room Press (2017).

 

Maman de deux enfants nés en 2011 et 2014, j’ai cheminé dès ma première grossesse vers une maternité plus verte et plus douce. J'étais déjà engagée dans une voie d'écologie intérieure et extérieure, mais la maternité m'a poussée plus en avant encore à remettre en question mes choix de vie et mes conditionnements. J'ai eu la chance de découvrir Grandir Autrement dès ma première grossesse. Mon fils est né dans la « salle nature » d’une maternité bruxelloise et ma fille à la maison. Je les ai allaités longtemps. Leur père et moi avons découvert avec joie l’univers du portage et de l'hygiène naturelle infantile. Nous avons signé avec nos bébés : quelle joie de communiquer avec eux si petits ! Suite aux allergies de mon fils, nourrison, nous sommes devenus vegan (j'étais végétarienne depuis 1999). Après quelques années d'unschooling nous avons co-créer des projets “d’écoles sauvages” avec d'autres familes, inspirées par Summerhill et les « forest-schools ». Je connais l’épuisement maternel pour y avoir plongé à plusieurs reprises, et j’ai appris au fil des ans, à lâcher mon idéal de mère parfaite et rechercher un équilibre femme/mère qui m’épanouie. Je fais de mon mieux pour ne pas reproduire la violence éducative ordinaire reçue, perçue, hier et aujourd’hui. L'écriture d'un blog a accompagné mes questionnements de maman dès le début, pour prendre du recul et partager mes apprentissages. Jécris pour Grandir Autrement depuis le n°59 et collabore comme photographe depuis le n°53. Je suis rédactrice mais aussi masseuse, énergéticienne, facilitatrice d’espace dansés, photographe, bloggeuse et auteure d’un livre pour enfant : Charlie et le petit frère, auto-édité. J’aime jongler avec mes habilités. Dans les épisodes précédents de ma vie, j’ai étudié les sciences économiques et la politique internationale. Je suis heureuse d’œuvrer tel un colibri pour une nouvelle culture, guidée par l’amour et le respect de soi, des autres et de tout ce qui nous entoure.

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