©Camille Masset Stiegler

En France, les campagnes se multiplient pour dénoncer la violence sur les femmes. Un seul moyen pour elles de survivre, de se reconstruire : quitter l’homme qui les détruit. En revanche, l’enfant maltraité, physiquement, sexuellement, psychologiquement n’a pas toujours d’échappatoire…

On a tendance à croire que l’enfant maltraité est retiré à son ou ses parent.s mais ce n’est pas toujours le cas. Il y a malheureusement de nombreux cas où l’enfant reste dans une famille maltraitante car sa parole est niée (l’inverse est vrai aussi, des familles sont détruites car les enfants sont retirés abusivement à leurs parents). Dans le meilleur des cas, lorsqu’il y a maltraitance, un jugement a lieu, le parent est condamné, le plus souvent, à une peine symbolique, quelques mois de prison avec sursis. Cette peine symbolique annoncée, l’enfant reste la propriété de ses parents : les « liens du sang » doivent être maintenus.

Ce que dit la loi

Pourtant des textes existent pour protéger l’enfant.
« L’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. Seul l’intérêt de l’enfant peut faire obstacle à l’exercice de ce droit. » (article 371-4 du Code civil).
« Peuvent se voir retirer totalement l’autorité parentale par une décision expresse du jugement pénal les père et mère qui sont condamnés, soit comme auteurs, coauteurs ou complices d’un crime ou délit commis sur la personne de leur enfant […] » (article 378 du code Civil).
« Peuvent se voir retirer totalement l’autorité parentale, en dehors de toute condamnation pénale, les père et mère qui […] mettent manifestement en danger la sécurité, la santé ou la moralité de l’enfant. » (article 378-1).
Cependant, comme le dénonce le Dr Muriel Salmona, psychiatre, spécialisée en psycho-traumatologie et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie : « Les parents maltraitants sont dans l’ensemble protégés au nom d’un sacro-saint respect de la famille et des liens parents-enfants.1 »

Lien du sang et manipulations

Années 90, un père maltraite sa famille, physiquement, psychologiquement et sexuellement. La mère et les enfants osent enfin s’enfuir. Il les poursuit, armé d’un fusil de chasse, mais ne les découvre pas immédiatement puisqu’ils sont parvenus à se cacher. Dans les mois qui suivent, il menace par des mots ou des coups dans la porte. Un juge retire l’autorité parentale, refuse de recevoir les deux adolescents âgés de 15 et 16 ans et accorde un droit de visite sur le plus jeune. Le lien doit être préservé… L’enfant sera régulièrement négligé et battu.
Le Dr Muriel Salmona dénonce également la tendance pernicieuse d’une pseudo aliénation parentale. Certains parents utilisant leurs enfants dans le cadre du divorce, le témoignage de l’enfant éveille la suspicion. Pourtant si l’enfant est sous influence, ces raisons ne tiennent pas. L’enfant maltraité explique encore et encore la violence endurée, les événements traumatisants revenant en boucle… Une véritable expertise psychiatrique du parent dénoncé devrait être menée en cas de doute, expertise menée par un expert des pervers narcissiques. Malheureusement, c’est très rarement le cas et le parent maltraitant manipule et transforme la réalité. Curieusement une parole peut alors avoir plus de force que deux, trois, quatre ou cinq autres voix !

« Elle m’a balancé un couteau au-dessus de ma tête »

Aujourd’hui, une mère maltraite ses enfants. Elle les prive de nourriture, les frappe, leur jette des objets, les maltraite psychologiquement, manque de tuer un de ses enfants avec un couteau, ce qui traumatise durablement celui-ci : « J’ai pas envie d’aller chez ma mère parce qu’elle m’a balancé un couteau au-dessus de ma tête » (Léo, 8 ans). Malgré dix années de maltraitance, la mère de Léo a bénéficié d’un arrangement avec le procureur. Seules les claques ont été retenues et seulement sur une durée de deux mois. Les dix autres années, les autres maltraitances n’ont pas été retenues au chef des accusations. Elle est condamnée à six mois de prison avec sursis. C’est une peine courante.
En raison d’une expertise trop rapide et non réalisée par une professionnelle connaissant les pervers narcissiques, le juge croit au changement de la mère. Cette dernière n’a manifesté aucun remords, s’est totalement désintéressée de ses enfants, se contentant de réclamer la garde, et a refusé de signer un protocole de soins pour l’un d’entre eux. Or elle a conservé tous ses droits. Si la justice ne décide pas de lui retirer l’autorité parentale, elle continuera de perturber leur vie, de compromettre leur bien-être et leur santé.

Des enfants oubliés dont les droits sont niés

Tim, Zoé, Chloé, Matéo, Léo, ils sont des milliers à ne pas être entendus. Leur parent ne changera pas, ils le savent. Souvent ils sont tellement niés qu’ils imaginent mériter d’être traités ainsi, ils finissent par imaginer que c’est un comportement normal… Au lieu de mesures qui les protègent, les conseils pour s’endurcir, résister aux maltraitances habituelles se multiplient. Il faut serrer les dents pendant des mois, des années en attendant que le parent maltraitant se décourage ou qu’enfin la justice écoute, c’est ça le droit des enfants.
Pourtant les professionnels dénoncent les impacts des maltraitances. Cauchemars, troubles des apprentissages, agitation extrême, repli, peurs, angoisses, terreurs, tentatives de suicide semblent n’avoir aucune importance.
Certains développent de grands problèmes de comportement, frappent à leur tour leur entourage, deviennent délinquants ou criminels à leur tour. Criminel ? Il semble que le mot ne soit pourtant pas utilisé pour les parents maltraitants qui ne manifestent aucun repentir. Il existe néanmoins une différence de taille entre le parent débordé qui cherche de l’aide et le parent qui n’a jamais le moindre regret.
Été 2018, un bourreau expire. Jusqu’au bout, il clame que sa fille l’a maltraité en le faisant jeter en prison. C’était l’homme qui pourchassait sa famille avec un fusil, l’homme qui a été condamné par deux procès aux assises. Son obsession terminale : déshériter au maximum ses enfants…

L’impact de la maltraitance

La maltraitance laisse des traces indélébiles. Une étude, celle de Felitti, indique que le « principal déterminant de la santé à 55 ans est d’avoir subi des violences dans l’enfance.2 » Cette maltraitance laisse également des traces dans les générations suivantes. Matthew John Vaudreuil, 5 ans, ne permettra pas de mesurer un tel impact. Il a été assassiné par sa mère après avoir reçu des soins à soixante-quinze occasions. Il n’était pas français, mais il faut croire qu’en Colombie-Britannique également la sécurité de l’enfant passe après les liens du sang.
Un jugement avec menace de prison protège-t-il ? Il est à craindre que l’enfant se taise, terrorisé. Et que dire de la violence psychologique lorsque le parent est pervers narcissique ? Les enfants maltraités se taisent souvent des années avant de parler, l’adulte les menaçant de représailles. Qu’apprennent-ils lorsque la justice ne les écoute pas ? N’écoute pas leur refus d’aller chez leur bourreau ? Ils apprennent à ne plus avoir confiance. Ils doivent apprendre à survivre, c’est le sens de la majorité de la documentation qui circule et de la quasi-totalité des décisions judiciaires qui aboutissent à un lien maintenu à tout prix. Mais au fait, de quel lien s’agit-il ?
Les enfants victimes de ces parents manipulateurs et omnipotents n’ont jamais eu le sentiment d’être aimés par ces derniers. Le lien évoqué est uniquement celui du sang. Des juristes affirment qu’on a un seul père et une seule mère. Pourtant l’enfant adopté en a techniquement deux, comme l’enfant conçu après un don de sperme ou d’ovule. Le droit du sang ne devrait pas primer sur le droit de l’enfant. En niant la parole de l’enfant, en renforçant l’omnipuissance du parent maltraitant, les juges leur offrent une arme chargée. Le droit du sang ne donne pas droit au versement du sang.


https://www.memoiretraumatique.org/violences/violences-faites-aux-enfants.html?fbclid=IwAR2irsRR713rf1SEtCrB1KmGQK6RV6mvclAym6oZDAdWep-B9IJiJ1DXuVk 
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1127770/maltraitance-genetique-gene-etude-chercheur-universite-sante-enquete-criminelle

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