© Victorine Meyers
Sacrée corvée ou source de bonheur, mauvais calcul ou belle surprise, sauveur du couple, signe du renouveau pour le foyer… Cet enfant arrive un jour comme un cadeau ou comme un intrus. Il n’est même pas encore né que tout le monde l'appelle déjà « le petit dernier ».

Je suis “le petit dernier” de la famille », racontait Antoine1, 38 ans. « Je me souviens de ma mère en train de parler de moi avec sa meilleure amie qui habitait dans notre immeuble. Elle me comparait tout le temps avec mes frères et sœurs, surtout avec mon “grand frère” qu’elle appelait fièrement “mon grand”. Je me souviens des phrases dites avec un ton chargé de compassion : “Ma pauvre, quel corvée ce petit dernier ! Si seulement tu pouvais le faire grandir en un claquement de doigts pour éviter de te baisser et de supporter tous ces caprices qu’il te fait.” Puis cette femme tournait la tête vers moi en se plaignant “Je t’entends jusqu’au troisième étage jeune homme !” Et puis ma mère répondait quelque chose comme : “Oui ma chère, heureusement que mon grand s’occupe bien de lui”. Ce type de conversation ne s’est pas produite qu’une seule fois. Je pense que c’est d’ailleurs pour ça qu’elle est bien restée dans ma tête. Jusque-là, je me sentais tellement insignifiant, petit et dernier, tellement coupable du fait même d’être né, d’exister, de faire partie de cette famille qui devait s’occuper de moi. Et puis un jour, comme par magie, ma mère a ajouté une nouvelle phrase à ses lamentations concernant mon existence. Elle a dit : “Bon, ce petit dernier a été quand même une belle surprise ! À sa naissance, je commençais à me sentir inutile, ignorée par mes autres enfants qui grandissaient et qui avaient de moins en moins besoin de moi. Mon grand et mon moyen n’étaient plus les mêmes qu’avant. J’aimais bien les emmener partout où je le décidais, sans leur demander leur avis et ils me suivaient sans problème. Alors que maintenant, ils font ce qu’ils veulent, ils me défient, ils me rejettent, on ne se parle presque plus… Heureusement qu’il y a mon petit dernier pour me tenir encore compagnie.” Ces affirmations m’ont bouleversé ! D’abord du fait que, contrairement à ce que je croyais, je n’étais pas seulement une corvée pour ma mère. Je la rendais heureuse, je lui tenais compagnie. Mon soulagement était tel qu’à partir de ce jour, j’ai adopté l’habitude de rendre heureuse ma mère, c’était ma mission. Mon destin ? Or, mon sentiment était parfois partagé. D’un côté l’admiration qu’elle montrait pour mon grand frère me faisait me sentir insignifiant. J’était persuadé que je n’arriverais jamais à faire les choses aussi bien que lui. Quand ma mère nous comparait, j’avais simplement envie de faire disparaître mon frère et parfois même ma […]

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