© Sylvie Durand
Maria Montessori avait longuement observé cette capacité qu’ont les enfants de se plonger totalement dans une activité, à partir du moment où celle-ci correspond à des besoins déterminés par la période sensible qu’ils sont en train de vivre. Autrement dit, l’enfant, lorsqu’il agit en accord avec ses « passions psychiques1 » du moment, se trouve dans un état caractérisé notamment par une concentration intense et une profonde satisfaction. Elle avait également remarqué que les enfants, autonomes, laissés libres d’être à l’écoute de leurs propres attirances pour telle ou telle tâche, devenaient plus calmes, plus sereins, plus confiants, plus ancrés dans la réalité, et beaucoup moins sujets à la confusion et aux débordements émotionnels intenses. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec ce que le psychologue Mihalyi Csikszentmihalyi a nommé état de flow ou expérience optimale, c’est-à-dire « la joie, la créativité et le processus d’engagement total face à la vie2 ». Voici de manière détaillée la définition retenue par l’European Flow Researches Network depuis 2014 : « Il s’agit d’un état d’épanouissement lié à une profonde implication et au sentiment d’absorption que les personnes ressentent lorsqu’elles sont confrontées à des tâches dont les exigences sont élevées et qu’elles perçoivent que leurs compétences leur permettent de relever ces défis. Le flow est décrit comme une expérience optimale au cours de laquelle les personnes sont profondément motivées à persister dans leurs activités. De nombreux travaux scientifiques mettent en évidence que le flow a d’importantes répercussions sur l’évolution de soi, en contribuant à la fois au bien-être et au bon fonctionnement personnel dans la vie quotidienne3 ». Se trouver fréquemment dans cet état de flow permet de ressentir un profond sentiment de bien-être, de plénitude, d’enthousiasme, de motivation à apprendre. La non-récompense favorise le développement d’une personnalité autotélique, c’est-à-dire indépendante, qui s’accomplit par elle-même, sans être motivée par autre chose que l’activité en elle-même. Maria Montessori avait observé cet état dans lequel les enfants étaient plongés lorsqu’ils étaient concentrés sur une tâche, et l’état de bien-être qui suivait si on laissait l’enfant poursuivre son cheminement jusqu’au bout, sans intervenir s’il ne l’avait pas demandé. Elle avait constaté que l’enfant, à l’écoute des appels de ses périodes sensibles, expérimentait, jusqu’à effectuer la même tâche des dizaines et des dizaines de fois, dans le seul but d’élaborer ses propres fonctions. C’est pour cette raison que l’apport extérieur d’une quelconque récompense est inutile. L’expérience optimale est synonyme d’ordre dans la conscience. Mihalyi Csikszentmihalyi explique que « lorsque l’information qui entre dans la conscience est congruente avec les buts, l’énergie psychique coule sans effort, les préoccupations à propos de soi sont absentes et le message est positif : “tout va bien”.4 » Les périodes sensibles décrites par Maria Montessori sont comparables aux « intentions » dont parle le psychologue, qui agissent en attirant l’attention d’un individu sur certaines choses plutôt que […]

La suite de cet article est réservée aux abonné·e·s

Choisir une formule
d'abonnement
Je suis déjà
abonné·e

LAISSER UN COMMENTAIRE

Saisissez votre commentaire svp !
Saisir votre nom ici svp

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.