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L’école a deux visages. L’un est celui d’un lieu émancipateur, qui apporte instruction et passeport pour un avenir épanouissant. L’autre est celui d’un lieu auquel on ne peut échapper et contre lequel il est difficile de se rebeller, même à l’âge adulte. Détestée par beaucoup, critiquée sur ses résultats, l’école de la République a pourtant un poids immense dans notre société.

La croyance populaire raconte que l’école a été inventée par Charlemagne. Elle existe en réalité depuis l’Antiquité. Mais il est vrai que Charlemagne a travaillé à la création de nombreuses écoles en France, régies par les abbés et ouvertes à tous les garçons, quelle que soit leur origine sociale. Sous l’Ancien Régime se développent les « petites écoles », qui sont des écoles paroissiales, dont le rôle est de donner une instruction de base aux enfants. Le roi Louis XIV enjoint tous les parents à scolariser leurs enfants dans ces écoles catholiques dans le but de lutter contre le protestantisme, mais le taux d’alphabétisation reste faible. En 1792, Condorcet développe un projet d’instruction publique basé sur la laïcité, l’égalité et la liberté, sans obligation scolaire. Le projet n’est jamais voté. En 1793, l’idée d’une instruction publique laïque, gratuite et obligatoire est avancée par Louis Joseph Charlier. Un enseignement d’État voit le jour deux ans plus tard, mais l’obligation scolaire a disparu. Le but est clairement de transmettre les valeurs révolutionnaires. En arrivant au pouvoir, Napoléon Bonaparte rétablit les écoles religieuses. L’ouverture des écoles étant lente, l’école mutuelle se développe fortement. Elle était ouverte à tous : ceux qui savaient lire, écrire et compter l’enseignaient aux autres. Comme nous le verrons plus loin, c’est un modèle qui ne convenait pas à tous, et elle est interdite en 1824 par le Pape Léon XII. C’est en 1880 que Jules Ferry rend l’école laïque, obligatoire et gratuite. Paul Bert affirme cette volonté de laïciser l’école et de remplacer l’enseignement religieux par l’éducation civique en déclarant que l’école est « notre église laïque à nous, où l’on enseigne des vérités scientifiques et démontrables…, où l’on enseigne les vertus civiques et la religion de la Patrie1 ». L’école de Jules Ferry arrive à un point de rupture dans les années 1960 jusqu’à la révolution de Mai 68. Les conditions d’enseignement se modernisent. Depuis, l’école subit régulièrement des réformes, suivies d’effets plus ou moins visibles. Quoi qu’il en soit, on ne peut dire, aujourd’hui, que l’école joue son rôle d’ascenseur social : comme le montrent déjà Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron en 19642, le pourcentage de personnes issues de milieux populaires accédant aux études supérieures est très faible. L’école est, la plupart du temps, un lieu où se perpétuent et sont légitimées les inégalités sociales.

L’école mutuelle

Prenons l’école mutuelle, qui était un modèle d’école collaborative, où chacun pouvait transmettre à l’autre son savoir, quel que soit l’âge. Cela fonctionnait si bien que les élèves apprenaient à […]

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