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Pour l’entrée au collège, on a le choix : carottes râpées, concombre sauce blanche, salade de tomates. Moi, je n’ai rien pris, j’avais l’estomac quelque peu noué. Il me souvient, ces jours anciens d’automne rue des Pyrénées, entre les murs du collège appelé depuis Françoise Dolto, au cœur des vingtièmes siècle et arrondissement. À cette époque, les marrons jonchaient la cour, envolaient les moineaux, heurtaient les fronts, brisaient les vitres, énervaient les pions et maculaient d’encre les carnets de correspondance. Ah les marrons ! C’était chaud ! On ne pouvait les manger, alors ceux d’en face dégustaient. Ah, marrons d’automne qui remplaciez les châtaignes distribuées le reste de l’année, je vous chéris comme une madeleine. Depuis, j’ai perdu le nord pour gagner le Sud, l’Amour et une enfant ; puis une séparation. Je suis dorénavant un père des semaines impaires sous le soleil exactement. N’étant plus concubin, mais « collègue » avec la mère de ma fille qui grandit autrement que prévu, nous prenons des décisions collégiales, la plupart du temps. Je suis son compère ; elle, ma commère.

« Tu rigoles, ou quoi ? »

De l’origine du monde, ma fille est sortie, a été bercée à la crèche, s’est rendue en maternelle, puis en primaire. Aujourd’hui, elle est entrée dans un collège de France du nom d’un maréchal. Nous avions assisté, ma commère et moi, à deux réunions de pré-rentrée qui ont duré mille ans, voire un million de minutes (« Horloge, dieu sinistre1 »). Qu’en ai-je retenu ? La prochaine, nous alternerons notre présence. Le matin de l’entrée au collège, c’est sa maman qui l’a déposée. Nous avions pensé qu’il était inutile d’y aller en meute. Ma fille a posé pour la photo rituelle, puis a couru retrouver les copains et les copines bronzés devant le portail. Même si mes vacances s’étiraient, j’étais réveillé, j’avais mal dormi. J’ai reçu la photo en temps et en heure. À midi, je suis allé la chercher à la sortie. Pour bisou, j’ai reçu un coup de joue. Oh ! « Tu rigoles, ou quoi ? », lui ai-je dit, le cœur meurtri. Moi, je voulais un bisou. Je l’ai eu. Quand il a fallu traverser l’avenue, j’avais déjà remarqué que de se tenir la main semblait la gêner un peu en fin de primaire, le premier jour de collège, je n’ai plus eu de doute. Pas de main tendue, il suffisait pour elle de regarder à gauche et à droite. « Oh, tu rigoles, ou quoi ! », lui dis-je, et je sentis sa petite main grandir dans la mienne. Cela m’a ému. Sur le chemin du retour, comme les fontaines qui jonchent les rues de notre ville, elle était intarissable sur sa matinée. Inutile de lui poser des questions, elle avait réponse à tout sans encore rien savoir.

Les profs

Nous en sûmes un peu plus les jours suivants. Il n’y a pas de marronniers dans la cour. En ce qui concerne […]

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