Même si le jeu n’est pas le propre de l’homme, aucun autre animal ne l’a à ce point sophistiqué, jusqu’à en faire une activité qui semble gratuite. Or le jeu possède de multiples fonctions, à commencer par l’apprentissage. C’est en jouant que l’enfant se découvre et appréhende le monde, qu’il entre en relation avec les autres. Jouer permet de relâcher les tensions, de créer des liens, de renforcer la complicité, de développer de nouvelles compétences. Le jeu est « une forme fondamentale de la vie1 ».

Le jeu est une activité instinctive chez les mammifères, notamment ceux qui naissent très dépendants, parce qu’il leur permet d’acquérir les comportements impliqués dans la survie. La plupart des carnivores viennent au monde totalement désarmés et incapables de se déplacer, de même que les petits herbivores, tandis que les grands, vivant en troupeaux et ayant besoin de se déplacer régulièrement pour trouver leur nourriture, doivent être capables de suivre leurs parents. Ceux-ci ne peuvent donc pas apprendre à fuir : ils le font d’instinct, dès leur venue au monde. Ce comportement est inscrit dans leurs gènes. Les carnivores, en revanche, ayant besoin de chasser pour se nourrir, doivent d’abord passer par une phase d’apprentissage qui, par l’observation de leurs parents puis la reproduction de leurs comportements, leur permet d’acquérir et de perfectionner les techniques de chasse qui leur seront nécessaires. Ainsi, écrit Carlos González, « Quand il est tout petit, le chaton poursuit des mouches, des pelotes de laine ou sa propre queue. En grandissant, il accompagne sa mère pour apprendre d’elle l’art de la chasse ; il joue souvent au chat et à la souris avec ses proies, les relâchant et les rattrapant pour s’entraîner. Il est plausible que le chat serait incapable d’apprendre s’il venait au monde ''déjà instruit''. Le handicap de ses premières semaines est le prix à payer pour un comportement qui ne dépend pas de ses seuls gènes, mais aussi en partie de l’apprentissage, et qui le rend donc plus apte à s’adapter aux changements environnementaux2. » C’est exactement la même fonction – même si d’elle ne dépend plus notre survie – qui est exploitée dans les jeux d’imitation que l’on trouve en quantité dans les catalogues et les magasins de jouets, ceux qui servent à « faire comme les grands » : poupées, dînettes, balais, outils, etc. Peter Gray, dans son livre Libre pour apprendre, décrit comment, dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, les jeux des enfants leur permettent d’apprendre toutes les techniques dont ils ont besoin pour leur vie quotidienne. Les adultes, écrit-il, « autorisent les enfants à jouer avec des outils d’adultes, même ceux qui peuvent être dangereux, comme les couteaux et les haches, parce qu’ils comprennent que les enfants ont besoin de jouer avec ces objets pour apprendre à s’en servir avec […]

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